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DU GUA DE
MONTS, PIERRE, explorateur, traitant, gouverneur de
l’Acadie, fondateur du premier établissement permanent du Canada, né en
1558( ?) en Saintonge, probablement à Le Gua, mort en 1628 en France,
probablement dans les Ardennes.
Fils de Guy Du Gua et de Claire Gourmand, il épousa Judith Chesnel, dont
il n’eut pas d’enfant. Calviniste, de Monts se distingua dans les
combats pour la cause de Henri IV au cours des guerres de religion. Par
la suite, le roi lui octroya une pension annuelle de 1 200 couronnes et
le poste de gouverneur de la ville de Pons, en Saintonge, en
reconnaissance de ses services éminents.
De Monts semble avoir fait plusieurs voyages au Canada pendant les
dernières années du xvie siècle, dont l’un avec l’expédition de Pierre
Chauvin de Tonnetuit à Tadoussac en 1600. La France s’intéressait alors
de plus en plus au Canada comme colonie de peuplement aussi bien que
d’exploitation. Par suite du mauvais état des finances royales, on
abandonnait ce genre d’entreprises à des particuliers selon une entente
en vertu de laquelle ils devaient fonder des établissements en
Nouvelle-France en échange du droit exclusif à la traite avec les
Indiens. On n’avait fait que peu de tentatives d’établissement jusqu’à
de Monts et toutes avaient échoué. En 1603, de Monts acceptait du roi le
même privilège de la traite contre l’obligation d’établir des colons.
Aux termes de sa commission, il recevait le titre de lieutenant général
« des côtes, terres et confins de l’Acadie, du Canada et autres lieux en
Nouvelle-France » pour y établir 60 colons par an et gagner les Indiens
à la foi chrétienne.
De Monts se mit immédiatement à organiser une compagnie de traite. Les
marchands de Rouen, Saint-Malo, La Rochelle et Saint-Jean-de-Luz qui
consentaient à acheter des actions étaient invités à en faire partie.
Grâce à la promesse de bénéfices considérables, plusieurs devinrent
associés, si bien que, le 8 février 1604, voyait le jour une compagnie
puissante au capital de 90 000ª Le principal collaborateur était le
Hollandais Cornelis (Corneille) de Bellois, marchand à Rouen, mais de
Monts lui retira sa confiance lorsque le neveu de Bellois, Daniel Boyer,
fut pris en flagrant délit de traite illégale en 1606. Ayant ainsi les
moyens d’équiper une expédition, de Monts fit affréter des navires,
acheta les approvisionnements nécessaires et recruta des participants
aussi bien protestants que catholiques. C’étaient des hommes de métiers
très divers : artisans, architectes, charpentiers, maçons et tailleurs
de pierre, soldats et vagabonds, auxquels s’étaient joints plusieurs
nobles dont les motifs pour rallier l’expédition variaient du désir de
faire fortune à celui d’acquérir de nouvelles terres pour la France
(comme dans le cas de Jean de Biencourt de Poutrincourt), et de deux
ministres du culte, l’abbé Nicolas Aubry et un pasteur. De Monts invita
à s’embarquer avec lui Samuel de Champlain, qui agit dans ce voyage
comme géographe et cartographe [V. Champlain].
Au début du printemps de 1604, de Monts expédia trois navires pour faire
la traite des fourrures dans le Saint-Laurent. En même temps, on hâtait
l’affrètement des deux navires dont lui-même et son groupe se
serviraient pour explorer et coloniser. Le premier de ces navires,
commandé par François Gravé Du Pont et piloté par le capitaine Timothée,
quitta le Havre-de-Grâce (Le Havre) le 7 mars, à en croire Lescarbot. De
Monts suivit dans le navire du capitaine Morel le 10 mars. Il arriva le
8 mai au cap de La Hève (La Have) sur la côte de la Nouvelle-Écosse, où
il attendit Gravé, qui voulait juger de l’étendue du monopole de de
Monts avant de se joindre à son chef. Quelques jours après son arrivée,
de Monts découvrait et capturait la Levrette de Jean Rossignol qui se
livrait à la contrebande dans cette région. Comme Rossignol et plusieurs
marchands de Rouen avaient affrété ce navire et obtenu la permission de
pêcher au large des côtes de la « Floride », ils intentèrent un procès à
de Monts qui, en 1608, convint de rembourser à Rossignol les frais qu’il
avait encourus pour récupérer son navire, et de lui verser 9004 en
dédommagement des pelleteries qu’il avait saisies. De Monts nomma
Port-Rossignol le lieu où il avait effectué la capture. Le lendemain,
alors qu’ils exploraient une baie avoisinante, un des moutons, tombé à
la mer, s’y noya, ce qui porta de Monts à nommer cet endroit
Port-au-Mouton. De Monts décida d’y rester tandis que son secrétaire
Jean Ralluau et Champlain exploraient la côte au sud de la baie
Française (baie de Fundy) dans la chaloupe du navire. Au retour des deux
hommes, on mena le navire à la baie Sainte-Marie, à l’entrée de la baie
Française, où on le laissa encore une fois, tandis que de Monts et
Champlain exploraient ces eaux inconnues. Ravis du pays dont ils
exploraient la côte, de Monts et Champlain aimèrent particulièrement la
magnifique région connue maintenant sous le nom de bassin d’Annapolis.
Poutrincourt devait plus tard exprimer le désir d’obtenir cet endroit
afin de s’y installer avec sa famille. Immédiatement, de Monts lui
concéda la région du bassin, don que le roi devait approuver par la
suite. Les explorateurs continuèrent à remonter la baie, à la recherche
d’un emplacement pour leur colonie et d’un gisement de minerai que Jean
Sarcel de Prévert avait signalé dans cette région l’année précédente.
C’est ainsi qu’ils arrivèrent à Chignictou (Chignecto), puis se
dirigèrent vers l’Ouest pour longer la rive du Nouveau-Brunswick. Le 24
juin, ils entrèrent dans l’embouchure d’un grand fleuve qu’ils nommèrent
le Saint-Jean, en l’honneur du saint dont c’était la fête ce jour-là. La
crainte des Indiens les incitait à rechercher, pour s’établir, un
endroit qui fût facile à défendre. Ils continuèrent donc vers l’Ouest le
long de la côte, puis traversèrent la baie de Passamaquoddy où ils
pénétrèrent dans un fleuve, pour arriver, probablement le 26 juin, à une
île que de Monts et ses compagnons jugèrent apparemment convenir à leur
premier établissement.
L’île Sainte-Croix (Dochet Island), ainsi qu’on la nomma par la suite,
fut choisie à cause de sa situation centrale, de son excellent
mouillage, et parce qu’elle était facile à défendre ; de plus, il
restait peu de temps pour les préparatifs de l’hivernage. Angibault, dit
Champdoré, pilote de l’expédition, partit pour porter l’ordre aux deux
navires et au reste des hommes de se rendre de la baie Sainte-Marie (St.
Mary’s Bay) à Sainte-Croix. Le travail commença presque tout de suite et
avança à une allure qui dénote la minutie des préparatifs que de Monts
avait faits en France ainsi que la vigueur avec laquelle il dirigeait
ses hommes. D’après un plan dressé par Champlain, on construisit une
douzaine de maisons autour d’une cour, réunies à certains endroits par
une palissade, de sorte que l’ensemble ressemblait à un fort. Il n’est
pas sans intérêt de noter que certaines de ces maisons furent bâties en
partie à l’aide de bois apporté de France. En outre, on édifia des
dépendances telles qu’un magasin, une cuisine et un réfectoire où l’on
pouvait se tenir entre les repas. L’établissement comprenait aussi une
chapelle catholique. Tandis que les travaux de construction allaient bon
train, on plantait des jardins dans l’île et sur la terre ferme en face.
On y sema le premier blé à être récolté en Nouvelle-France.
Pourtant, la saison était déjà avancée, de sorte que les récoltes durent
être assez pauvres cette première année. Il en résulta une situation
d’autant plus grave que l’hiver se révéla exceptionnellement dur. La
première neige tomba le 6 octobre 1604 et l’on dit qu’elle avait encore
de trois à quatre pieds d’épaisseur à la fin d’avril. Ce qui était
encore pire, c’est que le fleuve fut tellement encombré de glaçons qu’il
devenait dangereux, et parfois impossible, de le traverser. L’île se
transformait en prison. Les approvisionnements d’aliments frais épuisés,
on en était réduit à la viande salée. L’eau fraîche était rare et il
faillait la remplacer par la neige fondue. À cause de la mauvaise
alimentation et de l’oisiveté forcée, le scorbut se répandit parmi le
groupe et presque la moitié des hommes en moururent.
Le printemps mit fin aux misères de cette courageuse petite troupe. En
mars 1605, les Etchemins de Passamaquoddy commencèrent à s’y présenter
pour offrir de la viande fraîche à échanger. Bientôt les hommes les plus
robustes de l’expédition purent se mettre à chasser le gibier eux-mêmes.
Avec la saison des chaleurs arrivèrent de France les navires de
ravitaillement, avec, à bord, 40 hommes sous les ordres de Ralluau et de
Gravé Du Pont pour assurer la relève. De Monts décida alors de
transporter l’établissement ailleurs. Il envoya Champlain en exploration
sur les côtes de la Nouvelle-Angleterre, avec Panounias et sa femme qui
devaient lui servir d’interprètes et de guides, mais Champlain ne put
lui présenter un rapport favorable sur les possibilités d’établissement
dans ces régions. Le commandant ordonna alors de démolir les maisons
puis de les transporter par bateau au bassin d’Annapolis pour y élever
l’habitation de Port-Royal, non loin de l’actuelle Annapolis. Ayant mis
les travaux bien en train, de Monts se prépara à passer en France parce
que les nouvelles venues de la métropole indiquaient que sa compagnie de
traite se trouvait en difficultés financières et que son monopole était
menacé. Il laissa la direction à Gravé, vu que M. d’Orville, gentilhomme
d’une certaine distinction qui s’était joint à l’expédition et aurait dû
remplir cette fonction, souffrait des suites du scorbut. Il était
entendu que Champlain poursuivrait les explorations.
De Monts partit pour la France en septembre 1605, en prenant avec lui
les survivants de l’hiver passé à l’île Sainte-Croix, sauf trois,
Fougeray, Champdoré et Champlain. À la suite d’une traversée de 31
jours, il apprit que plusieurs marchands qui ne faisaient pas partie de
la compagnie s’efforçaient de faire annuler son monopole. Il décida sans
tarder de rester en France afin de mieux défendre les intérêts de sa
compagnie.
Le 13 mai 1606, ayant obtenu l’appui des célèbres marchands de La
Rochelle, Macain (ou Macain) et Georges, il envoya en Acadie un navire
chargé d’approvisionnements et d’un nouveau groupe d’hommes, notamment
Jean Ralluau, Marc Lescarbot et le jeune Charles de Biencourt, sous le
commandement de Jean de Poutrincourt. Ce dernier avait pour consigne de
prendre la direction de la colonie de Port-Royal et de continuer à
chercher au Sud un meilleur emplacement. Ce groupe arriva tard (à la fin
de juillet), pour découvrir que des contrebandiers basques avaient déjà
pris la plus grande partie des bonnes pelleteries.
À Port-Royal, Gravé Du Pont put signaler le succès qu’avait obtenu la
culture du blé et d’autres plantes alimentaires, bien qu’il se fût
lui-même consacré surtout à l’exploration, mais 12 hommes étaient encore
morts du scorbut pendant l’hiver de 1605–1606. Malgré les autopsie qu’il
avait faites, le médecin Guillaume Des Champs n’avait pu découvrir la
cause de cette terrible maladie. L’année suivante, on fonda l’ordre de
Bon Temps pour occuper et distraire les hommes. À cause de cela, et
aussi grâce à la douceur de l’hiver, le scorbut ne fit que sept
victimes, mais le printemps devait apporter de mauvaises nouvelles.
De Monts annonçait, dans une lettre qu’apporta Jean Ralluau en 1607, que
l’opposition des marchands de Saint-Malo qui n’étaient pas compris dans
le monopole, ainsi que celle du duc de Sully, et les intrigues de la
corporation des chapeliers de Paris, avaient amené le roi à annuler le
privilège dont il jouissait. Champlain, Poutrincourt et les autres
devaient rentrer en France. À l’automne, la Compagnie de Monts fut
liquidée. Le bilan définitif révéla que, pendant ses trois années
d’activité, ses recettes avaient été élevées mais les frais encore plus
élevés. Les pertes de de Monts, à elles seules, a-t-on prétendu,
s’élevaient à 10 000ª. Cet échec provenait surtout du volume du commerce
illicite des fourrures. En 1604 seulement, par exemple, au moins huit
navires furent saisis pour avoir fait la traite sans permis avec les
Indiens, et il devait y en avoir plusieurs fois ce nombre qui ne se
firent pas prendre. Il faut se rappeler que ceux qui se livraient à ce
commerce illicite ne subissaient pas l’obligation imposée à de Monts de
fournir des colons et de les approvisionner.
Heureusement, de Monts réussit à faire prolonger le monopole pour une
autre année (1607–1608), lorsqu’il eut promis d’établir un poste sur le
Saint-Laurent et de renouveler ses efforts pour coloniser les terres
nouvelles. Il recueillit de l’argent en vue d’une nouvelle expédition
organisée par Lucas Legendre. Elle comprenait trois navires, dont l’un
devait se rendre à Port-Royal (sous le commandement d’Angibault, dit
Champdoré), le deuxième vers le bas Saint-Laurent et le dernier vers
Québec, où devait se fonder un poste sous la direction de Champlain.
L’entreprise se solda par un modeste bénéfice, et, ce qui a plus
d’importance, on réussit effectivement à fonder l’établissement de
Québec aussi bien comme poste de traite que comme base d’exploration
vers l’Ouest. Toutefois, le monopole ne fut pas renouvelé à la fin de
l’année 1608, en partie à cause du peu de succès qu’avait remporté la
colonisation sous ce régime en vigueur depuis 1600. La traite des
fourrures fut ouverte à tout le monde. L’abolition du monopole valut à
de Monts 6 000ª de dédommagement, mais cette somme ne lui fut jamais
versée. Néanmoins, lui-même et ses associés, Collier et Legendre,
décidèrent de continuer leurs opérations. Elles se divisaient, en gros,
en deux phases : Champlain devait poursuivre les explorations et
commander le poste de Québec, tandis que Gravé Du Pont se chargeait de
la traite. C’est pendant la saison de 1611 que de Monts fit expédier en
France une cargaison de chêne, premier bois d’œuvre exporté du Canada.
Jusqu’à l’automne de la même année, de Monts envoya régulièrement des
navires chargés d’approvisionnements pour les colons, et de marchandises
de traite. Le poste de Québec fut maintenu ; on entra en contact avec de
nouvelles nations indiennes et l’exploration du pays se poursuivit,
cependant que les autres traitants pouvaient participer à ce commerce
sans encourir tous ces frais. À cause des pertes qu’entraînait leur
exploitation, les deux associés de de Monts constatèrent qu’ils ne
pouvaient plus maintenir le poste de Québec. Animé de sa foi sans bornes
dans l’avenir du pays et convaincu de l’importance de l’exploration
entreprise par Champlain, de Monts était décidé à ne pas abandonner
Québec. Il racheta donc la part des autres.
En 1612, Champlain et de Monts réussirent à faire octroyer le titre de
vice-roi au comte de Soissons, puis au prince de Condé. Grâce à leur
protection, le sieur de Monts organisa une compagnie dotée de certains
privilèges. À cette époque, les droits qu’il possédait en Acadie avaient
été cédés à la marquise de Guercheville [V. Biard et Jean de Biencourt],
de sorte qu’il devait borner son effort au Canada où les nouveaux
associés avaient obtenu le monopole. Il continua à participer activement
au commerce du Canada et à favoriser l’exploration et la colonisation du
pays jusqu’en 1617. Il se retira alors dans son château des Ardennes,
tout en restant, jusqu’en 1622, actionnaire de plusieurs compagnies qui
se succédèrent. Cette année-là, lui et Cornelis de Bellois devinrent
associés dans celle de Montmorency.
Malgré l’immense apport de cet homme clairvoyant à la mise en valeur du
pays, les historiens du Canada lui ont rarement accordé la place qui lui
revient. C’est pourtant lui qui a rendu possibles tant des réalisations
de Champlain, et qui, obéissant à la noble impulsion de créer une France
nouvelle en Amérique, a fondé ici la première colonie permanente. Parce
qu’il ne s’intéressait au commerce qu’en tant que source nécessaire des
fonds qu’exigeaient la colonisation et la découverte, il a sacrifié son
gain personnel afin d’atteindre un objectif plus élevé, dans la
poursuite duquel Champlain fut son allié indéfectible. Depuis le jour où
avec sa vaillante troupe il s’établit dans l’île Sainte-Croix, le
continent n’est jamais resté sans une colonie européenne. C’est de Monts
qui a démontré que les gens d’Europe pouvaient vivre ici à demeure et
s’y livrer avec succès à l’agriculture.
Bien plus, il a contribué à faire connaître davantage le Canada en
Europe. Il avait rassemblé une collection d’animaux, et d’oiseaux, de
portraits d’Indiens, d’objets façonnés par ceux-ci et d’autres
curiosités. Poutrincourt apporta une partie de cette collection en
France, en 1604, et de Monts y transporta le reste en 1605. L’humaniste
distingué qu’était Nicolas de Peirese examina ces objets et les
descriptions qu’il en a données figurent parmi les premières que nous
possédions de certains animaux ou oiseaux de l’Amérique du Nord. La
direction énergique, l’appui et l’encouragement que de Monts accordait à
l’exploration, dont il a été par la suite rendu compte dans les écrits
d’hommes tels que Champlain et Lescarbot, représentent un apport d’une
valeur inestimable. Au sujet de la tâche entreprise par de Monts pour
favoriser la colonisation, pour explorer le pays et pour accroître le
commerce, Lescarbot écrit dans la dédicace de son Adieu à la France
(1606) :
De Monts, tu és celui de qui le haut courage A tracé un chemin à un si grand ouvrage : Et pource de ton nom malgré l’effort des ans La feuille verdoyra d’un éternel printemps.
Le gouvernement français eût-il maintenu son monopole, les entreprises
du sieur de Monts en Acadie et au Canada auraient bien pu réussir
pleinement, au lieu de rester en deçà des objectifs qu’il s’était fixés.
À plusieurs égards, le monopole de la traite des fourrures était bien
conçu à l’époque pour la mise en valeur du pays, puisqu’il donnait une
assurance raisonnable de bénéfices assez considérables pour rembourser
les frais de fondation des établissements et pour assurer aux associés
de la compagnie un placement rémunérateur, tout en imposant des
obligations désirables au sujet de la colonisation. Pourtant, les
dirigeants de la France ne se préoccupaient guère d’appuyer efficacement
les compagnies de commerce. Des navires espagnols, hollandais et surtout
français en nombre appréciable défiaient sans grand risque le monopole,
ce qui réduisait énormément les bénéfices de la traite. Au surplus, la
jalousie régnait, l’intrigue n’avait de cesse, si bien que de Monts vit
son monopole, accordé pour une durée de dix ans, révoqué sans raison
valable au bout de trois ans. Le régime du monopole, en mettant les
choses au mieux, n’aurait probablement donné que de modestes bénéfices à
cause des frais élevés de l’établissement des colons, de la quantité
d’approvisionnements qu’il fallait importer, du coût de construction et
d’entretien des postes fondés aussi bien pour la traite que pour la
protection des colons, sans compter les frais généraux d’une compagnie
telle que celle de de Monts. Cependant, les documents font nettement
ressortir que de Monts ne s’intéressait au négoce qu’en tant que moyen
d’établir un nouveau domaine pour la France dans ce grand pays étrange
situé au delà de l’Atlantique. Si ce but a été finalement atteint, c’est
en grande partie à de Monts qu’on le doit.
George MacBeath
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