HÉBERT,
LOUIS, apothicaire, premier officier de justice en Nouvelle-France,
premier colon canadien à tirer sa subsistance lui-même du sol, marié à
Marie Rollet, né à Paris en 1575 mort à Québec au mois de janvier 1627.
D’après son
descendant, Couillard-Després, il était le fils d’un Louis Hébert qui
était apothicaire à la cour de Catherine de Médicis. Des documents,
découverts plus récemment à Paris, indiquent que son père était Nicolas
Hébert, apothicaire, et que Louis est né au Mortier d’Or, maison située
près du Louvre. La nièce de la femme de Nicolas Hébert épousa Jean de
Biencourt de Poutrincourt, en 1590. Cette parenté expliquerait l’intérêt
que Louis Hébert avait à l’égard des premiers établissements en Acadie
et sa présence dans l’expédition de Du Gua de Monts.
Lescarbot,
qui se trouvait à Port-Royal en 1606, parle avec respect de son talent
de guérisseur et du plaisir qu’il trouvait à cultiver la terre, et il
indique, sur sa carte de la région, une île et une rivière qui portent
le nom d’Hébert. À l’été de 1606, Hébert accompagna Champlain et
Poutrincourt le long de la côte, vers le Sud-Ouest, à la recherche
d’autres emplacements propices à la colonisation. Poutrincourt et Hébert
furent à ce point enchantés par ce qui est maintenant Gloucester, dans
le Massachusetts, qu’ils y firent une petite plantation afin d’éprouver
la fertilité du sol. L’un et l’autre voulaient venir s’établir avec
leurs familles au Nouveau Monde. Hébert montra au cours de ce voyage
que, bien que désireux de se livrer à des occupations pacifiques, il
pouvait agir promptement et avec courage en cas d’urgence. Avec
Champlain, Poutrincourt et plusieurs autres, il sauta presque nu dans
une petite embarcation, au milieu de la nuit, en réponse aux cris
frénétiques de quelques téméraires qui, restés sur le rivage malgré des
ordres sévères, étaient attaqués par des Indiens. Le Jonas, venu de
France en juin 1607, était porteur de mauvaises nouvelles : les
concessions accordées à de Monts ayant été annulées, la compagnie devait
rentrer en France.
En 1610,
Hébert se retrouve à Port-Royal avec le groupe que Poutrincourt espère y
établir. En tant qu’apothicaire, il soigne les Blancs et les Indiens. Il
s’occupe, semble-t-il, des aliments et des médicaments ; il prépare et
administre les uns et les autres au chef Membertou pendant la dernière
maladie de ce dernier. Hébert dirige l’établissement en 1613, lorsque
René Le Coq de La Saussaye arrive avec les colons de la marquise de
Guercheville, retire les deux Jésuites de Port-Royal et s’en va fonder
un nouvel établissement ailleurs. Mais lui et ses compagnons sont faits
prisonniers par les Anglais à l’île des Monts-Déserts, cet été-là, et
peu après Port-Royal est détruit (novembre 1613). Une fois de plus
Hébert est contraint de retourner en France.
À l’hiver de
1616–1617, il renoue connaissance avec Champlain qui est à Paris e quête
d’appuis pour sa colonie de Québec. Comme ce poste subsiste depuis neuf
ans, Hébert y voit sans doute un lieu de colonisation sûr, étant donné
surtout que Champlain lui a obtenu un contrat favorable de la compagnie
de traite des fourrures qui a la haute main sur la région du
Saint-Laurent. Confiant en ces promesses, – 200 couronnes par an pour
ses services comme apothicaire, ainsi que le gîte et la nourriture pour
lui et sa famille pendant la période du défrichage, – Hébert vend sa
maison et son jardin à Paris et emmène sa femme, Marie Rollet, et ses
trois enfants, Anne, Guillemette et Guillaume, à Honfleur où ils se
préparent à s’embarquer. Une fois là, il constate que la compagnie n’a
nullement l’intention de faire honneur à ses engagements. Il doit se
contenter d’un nouveau contrat qui réduit de moitié son salaire et ses
concessions et stipule que les membres de sa famille et son serviteur
seront au service de la compagnie sans rémunération. N’ayant pas de
choix, il accepte et part avec sa famille le 11 mars 1617.
À Québec, son
talent d’apothicaire et sa petite provision de grain furent une
bénédiction pour les colons malades et affamés. Bien que lui et ses
serviteurs dussent consacrer une grande partie de leur temps à la
compagnie, il réussit à défricher et à planter une certaine étendue de
terre. Pendant le court séjour que Champlain fit à la colonie en 1618,
il y trouva des terres « semées de beau grain » et des jardins où
poussaient toutes sortes de légumes.
Pendant bien
des années Hébert fut le seul, outre Champlain lui-même, à cultiver la
terre. La compagnie fit tout ce qu’elle put pour le détourner de
l’agriculture. Champlain et Sagard disent tous deux que les restrictions
imposées illégalement par la compagnie à l’activité d’Hébert et à
l’écoulement de ses produits l’empêchèrent de jouir du fruit de son
labeur.
Lorsque, en
1620, Champlain revint de France muni d’un mandat qui, en principe, lui
donnait pleine autorité sur la colonie, il confia à Hébert
l’administration de la justice en le nommant procureur du roi. C’est à
ce titre que celui-ci signa la pétition adressée au roi par la colonie
en 1621. Hébert jouissait en outre de la confiance des Indiens que,
contrairement à une foule de ses contemporains, il considérait comme des
êtres humains et intelligents, qu’il suffisait de former. Les exemples
sont nombreux de leur respect et de leur affection pour lui. Il est
aussi question de relations commerciales entre Hébert et Guillaume de
Caën mais, puisque le nom d’Hébert est très répandu, il se peut qu’il
s’agisse d’une erreur d’identité.
En 1622, il
demandait au vice-roi, par pétition, que la propriété de ses terres lui
fut reconnue, ce qui fut fait le 4 février 1623. Connus plus tard sous
le nom de fief du Sault-au-Matelot, ces terrains comprenaient
l’emplacement actuel de la basilique, du séminaire, ainsi que des rues
Hébert et Couillard. Le titre de propriété fut ratifié le 28 février
1626 par le successeur du vice-roi, et l’on ajouta quelques acres en
bordure de la rivière Saint-Charles, – le fief Saint-Joseph, plus tard
connu sous le nom de fief de Lespinay, – le tout devant être détenu en
fief noble.
Hébert avait
réalisé son rêve le plus cher, celui de posséder suffisamment de ces
terres vierges du Nouveau Monde pour vivre avec sa famille dans
l’indépendance. Les prés en bordure de la rivière Saint-Charles
offraient les pâturages nécessaires à ses bovins ; les terres plus
hautes logeaient ses champs de céréales, les jardins potagers et un
verger planté de pommiers apportés de Normandie. Hébert avait exécuté
tous ces travaux malgré l’opposition de la compagnie. De plus, il les
avait exécutés au moyen d’outils manuels, puisqu’il n’avait même pas de
charrue. (Ce n’est qu’un an après la mort d’Hébert qu’on put commencer à
travailler la terre, à une plus grande échelle, au moyen d’une charrue
tirée par des bœufs.)A l’hiver de 1626, Hébert fit sur la glace une
chute mortelle. Il fut inhumé le 25 janvier 1627 dans le cimetière des
Récollets. En 1678, ses restes, toujours dans son cercueil de cèdre,
furent transportés dans le caveau de la chapelle des Récollets,
nouvellement construite ; avec ceux du frère Pacifique Duplessis, ils
furent les premiers à y reposer.
Ethel M. G. Bennett

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- Source : Hébert est mentionné dans les
ouvrages suivants de ses contemporains : Champlain, Œuvres (Biggar) ; JR
(Thwaites) ; Lescarbot, Histoire (Grant), II : 209, 234, 328, 331 ; III
: 246.— Sagard, Histoire du Canada (Tross), I : 53, 83, 158s.— Le Clercq,
s’il ne fut pas vraiment contemporain Hébert, vécut à une période assez
rapprochée de la sienne pour recueillir des renseignements de première
main et parler à sa fille. Il fournit des renseignements sur la famille
dans First establishment of the faith (Shea), I : 164–167, 281.— Des
documents relatifs aux accords conclus avec la compagnie, aux
concessions, etc., sont cités dans Biggar, Early trading companies, et
dans Azarie Couillard-Després, La Première Famille française au Canada
et Louis Hébert : premier colon canadien et sa famille (Lille, Paris,
Bruges, 1913 ; Montréal, 1918). Ces deux derniers ouvrages renferment,
au sujet de la famille et de ses membres, des détails dont le
pittoresque n’exclut pas le souci de documentation.— V. aussi :
Madeleine Jurgens, Recherches sur Louis Hébert et sa famille, MSGCF,
VIII (1957) :106–112, 135–145 ; XI (1960) : 24–31.
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