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DIESKAU,
JEAN-ARMAND (Johan Herman ?), baron de DIESKAU, officier, gouverneur de
Brest, commandant des troupes régulières françaises au Canada, né en
1701 en Saxe, décédé en 1767 à Suresnes (dép. des Hauts-de-Seine,
France).
Jean-Armand
Dieskau, d’origine saxonne, au service du roi de France, était le
protégé du maréchal de Saxe, le plus habile capitaine de l’armée
française au cours de la période allant de Turenne à Napoléon. Dieskau
fut amené en France en 1720 par son compatriote comme aide de camp et
servit sous ses ordres dans différentes campagnes de 1733 à 1744. Il fut
promu colonel de cavalerie et semble avoir combattu à ce titre à
Fontenoy (Belgique) ; en 1747, il fut nommé maréchal de camp et
gouverneur militaire de Brest, la plus importante base navale française
sur l’Atlantique.
Le 1er mars
1755, on lui confia le commandement des renforts français, composés de
troupes régulières, expédiés au Canada et il arriva à Québec en juin à
bord de l’Entreprenant. Ses pouvoirs étaient étendus mais non absolus
car, en vertu de ses instructions, il était placé sous les ordres du
gouverneur général Pierre de Rigaud de Vaudreuil. De ce fait, son rôle
se limitait à diriger les opérations militaires ; il était responsable
de la tactique mais non de la stratégie.
Au cours de
l’été de 1755, grâce surtout à des documents d’Edward Braddock, saisis
au cours de la bataille de la Monongahéla en juillet, les Français
étaient au courant des plans anglais concernant l’attaque tant du fort
Frontenac (Kingston, Ont.) et du fort Niagara (près de Youngstown, N.Y.)
que du fort Saint-Frédéric (Crown Point, N.Y.) sur le lac Champlain.
Pour Vaudreuil, les deux premiers plans étaient plus menaçants, et il
projetait une contre-attaque à Chouaguen (Oswego), afin d’enlever aux
Anglais leur base d’opérations sur les Grands Lacs. Dieskau fut chargé
de cette mission à la tête de 4 000 hommes environ.
Pendant le
rassemblement de cette armée au fort Frontenac, arriva du lac Champlain
la nouvelle qu’une expédition britannique commandée par le colonel
William Johnson, était en route contre Saint-Frédéric et qu’elle
menaçait de ravager le pays jusqu’à Montréal. Dieskau fut rappelé en
août 1755 avec l’ordre de descendre le Richelieu et d’engager la
bataille contre la milice coloniale de Johnson, qui se trouvait alors à
l’extrémité supérieure du lac Saint-Sacrement (lac George). L’armée
française campa à l’emplacement du futur fort Carillon (Ticonderoga,
N.Y.) vers le 1er septembre. Dieskau laissa un contingent au fort
Frontenac, réduisant ainsi son armée qui ne comprenait plus que 1500
réguliers, 1 000 miliciens et 500 à 600 Indiens. Johnson pouvait compter
sur une milice coloniale de 3 000 hommes environ et sur 300 Indiens,
principalement des Agniers, commandés par leur chef Theyanoguin. Quand
Johnson apprit que les Français étaient arrivés à l’emplacement de
Ticonderoga, il décida d’ériger un fort à l’extrémité supérieure du lac
George, sur l’emplacement du futur fort William Henry (connu également
sous le nom de fort George, l’actuel Lake George, N.Y.), à 14 milles au
nord-ouest de sa première base, le fort Edward, situé sur le fleuve
Hudson. Dieskau apprit la division des forces ennemies le 3 septembre
par la bouche d’un prisonnier. Mais on lui fit croire que l’armée
anglaise s’était repliée sur Albany, ne laissant que 500 hommes au fort
Edward et que les renforts attendus par Johnson, composés de quelque 2
400 miliciens, seraient acheminés vers le lac George sans passer par là.
Dieskau pensa
que c’était une excellente occasion d’anéantir les 500 coloniaux du fort
Edward et d’isoler ainsi les troupes de Johnson se trouvant au lac
George. Cette stratégie aurait pu réussir, si ses renseignements avaient
été exacts et s’il avait avancé avec tous ses hommes. Mais il les divisa
et marcha sur le fort Edward avec un corps d’élite de 1 500 hommes :
quelque 200 réguliers, 600 miliciens et environ 700 Indiens, dont 300
Agniers de Sault-Saint-Louis (Caughnawaga, Québec). Il laissa à
Ticonderoga 1 300 réguliers et 400 miliciens pour défendre le fort en
cas d’une attaque des Anglais. Ce faisant, non seulement il désobéit aux
ordres reçus, mais sous-estima les coloniaux et fit preuve d’un excès de
confiance qui devait s’avérer fatal.
Le 7
septembre, son détachement avait atteint le fleuve Hudson, mais les
Indiens refusèrent d’attaquer le fort Edward. Si Dieskau avait été plus
expérimenté avec la guerre contre les Indiens, il aurait pu prévoir
qu’ils refuseraient d’attaquer une position fortifiée, défendue par des
canons. Au lieu d’engager le combat avec des forces très réduites,
Dieskau décida de déplacer ses opérations vers l’extrémité supérieure du
lac George où l’ennemi était moins bien retranché et disposait de moins
de canons. Les Indiens souscrivirent à cette initiative.
Le 8
septembre, il s’engagea avec son armée sur la piste charretière
conduisant au lac George, faisant protéger ses flancs, sur ce terrain
accidenté, par les Indiens et la milice. Durant le trajet, les Français
apprirent que Johnson avait dépêché 1000 hommes pour secourir le fort
Edward qu’il croyait assiégé. Dieskau dressa les plans d’une embuscade ;
il déploya ses réguliers, bien disciplinés, en formation de combat sur
la route et envoya ses miliciens et ses Indiens en avant dans la forêt
bordant les deux côtés du chemin, en leur interdisant de tirer jusqu’à
ce que les réguliers aient ouvert le feu. Braddock était tombé dans un
piège similaire. Pour réussir, il aurait fallu que la milice et les
Indiens gardent un silence absolu jusqu’au dernier moment. Mais, soit
par accident, soit parce que les Indiens voulaient prévenir leurs
cousins, les Agniers – Dieskau, bien entendu, était convaincu que
c’était là la véritable cause de l’échec – les Anglais s’aperçurent
prématurément du piège. Le colonel Ephraim Williams et le chef
Theyanoguin furent tués, mais leurs troupes purent se replier, même si
la retraite se déroula sous le signe de la confusion.
L’épuisement
général de la milice et des Indiens empêcha Dieskau de poursuivre
l’ennemi en débandade. Ce ne furent que 200 de ses soldats qui
atteignirent le camp anglais du lac George aux trousses des troupes
défaites. Entre-temps, Johnson avait fortifié sa position avec tout le
matériel disponible – charrettes, troncs d’arbre, canots renversés – et
avait placé des canons en position de tir. Dieskau se trouva devant un
problème militaire classique : prendre de front une position fortifiée.
Ses réguliers marchèrent à l’assaut avec la précision d’un exercice sur
un terrain de manœuvre et ouvrirent le feu sur les Anglais à partir des
flancs ; quelques Indiens firent de même. Après plusieurs heures, la
bataille se termina en impasse. Blessé trois fois à la jambe, Dieskau
fut adossé à un arbre par son second, Pierre-André de Montreuil. Même
au moment où les Français commencèrent finalement à battre en retraitre,
il refusa de bouger, en déclarant, paraît-il, qu’il était aussi bon de
mourir là que dans un lit. Plus tard, un soldat anglais (selon Dieskau,
un renégat français) lui tira dans l’aine.
Les troupes
coloniales britanniques se vantèrent d’avoir remporté une grande
victoire, alors qu’il ne s’agissait que d’un succès tactique. Sur le
plan stratégique, on était dans un cul-de-sac : les Anglais demeurèrent
à l’endroit qui devait devenir par la suite le fort William Henry, et
les Français construisirent le fort Carillon. L’avance anglaise de 1755
fut arrêtée et les Français allaient s’emparer du fort William Henry
avant la victoire finale des Anglais.
Le baron
Dieskau survécut à ses blessures. Fait prisonnier, il fut amené d’abord
à New York, puis à Londres et, finalement, à Bath pour soigner sa
blessure à l’aine qui ne s’était pas cicatrisée. C’est de là qu’il
adressa plusieurs lettres au gouvernement français, décrivant en détail
son état de santé, se plaignant de ses difficultés financières et
essayant de justifier sa conduite, généralement écrites dans cet ordre.
Après la paix de 1763, il fut rapatrié en France.
Ses
contemporains furent presque unanimes à le condamner. Vaudreuil était
furieux : en désobéissant aux instructions de ne pas diviser ses forces,
Dieskau avait manqué une occasion de « massacrer » les Anglais.
Montreuil, voulant se laver de l’accusation d’avoir abandonné son chef
sur le champ de bataille, se montra presque aussi réprobateur. André
Doreil, commissaire des guerres, fit remarquer que Dieskau était trop
imprudent pour être un commandant en chef. Le fait est que Dieskau avait
joué et il avait perdu. Conscient de la difficulté de remplacer les
réguliers français au Canada, il avait décidé, ce qui est très
compréhensible, de ne risquer la vie que de 200 d’entre eux dans une
marche en pleine forêt. Il démontra sa capacité d’adaptation à la guerre
nord-américaine dans sa tentative d’embuscade et fit preuve de courage
personnel au lac George. Si ses renseignements avaient été exacts, ses
opérations auraient pu être couronnées de succès ; pour le moins, il
réussit à arrêter une invasion et infligea à l’ennemi des pertes aussi
lourdes que celles qu’il subit lui-même.
J. R. Turnbull
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- Source : Il existe un nombre assez
considérable de sources de première main sur la vie de Dieskau. On
trouvera des renseignements à ce sujet dans AN, Col., B, C11A et F3. On
consultera avec profit son dossier personnel dans AN, Col., E, 134, de
même que les renseignements du SHA. Les Lettres de Doreil, RAPQ,
1944–1945, donnent une appréciation de Dieskau et les Johnson papers
(Sullivan et al.) fournissent aussi des informations pertinentes. On
trouvera dans NYCD (O’Callaghan et Fernow), X, un inventaire exhaustif
des archives françaises en anglais, y compris le célèbre dialogue entre
le maréchal de Saxe et Dieskau, qui constitue une apologie de la façon
dont ce dernier a mené les opérations. Les sources de seconde main,
allant au-delà d’une simple mention des faits, sont relativement
nombreuses. Gipson, British empire before the American revolution, VI,
explique la stratégie anglaise et fait bon usage des Johnson papers.
L’ouvrage de Frégault, La guerre de la conquête, est indispensable pour
comprendre la position française. I. K. Steele, Guerillas and grenadiers
: the struggle for Canada, 1689–1760 (« Frontenac Library », 3, Toronto,
1969) résume de façon concise la situation militaire, tandis que
Stanley, New France, traite la question plus en détail. [j. r. t.]
© 2000 Université Laval/University of Toronto
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