CARLETON,
THOMAS, officier et administrateur colonial, né vers 1735 en Irlande,
dernier fils de Christopher Carleton et de Catherine Ball ; le 2 mai 1783,
il épousa à Londres Hannah Foy, née Van Horn ; décédé le 2 février 1817 à
Ramsgate, Angleterre.
La carrière et
les réalisations de Thomas Carleton ont été reléguées dans l’ombre par les
exploits mieux connus de son frère aîné, Guy, lord Dorchester, ainsi que
par les projets et l’action de l’élite loyaliste du Nouveau-Brunswick,
avec laquelle Thomas travailla en étroite collaboration à la fondation et
au développement d’une nouvelle colonie. Son style hermétique et le
caractère sporadique de sa correspondance – « je me rends si rarement
coupable d’écrire de longues [lettres] », ainsi qu’il l’avouait à son
protecteur, lord Shelburne – ont nui aux historiens qui ont tenté
d’étudier ce personnage. En tant qu’homme public, il se peut que Carleton
n’ait pas été correctement dépeint. Grâce à l’aide de Jonathan Odell,
secrétaire de la province, et à celle d’Edward Winslow, secrétaire
militaire, il paraît peut-être, selon le mot de William Odber Raymond, «
beaucoup plus à son avantage dans sa correspondance officielle qu’il ne
l’aurait été autrement ».
En 1753, après
avoir passé son enfance en Irlande, Carleton entra comme volontaire dans
le 20e d’infanterie. Il prit rapidement du galon, ayant été promu
lieutenant et adjudant au début de 1756, et servit beaucoup en Europe au
cours de la guerre de Sept Ans. Le 27 août 1759, il fut promu capitaine.
Stationné à Gibraltar avec son régiment, après la paix de 1763, Carleton
s’impatientait ; en 1766, il fit appel à Shelburne, « comme à [son] unique
ressource », pour demander qu’advenant une autre guerre, son protecteur
(alors secrétaire d’État au Département du Sud) ne « souffrît [pas]
qu’[il] fût enfermé avec une bande de gloutons dans cette horrible prison
». Au cours d’un congé de dix mois, il visita Minorque, Alger et
différentes régions de la France et de l’Italie, pour enfin rejoindre son
régiment et rentrer en Angleterre en 1769. Nommé major le 23 juillet 1772,
il prit de nouveau congé pour voyager en Europe. Ce fut sans doute grâce à
sa grande expérience acquise lors de ses voyages à travers le monde que
Shelburne le recommanda pour accompagner au Canada lord John Pitt, fils
aîné du comte de Chatham. Mais, en mars 1774, Carleton remit ce voyage à
plus tard, préférant l’expérience plus aventureuse de servir au sein de
l’armée russe, qui combattait alors les Turcs sur le bas Danube. Après
avoir visité Constantinople (Istanbul) et après avoir hiverné à
Saint-Pétersbourg (Leningrad), il retourna en Angleterre en 1775.
En août 1775,
Guy Carleton, gouverneur de Québec, recommanda que son frère fût fait
quartier-maître général des forces qui y étaient en garnison. L’année
suivante, Thomas, alors détenteur d’une commission de lieutenant-colonel
dans le 29e d’infanterie, occupa ce poste. Au fur et à mesure que
progressait la guerre d’Indépendance américaine, il se fit, comme son
frère, de plus en plus critique devant la façon dont le gouvernement
dirigeait l’effort militaire. De fait, sa critique devint vive au point
qu’il écrivit d’une façon sarcastique : « cette lettre contient la pire
des trahisons envers le gouvernement, aussi ne la signerai-je point ».
Vers la fin de la guerre, il suivit avec inquiétude la fortune vacillante
de Shelburne et se demanda si son retour en Angleterre serait indiqué : «
on risque d’être étranger à ses propres amis, sinon oublié d’eux, pour
avoir été trop longtemps absent ». Mais, en juin 1782, un « heureux
changement ministériel » avait placé Shelburne dans la « sphère qui [lui]
convenait », et Thomas envisagea de rejoindre son frère – devenu sir Guy –
à New York et d’obtenir par la suite un autre poste au Canada.
Avant de partir
pour New York, Carleton eut de nombreux problèmes à régler avec son
officier commandant, Haldimand. Tous deux s’étaient plusieurs fois
heurtés, Carleton, toujours chatouilleux, ayant l’impression d’être traité
comme « une nullité » et d’être privé du respect dû à son grade. Un
dernier affrontement survint quand Haldimand lui demanda de résigner ses
fonctions de quartier-maître général avant son départ, ce que Carleton
refusa de faire tant qu’il n’aurait pas obtenu une nouvelle nomination. Il
quitta Québec sans que l’affaire fût réglée. Après un bref arrêt à New
York, où il ne trouva aucun poste vacant, Carleton s’embarqua pour
l’Angleterre. Là, réfugié dans la propriété de campagne de Shelburne, il
écrivit à Haldimand et prétendit qu’il avait dû partir brusquement devant
la nécessité d’aller justifier en Angleterre les dépenses du bureau du
quartier-maître général. Sceptique, de toute évidence, Haldimand raya le
nom de Carleton de la liste des membres de son état-major et nomma à sa
place le colonel Henry Hope. Carleton, dont les états de service étaient
ternis et la carrière menacée, ne reçut point d’aide après le mois de
février 1783, puisque Shelburne (alors premier ministre) venait de perdre
tout pouvoir, le poste de chef de son parti étant passé à William Pitt.
Lorsqu’on ouvrit le poste de gouverneur dans la colonie nouvellement créée
du Nouveau-Brunswick, à l’été de 1784, il n’est donc pas surprenant que
Carleton l’ait accepté.
Carleton
n’avait pas été, néanmoins, dans une situation tout à fait désespérée. Le
nom des Carleton était encore respecté, et l’on envisageait la possibilité
de confier à sir Guy le poste de gouverneur en chef de l’Amérique du Nord
britannique. En outre, ce n’avait pas été une mince tâche que de trouver
un gouverneur pour le Nouveau-Brunswick : le général Henry Edward Fox et
le colonel Thomas Musgrave avaient, tous deux, déjà refusé cette
nomination. Carleton avait été en assez forte position pour obtenir du
ministère de l’Intérieur l’engagement que son mandat au Nouveau-Brunswick
serait temporaire et qu’il serait suivi par celui de lieutenant-gouverneur
de la province de Québec. Il est vrai qu’il devait, par la suite,
considérer sa nomination comme « l’un des événements les plus heureux de
[sa] vie », et il ne l’avait pas acceptée trop tôt, comme l’avenir allait
le prouver. Haldimand s’embarqua pour l’Angleterre à l’automne de 1784,
et, l’année suivante, Carleton fit part de son « inquiétude » sur la
baisse apparente de sa réputation auprès du secrétaire d’État à
l’Intérieur, lord Sydney. Ainsi qu’il l’écrivait à Shelburne, « si j’avais
persisté dans mon refus au gouvernement, l’hostilité d’un ministre eût pu
être fatale, en ce moment [...] quoique redoutable, on peut lui résister
».
La
préoccupation de Carleton au sujet de la possibilité d’être attaqué par
Haldimand et Sydney révélait son insécurité – insécurité d’autant plus
lourde, sans nul doute, que d’autres, tant au-dessus qu’au-dessous de lui,
avaient des idées plus précises que les siennes sur la structure qu’on
devait donner à la nouvelle colonie. Au cours de la campagne pour le
partage de la Nouvelle-Écosse, en 1783–1784, certains membres de
l’ambitieuse élite loyaliste, tels Edward Winslow et Ward Chipman,
étaient actifs et avaient leur franc-parler. Sir Guy, qui s’intéressait «
vivement à l’idée d’un nouveau gouvernement », fit sentir, lui aussi, sa
forte influence. Thomas, en revanche, ne paraît pas avoir joué un grand
rôle. Il n’eut apparemment aucun mot à dire dans la nomination du premier
Conseil du Nouveau-Brunswick (peut-être ne faut-il point s’en surprendre,
vu la foule des quémandeurs de postes qui attendaient une récompense),
tandis que le titulaire d’un autre poste au moins, et probablement de
plusieurs autres, « fut désigné par le colonel Carleton sur la
recommandation de son frère ». Sans doute Carleton se consola-t-il en
apprenant sa promotion au grade de colonel (accordée le 20 novembre 1782),
par la promesse du ministère de la Guerre de mettre deux régiments de
réguliers en garnison au Nouveau-Brunswick et par l’entente que son mandat
serait temporaire. Après avoir prêté le serment d’office, le 28 juillet
1784, il fit voile pour Halifax au début de septembre. Il était accompagné
de sa femme, de même que de Chipman, de Jonathan Odell, de Gabriel George
Ludlow et d’autres fonctionnaires récemment nommés.
À la fin de
novembre, après un court séjour à Halifax, Carleton et sa suite
atteignirent Parrtown (Saint-Jean), qui devint la capitale temporaire du
gouverneur. Bien que ses instructions lui enjoignissent clairement de
convoquer au plus tôt une chambre d’assemblée, Carleton décida « de
terminer toute chose, relativement à l’organisation de la province, qui
relevait proprement de la prérogative [royale] avant [de convoquer] une
assemblée de représentants choisis par le peuple ». Ainsi le
Nouveau-Brunswick allait-il être gouverné, en sa première année, par
Carleton et le Conseil du Nouveau-Brunswick – corps formé en grande partie
de Loyalistes qui allaient constamment donner des « avis unanimes ». Cette
étroite collaboration entre le gouverneur et l’élite loyaliste eut une
profonde influence sur la structure de la nouvelle colonie. Au vrai,
l’idée que se faisait Carleton d’une véritable société coloniale ne
différait pas beaucoup de celle des Loyalistes. Tout comme son frère, il
était le produit d’un milieu anglo-irlandais où l’on acceptait la
nécessité d’une classe dirigeante, d’une Église établie et d’un Parlement
soumis au contrôle de l’exécutif. Ses conceptions, influencées par son
intérêt pour les questions militaires, étaient conformes aux espoirs des
Loyalistes qui rêvaient d’« une société stable, [de caractère] rural,
gouvernée par une oligarchie compétente et fortement unie de gentilshommes
loyalistes ».
Au moment de
l’arrivée de Carleton, l’indifférence du gouverneur John Parr, de la
Nouvelle-Écosse, pour les nouveaux établissements de Loyalistes et de
soldats sur la rivière Saint-Jean, jointe à un hiver froid et à
l’insuffisance des provisions, avait ralenti le développement de la
colonie. De plus, les projets de Guy Carleton visant à une avance vers le
nord, pour y ouvrir de nouvelles terres dans le haut de la Saint-Jean, et
à la consolidation des établissements existants, semblaient sur le point
d’être abandonnés. Tenant compte des suggestions de son frère aîné, de ses
propres penchants et des ambitions de l’élite, Thomas se mit rapidement à
l’œuvre, et avec enthousiasme, pour redonner vie à la colonie chancelante.
Antérieurement à la convocation d’une assemblée, on adopta tout un
éventail d’importantes mesures. À cause de sa situation centrale, la
pointe St Anne, rebaptisée Fredericton, fut « établie » comme nouvelle
capitale ; un juge en chef, des juges adjoints et un procureur général
furent nommés ; des comtés et des paroisses furent créés ; et une charte
fut accordée pour l’érection civile de Saint-Jean. En outre, on soutint
fortement que des trois rivières connues sous le nom de Sainte-Croix,
celle qu’on appelait communément Scoodic marquerait, à l’ouest, la
frontière du Nouveau-Brunswick. On veilla aussi aux besoins les plus
urgents des nouveaux venus loyalistes. On s’occupa des demandes de
concession et on enregistra ou, dans certains cas, on confisqua des
terres. Carleton s’arrangea aussi pour que la période pendant laquelle les
réfugiés devaient être approvisionnés gratuitement fût prolongée jusqu’au
mois de mai 1787, et pour que ceux-ci, en cas de nécessité, fussent
autorisés à utiliser des bateaux américains, plutôt que de compter sur les
« navires battant pavillon britannique », pour le transfert de leurs biens
au Nouveau-Brunswick. L’assignation à des Loyalistes de terres déjà
occupées par des colons de l’époque préloyaliste, acadiens ou anglais,
créa un problème que Carleton et le conseil résolurent en ordonnant aux
nouveaux tenanciers de verser une compensation aux anciens « occupants
pour les améliorations » apportées à leurs propriétés. Dans le cas des
Acadiens, on s’arrangea pour les réinstaller dans d’autres parties de la
colonie.
À la fin de
1785, on avait tracé les grandes lignes du futur développement du
Nouveau-Brunswick. Ce devait être un avant-poste de l’Empire, doté d’un
bon gouvernement et d’une société respectueuse et bien ordonnée, dont la
répartition des établissements correspondrait à ce que Carleton
considérait comme les besoins militaires de la colonie. Ce devait être
aussi un « asile » pour les Loyalistes, qui ferait par la suite l’« envie
des États américains » – une société tout à fait différente de celle qui
était en train de prendre forme aux États-Unis, après la Révolution
américaine. La conformité des vues du gouverneur et de ses conseillers
loyalistes, tant sur le plan de la pensée que sur celui de l’action, ne
nous permet pas facilement de démêler l’écheveau de leurs perceptions et
de leurs désirs. Il est évident que Carleton avait fait siennes plusieurs
conceptions des Loyalistes ; de même, par moments, l’élite était tout
aussi réceptive devant les exigences du gouverneur, auxquelles elle se
soumettait aveuglément. Sur la question des nominations, qui dans les
premières années favorisèrent presque exclusivement les Loyalistes, le
point de vue de Carleton sur la compétence des candidats qu’il avait
choisis révèle le respect qu’il avait pour les réfugiés. « Ce sont,
écrivait-il, des gentlemen, non seulement d’un réel mérite, mais qui se
sont en outre distingués par leurs services et leurs souffrances pendant
la dernière rébellion. » Il n’est pas douteux qu’Odell, Ludlow, Winslow et
Chipman, entre autres, appuyèrent de tout cœur le choix qu’il fit de
pareils « ennemis de la dissidence » et de pareils adversaires du «
violent esprit partisan », et qu’ils allaient également soutenir les
mesures constitutionnelles que Carleton espérait mettre au point. À
l’échelon municipal, si la charte de Saint-Jean concédait quelques
privilèges démocratiques à l’électorat, Carleton se donna la peine
d’insister sur le fait que « le gouvernement conserv[ait] suffisamment
d’influence », puisque le gouverneur nommait directement le maire, le
shérif, le recorder et le greffier, « de façon à préserver le bon ordre et
à assurer une parfaite obéissance ». À l’échelon provincial, Carleton
affirma carrément qu’il serait « préférable que l’esprit innovateur des
Américains ne [fût] pas entretenu chez les réfugiés loyaux par l’adoption
de lois dans des domaines que la common law et l’usage des colonies les
mieux gouvernées reconnais s[aient] être de la seule compétence de la
couronne ». La vigilance à l’égard de l’exercice des prérogatives de la
couronne devait s’accompagner du « renforcement [des] pouvoirs exécutifs
du gouvernement [de manière à] pêcher qu’il repos[ât] à ce point sur
l’élément démocratique de la constitution ».
Ces conceptions
et ces gestes furent bientôt combattus, tant à l’intérieur du
Nouveau-Brunswick qu’à Londres. Au début de novembre 1785, les premières
élections provinciales tournèrent au tumulte et l’on dut envoyer la troupe
pour réprimer une émeute à Saint-Jean. La lutte, selon William Stewart
MacNutt, se livrait entre « les hommes du gouvernement et ceux qui
n’avaient pas droit aux privilèges » [ V. Elias Hardy]. On imposa par la
suite des amendes et des peines d’emprisonnement, et on accorda les six
sièges disputés à Saint-Jean au groupe de Jonathan Bliss et de Chipman,
tous deux amis du gouverneur. Carleton en tira une leçon : il fallait «
tenir solidement en main les rênes du gouvernement et punir avec fermeté
les indociles » ; il fallait aussi, comme l’événement l’avait démontré,
poster un plus grand nombre de troupes dans la région. Après avoir pris
connaissance du rapport de Carleton sur les élections, Sydney approuva la
façon dont le gouverneur était venu à bout de la « conduite immodérée de
M. Hardy » et de ses partisans. Mais, sur d’autres points, il fut loin
d’être satisfait des réalisations de Carleton. On s’était posé des
questions sur le retard du gouverneur à envoyer à Londres la liste des
honoraires que le conseil et lui avaient fixés, de même que sur ses
hésitations à convoquer une assemblée. Plus que tout, Sydney avait été
troublé par les problèmes juridiques que l’érection hâtive de Saint-Jean
en municipalité avait soulevés, « votre commission ne vous donnant]
aucunement l’autorité d’accorder [de semblables] chartes », écrivait-il à
Carleton. Au même moment, ce dernier était en pleine dispute avec le major
général John Campbell, commandant des forces armées dans l’est du Canada,
au sujet de la juridiction du gouverneur sur les troupes en garnison au
Nouveau-Brunswick, dont un seul régiment était arrivé.
La position de
Carleton se renforça beaucoup à la suite de la nomination de son frère –
sur le point de devenir lord Dorchester – au poste de gouverneur en chef,
au début de 1786. (Au même moment, Thomas reçut, de ce fait, une
commission de lieutenant-gouverneur.) Sydney fit clairement savoir que les
problèmes militaires relèveraient du gouverneur en chef, et sans doute
Thomas allait-il l’emporter sur un Campbell chagriné par la tournure des
événements. Avant même d’apprendre ces heureux changements, Thomas avait
manifesté sa volonté de répondre aux critiques de Sydney. Il défendit la
légitimité de tous ses gestes et, s’étendant sur ses succès, il assura le
secrétaire d’État à l’Intérieur « que la dissidence en [était] à son terme
» dans la province. À la vérité, Carleton et ses alliés loyalistes étaient
largement les maîtres du Nouveau-Brunswick. La première Assemblée se
réunit en janvier 1786 afin de « mettre la dernière main à la difficile
tâche d’organiser la province », selon les propres mots de Carleton. Avec
l’entière volonté de collaboration dont fit preuve l’Assemblée, toute
opposition disparut. En 1788, on avait achevé le transfert du siège du
gouvernement à Fredericton, et l’Assemblée s’y réunit pour la première
fois en juillet. L’absence de controverse amena Carleton à déclarer, en
ouvrant la session de 1789 : grâce à « la prévoyance et [à] l’attention
[apportées], au cours des précédentes sessions, aux divers besoins de
cette colonie naissante, les affaires que j’ai maintenant à soumettre à
vos délibérations se réduisent à peu de chose près au renouvellement des
lois temporaires ».
La cause et la
carrière de Thomas Carleton étaient dès lors étroitement liées aux
destinées de son frère et de ses propres alliés de la colonie, les chefs
loyalistes. De l’avis de certains observateurs, il était, en fait, la
marionnette du gouverneur en chef. En réalité, si Thomas apprit avec
plaisir la nomination de Dorchester et si, en 1788, il entreprit un voyage
hasardeux de 350 milles, à pied, pour être au chevet de son frère malade,
il y avait tout de même entre ce dernier et lui des points de désaccord.
La frontière entre le Nouveau-Brunswick et la province de Québec en est un
exemple, le lieutenant-gouverneur revendiquant avec succès la région du
Madawaska comme partie de sa colonie. Le sort de Carleton n’en était pas
moins lié à celui de son frère, et, à la fin des années 1780, ils étaient
la cible de leurs ennemis. Haldimand continuait, en Angleterre, ses
mordantes critiques à l’endroit de Thomas, « qui certainement ne mérit[ait]
pas de faveurs », pendant que Parr, en Nouvelle-Écosse, brocardait
librement les deux frères dans sa correspondance privée. Les remarques de
ce dernier embarrassaient particulièrement Thomas, parce qu’elles étaient
adressées à Shelburne. Mais, bien qu’il fût au courant des sentiments
hostiles de Parr, Carleton ne riposta jamais avec succès à ses
insinuations. L’empressement de Parr à critiquer les Carleton sans aucune
crainte apparente d’offenser Shelburne explique peut-être pourquoi les
liens entre Thomas et ce protecteur, jadis attentif, s’estompèrent à la
fin des années 1780.
Les bruits de
mauvaise administration et d’incompétence, au Nouveau-Brunswick, se
révélèrent encore plus préjudiciables à Carleton. Quoiqu’il fût d’un
optimisme prudent au sujet du potentiel économique de la colonie,
particulièrement dans le domaine de l’agriculture qu’il croyait devoir
l’emporter sur le commerce, son évaluation du progrès réalisé dans les
premières années fut équilibrée et réaliste. Dans un rapport à Dorchester,
en 1787, il reconnut ouvertement certains échecs économiques qu’avait
subis la colonie et avoua indirectement la lenteur de son développement
dans l’ensemble. Il évita, toutefois, de blâmer qui que ce fût. D’autres
n’hésitèrent pas tant à désigner le coupable. « La province aurait eu, en
ce moment, trois fois plus d’habitants qu’elle n’en a, n’eût été
l’hostilité de son gouvernement envers le peuplement », écrivait James
Glenie en novembre 1789. Glenie allait être une perpétuelle épine au flanc
de l’administration, et, à l’occasion, ses affirmations furent marquées au
coin de l’exagération et de la partialité. Dans le cas qui nous occupe, il
avait reçu le pouvoir d’agir au nom d’Andrew Finucane dans la lutte pour
recouvrer le titre de propriété de l’île Sugar, où des soldats licenciés
avaient obtenu du gouvernement l’autorisation de s’installer. Glenie y
voyait une conspiration pour enlever à Finucane son droit de propriété, et
Carleton était impliqué dans l’affaire : « le [lieutenant-]gouverneur doit
toucher sa part, en conséquence d’un achat conjoint que lui et le juge
[Isaac Allan] ont fait dans le voisinage de l’île ». Un
lieutenant-gouverneur et une clique qui s’enrichissaient et qui se
protégeaient les uns les autres grâce aux fonctions qu’ils détenaient,
voilà, alléguait-on, ce qui faisait obstacle au développement de la
colonie. Quoi qu’il en soit de leur validité, les accusations de Glenie
étaient graves, et beaucoup d’autres allaient parvenir aux oreilles des
autorités de la métropole dans les années suivantes. Finucane s’étant
plaint à Londres de la façon dont il avait été traité, Carleton avait dû,
en septembre 1789, donner des explications détailles sur les circonstances
dans lesquelles la famille Finucane avait perdu ses droits dans l’île
Sugar. À première vue, il semblait que la procédure légale eût été
scrupuleusement observée, mais le doute avait été semé.
Des
insinuations de mauvaise administration, la perte apparente de l’appui de
Shelburne, une colonie qui se développait lentement, tout cela avait
fortement compliqué la vie de Carleton, et peut-être même compromis sa
carrière. Son premier espoir de ne servir que peu de temps au
Nouveau-Brunswick s’était à toutes fins utiles évanoui en 1790. Il faut
bien avouer que, à la façon dont son rappel fut remis, on eut l’impression
que c’était là une marque de satisfaction devant ses réalisations. On lui
avait offert en 1786 le poste de lieutenant-gouverneur de Québec. « En
même temps, lui écrivait lord Sydney en parlant du Nouveau-Brunswick, je
ne me conformerais pas aux ordres de Sa Majesté, si je ne vous avouais pas
[... que] Sa Majesté est persuadée qu’il serait à l’avantage de son
service que vous restiez dans cette province. » Carleton répondit
loyalement qu’il était disposé à continuer, tandis qu’il avoua en privé :
« si l’on considérait comme important que je reste dans la province, lord
Sydney aurait dû m’allécher par quelque chose de plus solide que des mots
vides de sens ». L’année suivante, on lui offrit quelque chose de plus, en
lui annonçant qu’au départ de Campbell on le ferait général de brigade en
Amérique et qu’on lui donnerait le commandement des troupes au
Nouveau-Brunswick. Mais la visite qu’il fit à Québec en 1788 rappela à
Carleton de quelle façon on le tenait à l’écart, alors que d’autres
allaient de l’avant. Ses doléances lui valurent d’Angleterre des
assurances renouvelées, destinées à l’apaiser, que c’était l’intention du
roi de le récompenser de ses services « aussitôt qu’il se présenterait une
occasion favorable ». Néanmoins, et bien qu’il fût consulté quand le poste
de lieutenant-gouverneur de Québec redevint vacant en 1789, on fit valoir
le même argument contre son départ. Que pouvait faire Carleton, sinon d’«
exprimer [son] entier acquiescement au désir de Sa Majesté qu’[il] restât
au Nouveau-Brunswick » ?
Soldat avant
tout, Carleton eut facilement pu se concentrer sur cet aspect de sa
carrière et négliger ses responsabilités civiles, une fois compromises ses
perspectives d’avancement dans la colonie. Il faut lui donner le mérite
d’avoir continué à exprimer les besoins du Nouveau-Brunswick dans d’autres
domaines. Les menaces de changer ou de fixer les frontières nord, ouest et
sud de la colonie au détriment de cette dernière furent efficacement
combattues pendant tout son mandat. La nouvelle de l’approbation, par le
Parlement, d’une subvention pour la création d’un collège en
Nouvelle-Écosse poussa Carleton à réclamer pareille aide financière pour
une « institution d’enseignement publique » au Nouveau-Brunswick. Si le
gouvernement de la métropole refusa l’aide demandée et si la colonie dut
se contenter d’une grammar school située à Fredericton, l’Assemblée
collabora au projet en accordant une terre et une petite subvention ; le
premier pas était fait en vue de la création du Collège of New Brunswick.
Là où Carleton se révéla impuissant, toutefois, ce fut à enrayer le déclin
économique de la colonie. Le fait qu’il nota en 1791 que l’on continuait
d’importer des vivres des États-Unis et que le bois de construction avait
été placé sur la liste des importations permises révèle en toutes lettres
la mauvaise situation de la province. Les restrictions imposées par les
Britanniques, en 1790, sur la concession des terres dans la colonie, avec
l’espoir que les terres de la couronne pourraient être vendues,
s’avérèrent un échec de premier ordre ; au même moment, le prix des terres
tomba, les moulins et les scieries cessèrent de tourner, l’immigration se
tarit et le montant des dettes – même celles de l’élite – s’accrut.
L’indifférence impériale atteignit son sommet quand, en 1794, on donna de
nouveau aux navires américains accès au commerce des Antilles, décision
qui détruisit le « commerce maritime » du Nouveau-Brunswick et aggrava
l’état de sous-développement de l’agriculture.
Carleton trouva
quelque compensation, à son point de vue, dans l’émergence, au moins
temporaire, de sa province comme le bastion militaire dont il avait eu la
vision dès le début. En 1788, il avait fait valoir la nécessité d’un plus
grand nombre de postes militaires pour protéger la ligne de communication
avec Québec et « pour stimuler le peuplement dans leur voisinage ». En
1790, l’arrivée du second des deux régiments promis à la colonie permit de
compléter la ligne des postes avancés en direction nord. Il y avait déjà
des garnisons à Saint-Jean et au fort Cumberland (près de Sackville) ;
sous la direction de Dugald Campbell, de nouveaux postes furent alors
établis à Grand Falls et à Presque Isle. Carleton put aussi cantonner « un
corps respectable à Fredericton, ce qu’[il] considér[ait] comme une chose
de grande importance ; c’[était] un endroit central et particulièrement
avantageux pour les troupes ». Des questions s’élevèrent immédiatement au
sujet de la concentration de la main-d’ œuvre et du matériel militaire à
Fredericton plutôt qu’à Saint-Jean. La décision de Carleton fut par la
suite renversée par le ministère de la Guerre, et il dut accepter que, sur
le plan militaire, Saint-Jean l’emportât sur Fredericton. Mais, pendant un
court laps de temps, il fut dans son élément, entouré à Fredericton
d’officiers payeurs, de maîtres de caserne et de majors de garnison, de
même que d’un régiment entier qui n’avait rien d’autre à faire, selon
Glenie, que de « monter la garde dans la ferme du gouverneur ». Puis, à la
fin de 1792, Carleton, troublé et protestant contre cette décision,
recevait l’ordre de transférer un régiment à Halifax ; au mois de février
suivant, le second régiment était dépêché aux Antilles. Pour remplacer les
soldats de l’armée régulière, on prévoyait « un corps ne devant pas
excéder 600 hommes » que Carleton devait recruter au sein de la colonie et
qu’il commanderait, « mais sans aucun salaire ». Sans doute le choc fut-il
atténué lorsqu’on lui donna le grade de major général de l’armée
régulière, le 12 octobre 1793, et qu’on le nomma colonel commandant d’un
bataillon au sein du 60e d’infanterie en août 1794. La guerre avec la
France avait précipité ces décisions ; il faut reconnaître à Carleton le
mérite d’avoir de nouveau réagi en loyal gouverneur et soldat. Tout en
poussant le recrutement de la nouvelle unité, le King’s New Brunswick
Regiment, Carleton fit adopter en hâte un nouveau projet de loi concernant
la milice, renforça les défenses de Saint-Jean et fit une contribution
personnelle de £500 à un fonds pour la défense de la Grande-Bretagne. Sa
loyauté dut être mêlée d’un amer désappointement quand le prince Edward
Augustus fut accueilli dans la colonie en 1794. En assumant le
commandement de toutes les troupes du Nouveau-Brunswick et de la
Nouvelle-Écosse, le prince rejetait Carleton dans l’ombre. De plus, le
fait que la Nouvelle-Écosse lui servait de base apportait la certitude que
jamais la colonie de Carleton ne serait le cœur des dispositifs de défense
britanniques dans l’est du Canada.
Au même moment,
se dessinaient au Nouveau-Brunswick les grandes lignes de ce qui
conduirait à un affrontement entre, d’une part, le lieutenant-gouverneur
et le conseil, et, d’autre part, l’Assemblée élue. Cette lutte aurait pour
effet de désorganiser la colonie pendant longtemps et, finalement,
d’aigrir Carleton au sujet du Nouveau-Brunswick. James Glenie allait y
jouer un rôle de premier plan, quoiqu’on puisse douter de la sincérité de
sa campagne en faveur des droits de l’Assemblée. Le lieutenant-gouverneur,
affirmait Glenie, avait été placé par ses amis « dans une situation à
laquelle la nature ne l’avait pas destiné, et pour laquelle son éducation,
ses talents, son expérience ne lui donnaient] nullement la compétence
[nécessaire] » ; Carleton devait en outre être blâmé de ce que le
Nouveau-Brunswick restait stagnant car il était, « de par sa nature,
ennemi des affaires et, de par ses habitudes, entièrement étranger à elles
». L’historien George Francis Gilman Stanley a dit de ces attaques
qu’elles avaient eu « peu de poids à Londres ». Certaines de ces
accusations furent pourtant soumises au secrétaire d’État à l’Intérieur,
Henry Dundas, qui n’était point ami de la famille Carleton. Quand, en
1792, Carleton se plaignit que les postes de conseiller étaient accordés
sans son « concours » et qu’ainsi son autorité était sapée, Dundas ne fut
pas lent à le chapitrer sur sa « mise en doute malséante de la sagesse et
de la prudence des conseils de Sa Majesté ». Toutefois, dans le grand
affrontement entre l’exécutif et l’Assemblée, Carleton obtint au moins
quelque appui du duc de Portland, successeur de Dundas.
À une assemblée
heureuse de collaborer devait en succéder une autre, aux élections de
1793, qui se révéla de loin plus critique et d’un ton plus cassant, et qui
ne prêta aucune attention à certaines recommandations de Carleton. Le
mécontentement longtemps contenu atteignit son paroxysme en 1795. Les
dépenses du lieutenant-gouverneur pour la défense, à Saint-Jean et à St
Andrews, furent rejetées par l’Assemblée ; dans un geste de revanche, le
Conseil du Nouveau-Brunswick refusa d’entériner le budget, qui pourvoyait
au salaire des membres de l’Assemblée, de même qu’une proposition visant à
ce que la Cour suprême siégeât à Saint-Jean tout comme à Fredericton.
Cette agitation fut en quelque sorte symbolisée dans le projet de loi
présenté par Glenie « déclarant quelles lois étaient en vigueur dans la
province » – autre mesure adoptée par l’Assemblée et repoussée par le
conseil. La dissolution de l’Assemblée, en août 1795, et l’élection de
nouveaux députés ne soulagèrent en rien Carleton et le conseil. L’impasse
persistait, et la machine gouvernementale tourna à vide de 1795 à 1799.
L’agitation de l’Assemblée, de l’avis de Carleton, était imputable pour
une bonne part au fait que son gouvernement mettait l’accent sur
Fredericton, alors que les « intérêts commerciaux » des comtés de
Saint-Jean, de Charlotte et de Westmorland espéraient encore que le siège
du gouvernement pût être transféré à Saint-Jean. Il vit, dans cette
tentative pour miner son grand œuvre, une conspiration de « quelques
députés qui [avaient] de toute évidence une prédilection pour les systèmes
républicains qui florissaient autrefois dans les colonies à charte de la
Nouvelle-Angleterre ». Portland tenta, pendant toute cette affaire, de se
prononcer sur chacune des questions épineuses qui étaient l’objet de
débats, en approuvant habituellement avec prudence la position adoptée par
Carleton et le conseil. Comme la querelle s’éternisait, une exaspération
croissante, à propos de « différends oiseux et sans fondement », se fit
sentir dans sa correspondance.
Le
Nouveau-Brunswick lui-même se fatigua de ce conflit. L’Assemblée adopta
une attitude plus conciliante quand Carleton manipula les textes qui
démontraient le déplaisir des autorités métropolitaines, en choisissant
soigneusement, à un certain moment, des extraits de lettres de Portland
pour la gouverne d’Amos Botsford, président de la chambre. La cause de
l’opposition fut encore affaiblie à la session de 1797, lorsque Glenie osa
présenter une motion de censure contre le lieutenant-gouverneur lui-même.
À l’exception de Stair Agnew et de trois autres députés, l’Assemblée se
refusa à cette attaque directe contre le représentant du roi. Mais ce ne
fut qu’à la session de 1799, au moment où Carleton déposa devant la
chambre de longs extraits de la correspondance de Portland, dans lesquels
le ministre exposait « les principes et les règles de la procédure
législative », que l’impasse fut brisée. Des deux côtés, on consentit à un
compromis : les membres de l’Assemblée séparèrent les sommes destinées à
leurs traitements de celles qui étaient affectées à d’autres services ; le
conseil laissa tomber son opposition « à certaines irrégularités
[contenues] dans les projets de loi de la session », et adopta les crédits
votés par la chambre pour les quatre années précédentes. Bien que les
autres arrangements qui marquèrent les sessions de 1799 et de 1801
semblassent justifier le rôle de l’exécutif (l’Assemblée, par exemple,
toléra la révision par le conseil des affectations de fonds avant leur
inclusion dans le projet de loi définitif), en fait, un renversement
fondamental des pouvoirs était en train de s’opérer. Au cœur de la
bataille, selon ce que croyait Botsford, se trouvait la question des «
privilèges indubitables et inhérents » à l’Assemblée, dont la défense
vigilante et le développement étaient entièrement compatibles avec « la
loyauté bien éprouvée de ceux qui compos[aient] la chambre d’Assemblée » :
« ils n’avaient pas agi par esprit d’opposition, ni par obstination, ni
par manque d’information sur le parlementarisme [...] ils n’avaient
sacrifié aucun droit essentiel et n’avaient modifié la façon d’accorder
les subventions que dans un désir d’harmonie et conformément aux
sentiments de Sa Grâce et aux lumières que, dans ses importantes
communications, elle a[vait] projetées sur la question ». En fait, le
Nouveau-Brunswick était témoin de l’émergence de l’« hégémonie politique »
de l’Assemblée, alors que le pouvoir passait aux mains de la partie
élective du gouvernement.
Cette érosion
du pouvoir exécutif, qui allait à l’encontre de la philosophie de Carleton
sur le gouvernement, jointe à cette autre érosion, presque totale, de son
autorité militaire, le convainquit de la nécessité de quitter le
Nouveau-Brunswick. En 1800, il fit preuve d’une franchise certaine au
sujet de la lenteur du progrès économique de la colonie, jetant le blâme
de cet échec sur la politique à courte vue du gouvernement impérial. Les
restrictions sur les concessions de terre, qui dataient alors de dix ans,
étaient un point particulièrement sensible. La solution temporaire des
problèmes frontaliers avec les États-Unis avait été cause d’une certaine
satisfaction en 1798, la rivière Scoodic ayant été confirmée comme la
frontière ouest du Nouveau-Brunswick [V. Thomas Wright]. En 1800,
l’encouragement persévérant de Carleton envers « le collège naissant »
aboutit à la délivrance d’une charte provinciale d’érection. Mais, dans le
domaine militaire, sa fierté et son autorité furent soumises à rude
épreuve. En dépit de son énergique opposition, il perdit en 1796 le droit
de nommer le major de garnison et le maître de caserne à Fredericton, et,
en 1798, le bureau du sous-officier payeur fut soustrait à son
favoritisme. La position de Halifax comme centre militaire de la défense
britannique fut confirmée en septembre 1799, lorsque Edward Augustus,
devenu duc de Kent et de Strathearn, assuma le commandement des forces
armées en Amérique du Nord britannique et qu’il fixa son quartier général
dans la capitale de la Nouvelle-Écosse. Peu après, faisant valoir que ces
changements avaient modifié « la nature de la charge [qu’on avait] fait
l’honneur de [lui] confier » et qu’ils l’avaient réduit à un rôle de «
comptable public », Carleton, fort amer, demanda l’autorisation de
démissionner.
Tout en
exprimant sa surprise et ses regrets, Portland promit de donner suite à sa
requête. Par ailleurs, le duc de Kent sembla honnêtement inquiet de cette
perte possible. Informé par le duc que la durée de service du King’s New
Brunswick Regiment allait être prolongée et que ce régiment pourrait «
prochainement [être] placé sur la liste des fencibles », Carleton commença
à reconsidérer sa décision. Il croyait désormais sa démission prématurée
et passablement malhabile ; se servant du changement d’affectation du
King’s New Brunswick Regiment comme excuse, il supplia Portland «
d’ensevelir dans l’oubli » sa démission. Portland accepta, et Carleton
resta en poste. Il y avait de meilleures façons de quitter le
Nouveau-Brunswick que de remettre abruptement sa démission après avoir été
rudement censuré par le ministère, et Carleton chercherait à les
découvrir. Dans l’intervalle, peut-être pourrait-il jouir de l’accalmie
politique et de ce qui lui restait de responsabilités militaires.
Cet intervalle
devait être de courte durée. L’Assemblée n’avait pas siégé depuis février
1799, et quand elle se réunit, en janvier 1801, Robert Pagan proposa une
motion de censure contre Carleton, qu’il accusa de faire des dépenses pour
l’édifice du gouvernement à Fredericton, sans l’approbation de la chambre.
La motion fut rejetée, mais elle fut un rappel pénible de la façon dont on
continuait de scruter étroitement les gestes de l’exécutif. L’année
suivante, une querelle éclata pour savoir qui devrait être nommé greffier
de l’Assemblée. La chambre favorisait la candidature de Samuel Denny
Street, tandis que le conseil et Carleton avaient choisi Dugald Campbell,
qu’ils nommèrent par lettres patentes. Obsédé par ce qu’il percevait comme
une imitation de pratiques américaines inacceptables, Carleton voyait dans
la nomination du greffier par l’Assemblée « un des usages des anciennes
provinces de la Nouvelle-Angleterre ». Des démêlés et des déceptions
gâtèrent aussi le rôle militaire de Carleton. Se fondant sur les
conditions climatiques, le coût et le manque de main-d’œuvre militaire, il
s’opposa à l’un des projets favoris du duc de Kent, soit de relier par un
système primitif de télégraphe Saint-Jean à Fredericton et, par la suite,
Halifax à Québec. Entre-temps, on ordonna le licenciement du King’s New
Brunswick Regiment. En juin 1802, profitant de la paix entre la France et
l’Angleterre, Carleton sollicita un congé pour s’occuper de ses affaires
personnelles, et sa demande fut agréée. Au début d’octobre 1803,
accompagné de sa femme, de son fils William, de ses filles Emma et Anne,
et de son beau-fils, le capitaine Nathaniel Foy, il s’embarqua pour
l’Angleterre. Il ne devait jamais revenir au Nouveau-Brunswick. La
direction de la colonie fut confiée à Gabriel George Ludlow, premier d’une
série d’administrateurs qui devaient la gouverner, en l’absence de
Carleton, pendant les 13 années suivantes.
Une fois en
Angleterre, Carleton n’oublia pas immédiatement ses responsabilités de
lieutenant-gouverneur. Au vrai, la théorie généralement acceptée voulant
qu’il eût peu d’intérêt pour les questions civiles ou qu’il s’en mêlât
peu, en laissant le soin à ses conseillers loyalistes, comme Edward
Winslow le fit entendre et comme un certain nombre d’historiens
l’affirmèrent, cette théorie est contredite par les faits. S’il
s’inquiétait du « peu de chances de pouvoir attirer l’attention des
ministres sur [cette] partie du monde », et s’il était à vrai dire mal
servi du fait qu’il n’avait qu’une correspondance restreinte, sauf avec
Winslow, il portait un oeil attentif sur les événements qui se déroulaient
au Nouveau-Brunswick et n’hésitait pas à s’exprimer à leur sujet. Parmi
ses préoccupations, il y avait les arrérages de salaires des employés de
la Society for the Propagation of the Gospel in Foreign Parts, au
Nouveau-Brunswick, le désir de la colonie d’émettre du papier-monnaie et
les changements apportés à la législation relative à l’importation et à la
vente des marchandises. Il continua de s’opposer, comme futile, à la
tentative de percevoir des redevances sur les terres, mesure imposée
lorsque furent levées les restrictions sur la concession des terres, en
1802, et prôna une augmentation du « mince salaire » des juges de la Cour
suprême du Nouveau-Brunswick [V. Joshua Upham]. Il rendit par écrit
témoignage à la loyauté et à la capacité de quelques-uns de ceux qui
avaient travaillé sous ses ordres, mais il servit plus directement les
intérêts de ses amis en pourvoyant rapidement aux places vacantes, tant au
conseil que dans les cours de justice. Ironiquement, une controverse qui
s’éleva au sujet d’un poste vacant lui aliéna complètement un de ses
anciens et loyaux partisans, et convainquit Carleton de son manque total
d’influence dans les cercles ministériels. En 1806, il proposa Ward
Chipman comme candidat à un poste de juge de la Cour suprême du
Nouveau-Brunswick, en faisant remarquer que les talents d’Edward Winslow «
ne compenseraient pas son manque de connaissances juridiques ». Le
ministère osa néanmoins nommer Winslow, qui s’était fait d’importantes
relations en Angleterre. Le lieutenant-gouverneur en fut outragé. Peu
après, ayant appris l’opposition de Carleton, Winslow pressait ses
protecteurs « d’envoyer un homme actif et respectable comme
[lieutenant-]gouverneur » en remplacement de Carleton, qui continuait à
percevoir £750 par année, alors qu’il vivait « pour son plaisir [...] à
Ramsgate, en Angleterre ».
L’affront fait
à Carleton, comme l’a noté Edward Goldstone Lutwyche, un de ses critiques
les plus sévères, lui donna « quelque raison d’être mécontent». Ses
chances de retourner au Nouveau-Brunswick – possibilité qu’il avait
plusieurs fois examinée – étaient dès lors fortement réduites. En outre, à
cette époque, la vie à Ramsgate, les visites d’hiver à Bath, le temps
passé avec lord Dorchester à Stubbings House (près de Maidenhead) et les
séjours à Londres avaient exercé leur séduction sur sa famille. Un
observateur prédisait avec raison qu’il serait difficile aux Carleton de
s’adapter de nouveau à la vie du Nouveau-Brunswick. Mais quand il reçut
l’ordre d’y retourner, en août 1807, Carleton fit ses préparatifs,
jusqu’au jour où il apprit la nomination du lieutenant général Craig comme
gouverneur et commandant en chef de l’Amérique du Nord britannique. Ainsi
qu’il s’en exprima carrément au secrétaire d’État à la Guerre et aux
Colonies, le vicomte Castlereagh, « les officiers de l’armée royale d’un
grade supérieur ne [pouvaient] pas convenablement servir sous le
commandement d’inférieurs [...] pareille situation étant non seulement
pénible à ces officiers haut gradés, mais grandement injurieuse pour le
service du roi ». Un bureaucrate anonyme, évidemment troublé par cette
missive, y porta simplement cette note : « Que doit-on faire à ce sujet ?
» Quant au Nouveau-Brunswick, Carleton s’en était lavé les mains. Pendant
les années suivantes, en dépit de requêtes périodiques de la part de la
colonie aux fins d’obtenir la nomination d’un nouveau
lieutenant-gouverneur, les autorités de la métropole le laissèrent en
paix. Sa double carrière, civile et militaire, était en fait terminée,
mais Carleton décida de rester lieutenant-gouverneur du Nouveau-Brunswick
jusqu’à ce que la mort lui ravît son poste, le 2 février 1817. Il fut
enseveli aux côtés de lord Dorchester, dans l’église de Nately Scures,
près de Basingstoke. C’est alors seulement que le gouvernement britannique
lui donna un successeur, George Stracey Smyth.
Il est
difficile de porter un jugement sur Carleton, homme et gouverneur.
Souvent, on l’a jugé en se fondant sur les commentaires de ses plus
féroces critiques, après son départ de la colonie. Ainsi a-t-on souvent
répété ce qu’ont dit de lui Winslow : homme « pingre et circonspect », «
porté à l’inactivité et indifférent sur le plan constitutionnel », ou bien
Lutwyche, qui le qualifiait de « parasite [installé] dans une sinécure ».
Pis encore, on a pris pour argent comptant les nombreuses affirmations de
Glenie, et James Hannay a pu dépeindre Thomas Carleton comme «
réactionnaire », « tyrannique », « obstiné », « impopulaire » et « obtus
», pour ne citer que quelques-unes de ses épithètes les plus acérées. En
revanche, il y en eut qui louèrent son « zèle pour le bien-être de la
province », son esprit de « stricte économie dans la gestion de ce qui
apparten[ait] au public », son « intégrité, son urbanité et la droiture de
sa conduite, [qui] l’ont fait grandement apprécier de tous les gens de
bien de la province ». Le fidèle Jonathan Odell se sentit inspiré,
simplement à la rumeur du retour de Carleton dans la colonie. Il écrivit
une ode, dont voici la conclusion : « Carleton revient, se réjouissant de
faire renaître/L’espoir et la joie dans tous les cœurs loyaux. » Carleton
était homme à tenir ses distances, même à l’égard de ses partisans qui
eussent dû être les plus proches de lui. Mais cet isolement n’est point
surprenant, compte tenu de l’importance qu’il accordait au grade et au
poste, ni condamnable, puisque, en dispensant le nombre limité des faveurs
qui relevaient de lui, il pouvait vaquer à cette tâche avec détachement et
impartialité, ce qui ennuyait parfois ses conseillers loyalistes. Il était
très indépendant, et bien qu’il reconnût la nécessité d’être appuyé par
des protecteurs ou des parents, à l’instar de tout officier ou
fonctionnaire de son temps, il n’hésitait pas à s’opposer à ses supérieurs
quand ses intérêts personnels ou ceux de sa colonie étaient menacés. Sans
aucun doute, certaines des controverses qui en résultèrent furent
provoquées par sa brusquerie, son manque de tact, ses jugements erronés ou
même, à l’occasion, par son obstination. Mais peut-être que les qualités
les plus attachantes de ce vieux soldat bourru étaient son attitude carrée
et sans détours, quand on le provoquait, et l’honnêteté avec laquelle il
évaluait tant ses problèmes que ceux du Nouveau-Brunswick. Se
contenta-t-il d’être un béni-oui-oui concernant les vues et les positions
de l’élite loyaliste ? Il est certain qu’il donna suite à une bonne partie
des avis que lui prodiguaient ceux qui l’entouraient, mais il est
difficile de l’imaginer comme un personnage tout à fait passif quand il
s’agissait d’élaborer les structures du Nouveau-Brunswick. Même si,
parfois, il ne faisait qu’énoncer les idées de ses conseillers, il fut
sans aucun doute l’âme dirigeante qui concrétisa au moins quelques-uns de
leurs rêves, qui expliqua la politique coloniale et qui demanda au
gouvernement métropolitain son appui sur toutes les questions vitales. Il
est peu vraisemblable que cet homme chatouilleux, qui ne manquait jamais
de protester contre toute atteinte à son rang, ait aveuglément suivi les
suggestions de l’élite ou signé les dépêches dont il n’approuvait pas
entièrement le contenu.
Si Thomas
Carleton ne réussit point au cours de son mandat à faire du
Nouveau-Brunswick un objet d’« envie pour les États américains », ce fut,
du moins en partie, parce que sa colonie et lui-même furent les victimes
d’un Empire en voie de mutation. « Les anciens rapports et liens sont
depuis longtemps rompus », écrivait Benjamin Marston en 1790. Ce fut là
le problème de Carleton, après qu’il eut perdu l’appui de Shelburne et que
l’influence de son frère aîné se fut affaiblie. Et ce fut le problème du
Nouveau-Brunswick, quand cette colonie découvrit qu’elle était loin d’être
la possession la plus prisée de l’Empire et que priorité était accordée
aux besoins d’autres colonies, telles les Antilles. Carleton ne croyait
pas qu’il « valait la peine d’ambitionner de régner, même en enfer », et,
en face de la négligence croissante des autorités, et peut-être de leurs
insultes, il se retira de la mêlée. Si son frère fut proclamé « le Père du
Canada britannique », Thomas Carleton, pour sa part, mérite d’être reconnu
comme le personnage central parmi les Pères du Nouveau-Brunswick.
William Gerald Godfrey

|
- Source : La correspondance officielle de Thomas
Carleton est passablement étendue et on en trouve souvent des doubles dans
des collections – qui portent différents noms – conservées dans divers
dépôts d’archives, mais elles sont essentiellement constituées des mêmes
documents. Aux APC la collection la plus importante se trouve sous la cote
MG 11, [CO 188] New Brunswick A, 1–26, tandis qu’au PRO, les séries CO
188/1–23 ; CO 189/1–11 ; CO 190/1–5 ; CO 191/1–5 ; CO 193/1–2 sont à
signaler. Les Carleton letterbooks aux APNB (RG 1, RS330, Al-A8)
contiennent aussi des copies tirées de sa correspondance officielle. On
peut suivre la carrière militaire de Carleton à travers les collections
suivantes : PRO, WO 1/2–14, BL, Add. mss 21848 (Haldimand papers), toutes
deux disponibles sur microfilm aux APC, et APC, RG 8, I (C sér.), 15. À la
BL, nous avons consulté les originaux des papiers Haldimand et, en
particulier, les séries Add. mss 21705 ; 21708–21709 ; 21714–21718 ; 21720
; 21725 ; 21728–21736 nous ont été utiles.
Les documents privés concernant Carleton sont dispersés. Aux APC, nous
avons consulté les séries suivantes : les papiers Thomas Carleton (MG 23,
D3), les papiers Shelburne (MG 23, A4, 20–34 (transcriptions), et les
papiers Chipman (MG 23, D1, sér. 1, 1, 6). À l’UNBL se trouve la
documentation de base pour cette période de l’histoire du
Nouveau-Brunswick, soit les Winslow family papers (MG H2, 1–17). Les
papiers de Thomas Carleton et ceux de la famille Odell, conservés au musée
du N.-B., contiennent des renseignements peu nombreux, mais intéressants.
Nous avons vérifié en Angleterre les papiers de certains personnages
importants qui auraient pu être en relation avec Carleton. Au PRO des
références au gouverneur sont disponibles dans les Chatham papers (PRO
30/8, bundle 56) ; à la BL, le matériel concernant Carleton se trouve dans
les Windham papers (Add. mss 37875), les Liverpool papers (Add. mss 38345
; 38388 ; 38393), et dans les Dropmore papers (Add. mss 59230).
La source imprimée la plus importante est Winslow papers (Raymond).
D’autres sont aussi très intéressantes : Annual reg. (Londres), 1817 ; N.-B.,
Legislative Council, Journal [1786–1830], 1 ; [Frederick] Haldimand, «
Private diary of Gen. Haldimand », APC Report, 1889 : 123–299 ; « Royal
commission to Thomas Carleton » et « Royal instructions to Thomas Carleton
», N.B. Hist. Soc., Coll., 2 (1899–1905), no 6 : 394–403 et 404–438,
respectivement ; et G.-B., WO, Army list, 1758–1817. L’acte de mariage de
Carleton est consigné dans The register book of marriages belonging to the
parish of St George, Hanover Square, in the county of Middlesex, J. H.
Chapman et G. J. Armytage, édit. (4 vol., Londres, 1886–1897), 1.
Les études suivantes traitent de la carrière de Carleton au
Nouveau-Brunswick : Hannay, Hist. of N.B., 1 ; J. W. Lawrence, Foot-prints
; or, incidents in early history of New Brunswick, 1783–1883 (Saint-Jean,
1883) ; W. S. MacNutt, The founders and their times (Fredericton, 1958) et
New Brunswick ; Wright, Loyalists of N.B. L’autre Carleton, mieux connu,
lord Dorchester, est étudié dans le DNB ; A. G. Bradley, Lord Dorchester
(Toronto, 1907 ; publié de nouveau sous le titre de Sir Guy Carleton (Lord
Dorchester), [1966]) ; Burt, Old prov. of Quebec (1968) ; W. [C. H.] Wood,
The father of British Canada ; a chronicle of Carleton (Toronto, 1916).
Une appréciation du contexte impérial se trouve dans H. T. Manning,
British colonial government after the American revolution, 1782–1820 (New
Haven, Conn., 1933), et dans John Norris, Shelburne and reform (Londres,
1963). Des études utiles sur les Loyalistes : Carol Berkin, Jonathan
Sewall ; odyssey of an American loyalist (New York, 1974) ; Wallace Brown,
The good Americans : the loyalists in the American revolution (New York,
1969) et The king’s friends : the composition and motives of the American
loyalist claimants (Providence, R.I., 1965) ; W. H. Nelson, The American
tory (Oxford, 1961) ; M. B. Norton, The British-Americans : the loyalist
exiles in England, 1774–1789 (Boston et Toronto, 1972).
Signalons également les articles suivants qui traitent de Carleton : W. F.
Ganong, « Governor Thomas Carleton », New Brunswick Magazine (Saint-Jean),
2 (janv.-juin 1899) : 72–78 ; Alec Martin, « The mystery of the Carleton
portrait », Atlantic Advocate (Fredericton), 54 (1963–1964), no 4 : 28–33
; [W. O.] Raymond, « The first governor of New Brunswick and the Acadians
of the River Saint John », SRC Mémoires, 3e sér., 8 (1914), sect. ii :
415–452, et « A sketch of the life and administration of General Thomas
Carleton, first governor of New Brunswick », N.B. Hist. Soc., Coll., 2
(1899–1905), no 6 : 439–481. D’autres articles utiles : T. W. Acheson, « A
study in the historical demography of a loyalist county », SH, no 1 (avril
1968) : 53–65 ; A. L. Burt, « Guy Carleton, Lord Dorchester : an estimate
», SHC Rapport, 1935 : 76–87 ; Marion Gilroy, « The partition of Nova
Scotia, 1784 », CHR, 14 (1933) : 375–391 ; W. H. Nelson, « The last hopes
of the American loyalists », CHR, 32 (1951) : 22–42 ; G. [A.] Rawlyk, «
The federalist-loyalist alliance in New Brunswick, 1784–1815 », Humanities
Assoc. Rev. (Kingston, Ontario), 27 (1976) : 142–160 ; W. O. Raymond, «
Elias Hardy, councillor-at-law », N.B. Hist. Soc., Coll., 4 (1919–1928),
no 10 : 57–66 ; G. F. G. Stanley, « James Glenie, a study in early
colonial radicalism », N. S. Hist. Soc., Coll., 25 (1942) : 145–173 ; J.
C. Webster, « Sir Brook Watson : friend of the loyalists, first agent of
New Brunswick in London », Argosy (Sackville, N.-B.), 3 (1924–1925) :
3–25.
Plusieurs bonnes thèses non publiées sont à signaler : T. F. Buttimer, «
Governor Thomas Carleton : unsung and unpopular » (thèse de b.a., Mount
Allison Univ., Sackville, 1977) ; Condon, « Envy of American states » ; C.
L. Duval, « Edward Winslow ; portrait of a loyalist » (thèse de m.a., Univ.
of N.B., Fredericton, 1960) ; D. R. Facey-Crowther, « The New Brunswick
militia : 1784–1871 » (thèse de m.a., Univ. of N. B., 1965) ; J. S.
MacKinnon, « The development of local government in the city of Saint
John, 1785–1795 » (thèse de m.a., Univ. of N.B., 1968) ; P. A. Ryder, «
Ward Chipman, United Empire Loyalist » (thèse de m.a., Univ. of N.B.,
1958) ; J. P. Wise, « British commercial policy, 1783–1794 : the aftermath
of American independence » (thèse de ph.d., Univ. of London, Londres,
1972). La thèse de Twila F. Buttimer a considérablement influencé le
traitement sympathique fait à Carleton dans la présente biographie. [w. g.
g.]
© 2000 Université Laval/University of Toronto
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