SIGOGNE, JEAN-MANDÉ,
prêtre catholique et juge de paix, né le 6 avril 1763 à
Beaulieu-lès-Loches, France, aîné des enfants de Mandé Sigogne et de
Marguerite Robert ; décédé le 9 novembre 1844 à Sainte-Marie (Church
Point, Nouvelle-Écosse).
De son père, fabricant de
tissus, Jean-Mandé Sigogne hérita une force de caractère peu commune qui,
avec son rigorisme, allait être son trait prédominant durant ses années de
missionnariat en Nouvelle-Écosse. L’instruction était à l’honneur chez les
Sigogne, et Jean-Mandé, qui manifestait des dons particuliers, opta
finalement pour la prêtrise. Il apprit à fond le grec, le latin et
l’hébreu au petit séminaire de Tours, qui dispensait l’enseignement
classique conformément à la tradition de la France prérévolutionnaire,
après quoi il fréquenta le grand séminaire, où il étudia là théologie
auprès d’adversaires vigoureux du jansénisme. On l’ordonna prêtre du
diocèse de Tours en 1787.
Alors âgé de 24 ans,
Sigogne était un gallican résolu aussi bien qu’un homme raffiné, sensible
et cultivé. Au fil de ses années d’études, il s’était monté une
impressionnante bibliothèque personnelle où les œuvres religieuses
côtoyaient un bel éventail d’ouvrages de référence et de dictionnaires, de
livres d’histoire séculière, de classiques grecs et latins ainsi que
plusieurs œuvres d’auteurs français. D’après un minutieux inventaire
dressé en 1792, année où les révolutionnaires confisquèrent ses biens au
bénéfice de l’État, il possédait près de 200 titres, plus « pelle melle
dans une grande Boete, une infinité de mauvais volume, relié et non relié,
d’aucune valeur ». Le jeune abbé ne s’intéressait d’ailleurs pas qu’à la
lecture : une caisse de moindres dimensions contenait « plusieurs
coquillage curieux et autres pièces ».
On disait de Sigogne qu’il
était petit « et fluet de sa personne. Il a[vait] l’air modeste et même
timide. » De santé fragile, il n’était « pas de forte constitution ». En
Nouvelle-Écosse, il se plaindrait tantôt d’asthme, tantôt de troubles
urinaires ou d’un « léger bourdonnement dans la tête ». Il souffrira à 45
ans d’une grave maladie, à la suite de laquelle ses cheveux grisonneront
en peu de temps.
Nommé en 1787 vicaire de
Manthelan, village isolé, situé à une douzaine de milles à l’ouest de
Beaulieu-lès-Loches, Sigogne occupa cette charge jusqu’en 1791 et n’eut
pas d’autre affectation avant son départ de France. Il refusa dès avril
1791 de prêter serment à la Constitution civile du clergé, mais devant la
loi sa situation demeura ambiguë quelque temps. Pendant sept mois au cours
desquels il figura dans les registres municipaux sous le titre de « cy
devant vicaire », il continua d’exercer ses fonctions, peut-être dans une
semi-clandestinité, auprès du curé qui, lui, avait prêté serment. À ses
problèmes avec les révolutionnaires s’ajoutait l’hostilité de son père,
devenu maire de Beaulieu-lès-Loches, qui lui interdisait la maison
familiale en raison de son conservatisme politique.
À la fin de 1791, le
harcèlement du clergé réfractaire se transforma en persécution ouverte ;
Sigogne exerça donc son ministère en secret à compter de novembre.
Lorsqu’en juillet 1792 l’Assemblée législative proclama la patrie en
danger, la situation des prêtres insermentés devint intenable. Selon
certains témoignages, Sigogne échappa de peu à la mort. Soit par ses
propres moyens ou grâce à l’influence de son père, il parvint à quitter la
France, comme la majorité des prêtres français.
L’abbé Sigogne passa en
Angleterre, où on note sa présence dès le 27 août 1792. Un mois plus tard,
il reçut une première allocation d’un comité formé peu de temps auparavant
pour prêter assistance aux prêtres émigrés. Ensuite, il travailla
peut-être quelques semaines comme tourneur sur bois, mais de janvier 1793
à juin 1796 il ne toucha aucun revenu, sinon les deux guinées que le
comité d’assistance lui donnait chaque mois. Par la suite, il fut
peut-être engagé comme précepteur chez un noble ou comme répétiteur dans
une école anglicane privée, à moins qu’il n’ait occupé ces deux emplois.
Ses dernières années en Angleterre se passèrent à Rotherhithe (Londres),
où il donna des leçons de français, de latin, de grec et de géographie et
vendit de la papeterie et des objets de piété. Il avait fini par acquérir
une excellente connaissance de l’anglais.
Dans l’Amérique du Nord
britannique, et plus précisément dans les Maritimes, on comptait alors de
plus en plus sur le clergé émigré en Angleterre pour corriger une grave
pénurie de prêtres francophones. Depuis 1790, les Acadiens de la baie St
Mary, dans le district de Clare en Nouvelle-Écosse, supportaient de moins
en moins l’impuissance des autorités ecclésiastiques à pourvoir à leurs
besoins religieux. Les derniers prêtres de langue française à s’occuper de
cette région, et encore de manière occasionnelle, avaient été
Joseph-Mathurin Bourg et Jean-Antoine Ledru. Depuis le départ de ce
dernier en 1788, les Acadiens n’avaient eu que des prêtres anglophones :
William Phelan et Thomas Power se rendaient de temps à autre dans la baie
St Mary et Thomas Grace, dit père James, y séjourna en 1790 et 1791. Les
requêtes pour obtenir un prêtre francophone résidant et issu du clergé
émigré bénéficiaient de l’appui ferme de James Jones, supérieur des
missions des Maritimes, et du lieutenant-gouverneur, sir John Wentworth.
L’évêque de Québec, Mgr Pierre Denaut, et son coadjuteur désigné Joseph-Octave Plessis avaient également plaidé la cause des Acadiens en
Angleterre. Malgré tout, le problème traîna longtemps. Finalement, en
janvier 1799, un prêtre émigré à Boston envoya à Londres 20 guinées pour
payer une traversée de l’Atlantique, et en avril le responsable des
ecclésiastiques français en Angleterre annonça à Mgr Denaut : « Je viens
de procurer le passeport du gouvernement à un bon et vertueux
ecclésiastique nommé M. Sigogne, qui est parti pour travailler sous vos
ordres. »
Débarqué à Halifax le 12
juin, Sigogne passa une quinzaine de jours chez Jones, son supérieur
immédiat, qui lui confia deux paroisses fort éloignées l’une de l’autre.
Puis, après avoir juré fidélité à la couronne, il partit en barque de
pêche pour Sainte-Anne-du-Ruisseau, dans le district d’Argyle, à la pointe
sud-ouest de la province. Trois semaines plus tard, il se mit en route
vers le nord et franchit une cinquantaine de milles en région sauvage pour
atteindre sa seconde paroisse, Sainte-Marie, dans le district de Clare.
Cette mission allait désormais être son point d’attache.
À chaque année de 1799 à
1819, puis occasionnellement après 1824, Sigogne quitta Sainte-Marie, en
été et en hiver, pour aller passer deux ou trois mois à Sainte-Anne.
C’était un voyage épuisant : trois jours de cheval sur des chemins à peine
tracés, avec une étape à Salmon River et à Yarmouth. Par ailleurs, il
devait souvent se déplacer pour aller au chevet de quelque malade. Après
la fondation d’une desserte à West Pubnico dans le district d’Argyle et
d’une autre à Meteghan dans celui de Clare, il dut exercer son ministère
dans quatre endroits différents. En 1819, un deuxième prêtre vint enfin
prendre en charge la mission du district d’Argyle. Il s’agissait d’André
Doucet, qui fonda peu après une nouvelle mission à Bas-de-Tousquet (Wedgeport)
mais qui dut partir en 1824 pour des raisons de santé. Dès lors, Sigogne
reprit ses deux voyages annuels dans le district d’Argyle jusqu’à
l’arrivée d’un nouveau prêtre en 1829. Celui-ci quitta les lieux à son
tour en 1833 de sorte que le vieil abbé, alors septuagénaire, dut exercer
de nouveau son ministère dans cette région jusqu’en 1836, lorsqu’on trouva
enfin un pasteur permanent. Par surcroît, Sigogne s’occupait de son mieux
des catholiques isolés le long de la moitié supérieure de la baie St Mary,
entre Sissiboo (Weymouth) et Digby, ainsi que des Micmacs qui se rendaient
périodiquement à son presbytère de Sainte-Marie.
À son arrivée chez les
Acadiens du sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, en 1799, Sigogne ne trouva
pas ces communautés idylliques et remplies de crainte de Dieu qu’ont
souvent dépeintes le folklore et les écrits historiques. Une génération et
demie après la déportation de 1755, une pauvreté abjecte, la négligence
des autorités et l’absence d’un clergé stable avaient fait leur œuvre :
l’indiscipline, l’ignorance, la superstition et le relâchement moral
régnaient. Sigogne fit donc de ses nouvelles ouailles un portrait qui n’a
rien de flatteur : « Un peuple ignorant et d’une ignorance crasse [...],
entaché des idées d’égalité de liberté, ou plutôt de license et de
libertinage [...], et le plus sot souvent est le plus entêté à vouloir
donner sa volonté pour règle. » Même les pratiques occultes, qui n’étaient
pas inconnues en Acadie, continuaient de proliférer. Encore en 1810,
pendant une absence de Sigogne du district d’Argyle, une jeune fille «
possédée par un esprit malin, atteinte d’un mal inconnu » reçut un
traitement bizarre, fait de prières traditionnelles et d’une mixture
concoctée selon une « recette de la vieille Acadie » : 100 épingles et 100
aiguilles, un couteau neuf, le cœur d’un poulet noir et sa propre urine,
le tout bouilli dans une marmite de terre cuite fabriquée pour l’occasion.
La réaction plutôt
maussade de l’abbé Sigogne devant les Acadiens n’est pas surprenante dans
les circonstances. Leur républicanisme primitif le heurtait
particulièrement, car il lui rappelait le chaos moral qui l’avait
contraint à fuir son pays. Son aversion ressemblait à celle que les
fonctionnaires royaux, tant français qu’anglais, avaient manifestée pour
ce peuple dès la seconde moitié du xviie siècle. Plus tôt, Jones avait
signalé : « [le missionnaire] aura à faire à des gens difficiles à mener ;
ils sont de vrais américains à l’égard de leur police ecclésiastique ».
Sans attendre, l’abbé
Sigogne s’attela à pourvoir au besoin le plus urgent de ses missions
isolées : la reprise de la vie sacramentelle et liturgique. Il administra
des centaines de baptêmes, bénit des mariages, se mit à enseigner le
catéchisme et forma des conseils d’anciens qui devaient « prendre quelques
moyens salutaires et utiles pour [l’]avantage spirituel et temporel [de la
communauté] et maintenir la Paix, la Justice et l’Union entre [ses
membres] suivant la religion, la conscience et L’honneur ». De toutes les
tâches de sa vie active, ce sont la construction et le financement
d’églises convenables à Sainte-Marie et à Sainte-Anne qui lui causèrent
les angoisses les plus grandes et les plus soutenues. Vers 1800, les
effets de la croissance démographique naturelle se faisaient sentir dans
les deux districts sans quitter la côte, les jeunes allaient habiter de
plus en plus loin de Sainte-Anne et de Sainte-Marie, où s’élevaient les
églises, et constituaient de nouveaux villages où l’observance des devoirs
religieux devenait de plus en plus difficile. En raison de cette
situation, le prêtre et ses paroissiens, de même que les habitants des
différents villages, se disputèrent pendant des années au sujet de
l’emplacement des nouvelles églises, de la division des paroisses
originales et de la création de nouvelles. Sigogne construisit en 1809 de
nouvelles églises à Sainte-Anne et à Sainte-Marie car les précédentes ne
suffisaient plus aux besoins. Il éleva également la première église de
Pubnico en 1815 et celle de Meteghan en 1817. Trois ans plus tard, par
suite d’un désastreux incendie qui rasa presque entièrement Sainte-Marie,
Petit-Ruisseau (Little Brook) et Grosses Coques, il érigea une nouvelle
église et un nouveau presbytère à Sainte-Marie. Vers 1831, il construisit
la chapelle micmaque de Bear River et finalement, en 1841, il édifia à
Corberrie sa septième église, la seule qui subsiste toujours.
Canaliser les énergies de
ses paroissiens récalcitrants demeura une tâche éprouvante pour Sigogne
longtemps après qu’il eut résolu le problème des églises. Jusqu’à sa mort,
il trouva que les Acadiens étaient des « gens difficiles à contenter et
querelleurs ». Il était constamment la cible de rebuffades, de poursuites
et de pétitions qu’il ne manquait jamais de signaler à son évêque. Mgr
Plessis, successeur de Mgr Denaut en 1806, trouvait manifestement que
toute cette agitation sortait de l’ordinaire. Exaspéré, il lui demanda en
1817 : « Quand serez-vous hors de difficultés et de procès ? À votre âge,
on vieillit assez sans tous ces chagrins-la. »
Ce qui n’aidait pas, c’est
que Sigogne régentait à peu près tous les aspects de la vie temporelle et
spirituelle de ses paroissiens. Il n’est pas étonnant que les évêques,
l’un après l’autre, aient dû lui signaler ce qui était à leurs yeux des
excès de rigueur, et l’inviter à la modération. Ainsi en 1800 Denaut, qui
trouvait Sigogne « un peu singulier par sa conduite », lui conseilla
d’appliquer avec indulgence les enseignements de l’Église sur des
questions comme l’usure, le jeûne et l’abstinence. Pourtant Sigogne,
malgré ses invectives contre ce qu’il appelait les « folies, veilleries et
la débauche », s’imposait lui aussi de dures pénitences et demandait
souvent à l’évêque d’adoucir les règles qui lui semblaient trop sévères
pour les fidèles. Par exemple, il lui demanda de comprendre ceux qui, en
raison de leur travail, devaient prendre leurs repas chez des protestants,
et de permettre aux fidèles de manger des œufs les jours maigres.
Les Acadiens n’en
continuaient pas moins de se rebiffer contre l’autoritarisme de l’abbé
Sigogne et de se quereller au sujet de la proportion de soutien financier
qui devait provenir de chaque village, ce qui mettait sa patience à dure
épreuve. Malheureusement pour lui, il ne recevait rien tant que duraient
ces disputes et devait souvent mendier du haut de la chaire pour sa
subsistance. En dépit de sa constitution fragile, il devait couper et
transporter son bois de chauffage et cultiver un potager pour éviter la
famine. Les privations de ce genre, comme l’hostilité qui les engendrait,
pesaient lourd sur son état d’esprit. Sigogne manquait souvent de
confiance en lui et allait jusqu’à regretter d’avoir offert de venir dans
le Nouveau Monde. Dans ses accès de découragement, il menaçait de rentrer
en France, où la situation religieuse s’était passablement stabilisée.
Rejeté par autrui, isolé dans un coin perdu, il écrivait impulsivement des
lettres pathétiques et irritées à son évêque ou à des confrères qui ne se
donnaient même plus la peine de lui répondre.
L’intérêt de Sigogne pour
les choses de l’esprit, sa correspondance, ses sermons, ses amitiés et
maints témoignages de ses contemporains confirment qu’il était un homme
raffiné et qu’il ne le devint pas moins à force de vivre dans un milieu
illettré. Le capitaine William Scarth Moorsom, à l’occasion d’un voyage
en Nouvelle-Écosse à la fin des années 1820, nota que Sigogne, « bien que
coupé, dans sa retraite, de toutes les idées et habitudes du monde policé,
conserv[ait] l’urbanité des Français de la vieille école ». Il lisait des
passages de bréviaire en hébreu et en grec pour ne pas oublier ces
langues. Joseph Howe a dit de lui dans le Novascotian, or Colonial Herald
qu’il était érudit et avait des manières distinguées. Aux yeux de Thomas
Chandler Haliburton, c’était « un homme d’une puissante intelligence
naturelle, bien informé ».
Il arriva au moins une
fois que Sigogne, pour défendre ses goûts intellectuels, se mit dans une
colère bien peu convenable pour un homme d’Église. Au cours de sa visite
pastorale en 1815, Mgr Plessis avait remarqué la prédilection de Sigogne
pour le bréviaire gallican ou parisien. De retour à Québec, l’évêque lui
écrivit une verte réprimande et lui ordonna de se servir désormais de la
version romaine qui, bien que répétitive et moins vivante, était de
rigueur dans le diocèse de Québec. Sigogne s’emporta tellement qu’il
menaça d’abandonner sa mission pour ce seul motif. « Je suis plus attaché
à mon Brévière qu’au pays, rétorqua-t-il au prélat, & [...] l’or vaut
mieux que de vieux plomb. » Plessis laissa tomber l’affaire. Il cessa
d’ailleurs d’avoir juridiction sur la péninsule néo-écossaise en 1817,
année où ce territoire devint vicariat apostolique sous la responsabilité
d’Edmund Burke.
Mis à part ses quelques
accès d’impatience, Mgr Plessis fut d’un grand réconfort pour Sigogne. Il
ne manqua jamais d’exprimer ses louanges et même son émerveillement devant
le travail immense qu’accomplissait l’abbé dans son difficile ministère.
Même après 1817, il l’invita à lui écrire comme par le passé. En 1815, en
guise de témoignage d’adieux, il l’avait honoré en plaçant la nouvelle
église de Meteghan sous le patronage de saint Mandé. Après le grand
incendie du district de Clare en 1820, Plessis tenta, mais sans trop de
succès finalement, de venir en aide aux Acadiens en recueillant des
aumônes pour eux dans le Bas-Canada.
La tradition orale des
districts d’Argyle et de Clare fait encore état de l’indéfectible
rigorisme de Sigogne et, parmi les sermons qu’on a conservés de lui,
nombreux sont ceux qui attestent à l’évidence ce trait de caractère.
L’abbé obtenait des résultats singuliers en brandissant la menace de
l’excommunication devant des gens simples qui ne pouvaient pas se passer
facilement des consolations de la religion. Ainsi malgré de multiples
difficultés il ramenait des villages entiers sur le chemin du devoir (au
moins pendant ses mois de séjour) : procurer les fonds, la main-d’œuvre et
les matériaux nécessaires à la construction des églises, subvenir aux
besoins de leur pasteur et se conformer, dans l’ensemble, aux
prescriptions morales de la foi.
La sévérité de Sigogne se
manifesta particulièrement envers un jeune homme et une jeune femme à qui
il avait refusé le mariage en 1826 pour des raisons de consanguinité ;
ceux-ci le défièrent en son absence en recourant aux services d’un
ministre protestant. À son retour, le prêtre prit résolument l’affaire en
main. Il déclara nul le mariage et interdit l’accès de l’église aux jeunes
gens, ainsi qu’à neuf de leurs complices, jusqu’à ce qu’ils aient exprimé
leur repentir devant tous et accepté une pénitence publique. Moins de deux
semaines plus tard, les jeunes gens vinrent demander pardon et entendre
leur pénitence : pendant six ans, ils ne pourraient pas dépasser l’entrée
de l’église et porteraient des mouchoirs blancs afin que tous les
reconnaissent comme des fomentateurs de scandale. Le pasteur conclut
sommairement l’incident en vantant les mérites de la pénitence et en
louant ceux qui acceptaient d’un cœur généreux de faire amende honorable.
Il avait emprunté la manière forte, conformément à sa réputation. Même
s’il n’appliqua probablement pas la peine jusqu’au bout, on ne saurait
douter de l’efficacité qu’elle eut sur la vie spirituelle et sociale de
ses paroissiens.
Sigogne n’était pas qu’un
chef spirituel pour les Acadiens. Ses paroissiens avaient besoin de lui
pour veiller à leurs intérêts temporels car il était le seul parmi eux qui
ait de l’instruction et parle couramment l’anglais. Aidé par son ami le
juge Peleg Wiswall, de Digby, il apprit à rédiger en leur nom des actes,
des testaments et d’autres documents juridiques qu’il conservait dans une
boîte, au presbytère de Sainte-Marie. En tentant de sauver ces papiers de
la conflagration de 1820, il subit de graves brûlures qui exigèrent plus
d’un mois de soins médicaux attentifs.
Quelques années après
l’arrivée de Sigogne, les services qu’il rendait commencèrent à être
connus au delà de ses districts. C’est pourquoi en 1806 on lui demanda de
remplacer Amable Doucet à titre de juge de paix, charge qu’il conserva au
moins jusqu’en 1841. Il était très utile aux autorités civiles, qui
avaient jusque-là prêté peu d’attention aux besoins judiciaires des
Acadiens. Étant donné sa réputation dans les milieux officiels de la
province, il était également tout désigné pour diriger des délégations au
siège du gouvernement à Halifax. En 1807, Sigogne obtint de nouvelles
concessions de terre pour la population croissante de Salmon River ; des
années plus tard, c’est principalement grâce à lui que des Acadiens
s’installèrent pour la première fois à l’extérieur de la région côtière, à
Concession et à Corberrie, où il fonda sa dernière paroisse. Même dans
l’année qui précéda sa mort, il se signala lorsqu’il comparut devant le
lieutenant-gouverneur lord Falkland [Cary] au sujet d’une affaire
d’intérêt public.
L’ignorance était, d’après
Sigogne, le pire des maux dont souffraient les Acadiens. Il fit des
efforts considérables pour les aider à corriger cette lacune mais n’y
parvint pas : les parents étaient apathiques, les enfants indociles, et
l’on manquait d’instituteurs qualifiés. Il leur reprochait sans relâche
leur indifférence pour le savoir et, partant, leur infériorité lorsqu’ils
traitaient avec leurs voisins anglophones. Compte tenu des privations
extrêmes qu’avaient connues les Acadiens dans les décennies qui ont suivi
la déportation, Sigogne n’était pas tout à fait juste en leur parlant de
leur ignorance avec autant de force et de persistance.
L’abbé Sigogne connut
quelque succès en réunissant chez lui, à Sainte-Marie, plusieurs jeunes
garçons aux talents prometteurs et en les instruisant de son mieux. Parmi
eux se trouvaient Frederick Armand Robicheau, qui fut le premier député
acadien de la baie St Mary, et d’autres membres de l’élite acadienne du
milieu du siècle. Moins d’un demi-siècle après la mort du prêtre, le
problème de l’éducation des Acadiens trouva une solution partielle qu’il
aurait sans aucun doute approuvée : en 1890, on fonda à Sainte-Marie un
petit collège classique à la française, le collège Sainte-Anne, et ce
précisément pour commémorer les efforts qu’il avait déployés pour libérer
ses ouailles du joug de l’analphabétisme.
Un autre problème pastoral
occupait Sigogne : le mépris dans lequel le reste de la communauté tenait
les personnes issues d’unions entre Acadiens et Micmacs. « C’est le seul
endroit où leur système d’égalité n’a pas lieu », disait-il avec une
pointe d’humour forcée. Bientôt, comme la population n’appréciait guère
ses interventions, il décida de laisser au temps et aux mariages mixtes le
soin de régler le problème. Il eut plus de succès dans ses initiatives
pastorales auprès des Micmacs. Le 26 juillet de chaque année, ceux-ci
faisaient le voyage de Bear River à Sainte-Marie pour célébrer la fête de
leur patronne, sainte Anne. Désireux de bien remplir son ministère auprès
d’eux, Sigogne se mit à apprendre leur langue ; en 1804, il versa une
somme considérable pour avoir des manuscrits en micmac. Il put bientôt se
vanter d’avoir prêché en trois langues un dimanche. Il souhaitait avant
tout que les Micmacs conservent leur foi [V. Andrew James Meuse] ais il
conçut aussi pour eux une profonde affection. L’année de sa mort, il
évoquait dans une lettre « ce peuple abandonné, qu[’il] appelai[t] [ses]
enfants ». Il sollicitait régulièrement de l’aide pour eux auprès du
gouvernement. Dans les derniers mois de 1827, avec le juge Wiswall, il put
établir dans une petite réserve, à Bear River, une vingtaine de familles
qui y menèrent par la suite une vie sédentaire. En 1828, Sigogne
rapportait des querelles et des discordes entre elles, mais la réserve
survécut. En 1831, grâce à une subvention de £100 de la province, il
commença la construction de la chapelle Saint-François-Xavier.
Paradoxalement, tout au
long de sa vie pastorale, on tint Sigogne en haute estime à l’extérieur
des districts francophones, et ses pires croix lui vinrent de la
communauté acadienne. De toute évidence, il goûtait la société de ceux
qu’il espérait influencer au bénéfice de ses ouailles. Il échangeait
régulièrement avec Wiswall des compliments, des livres et des présents –
des pommes et du vin. Il avait beaucoup d’estime pour Haliburton, qui le
lui rendait bien, et entretenait des relations cordiales avec Joseph Howe,
James Boyle Uniacke, Laurence O’Connor Doyle et d’autres. En retour de
l’assistance que l’abbé lui avait portée pendant la campagne électorale de
1826, Haliburton défendit des causes qui étaient chères à celui-ci,
notamment l’éducation, la construction de routes et l’abolition du serment
discriminatoire imposé aux catholiques depuis la loi du Test de 1673. En
1826, au cours du débat sur le projet de loi présenté par Richard John
Uniacke en vue de l’émancipation des catholiques, Haliburton rendit un
hommage public à la personnalité de Sigogne ainsi qu’à la loyauté
exemplaire et à l’ordre général qu’il suscitait chez les Acadiens.
Sigogne inspirait une
considération moins enthousiaste à Edmund Burke, son supérieur
ecclésiastique en Nouvelle-Écosse. Capricieux, celui-ci croisait
constamment le fer avec Sigogne. Il le trouvait têtu et « d’une humeur un
peu bilieuse pour ne pas dire accariâtre ». Cette opinion correspondait
précisément à celle de bien des Acadiens et provenait largement de
plaintes que lui envoyaient les ennemis de Sigogne dans les districts d’Argyle
et de Clare. En 1815, Burke rapporta que malgré ses bonnes manières
Sigogne n’avait pas beaucoup de culture, ce qui contraste vivement avec
les autres portraits du personnage.
En 1844, Sigogne atteignit
l’âge de 81 ans. En 44 ans de ministère auprès des Acadiens de la
Nouvelle-Écosse, soit depuis 1799, il n’avait jamais quitté la province et
n’avait pris aucun congé, sinon pour se rendre périodiquement dans la
capitale provinciale à titre de chef d’une délégation. Homme d’une
spiritualité profonde, il ne voyait que des explications surnaturelles à
la force extraordinaire qui lui permettait de poursuivre son apostolat
malgré sa piètre santé et la dureté inouïe de ses conditions de vie. Vers
la fin de son existence, il écrivit : « La Divine providence à qui j’ai
tout sacrifié m’a fait trouver des resources bien au dessus de mes mérites
& tout à fait suffisantes. » Cette conviction explique pourquoi il sut
résister, au fil des ans, à la tentation d’abandonner les Acadiens et de
retourner en France.
Toujours fragile,
Jean-Mandé Sigogne avait commencé dès 1835 à souffrir de paralysie. En
1844, année de sa mort, dans un compte rendu sur l’état du diocèse de
Halifax, on mentionna qu’il lui fallait le soutien de deux hommes pour
franchir la cour qui séparait son presbytère de l’église. Le 7 novembre,
apparemment en disant la messe, Sigogne eut une dernière attaque qui le
laissa complètement paralysé. On le transporta au presbytère, où il reçut
l’extrême-onction et eut la consolation d’avoir un prêtre à ses côtés. À
sa demande, on le replaça dans le sanctuaire de l’église, où il expira au
milieu de la matinée du 9. Il fut inhumé à Sainte-Marie. Près d’un
demi-siècle plus tard, en 1892, on transféra ses restes de l’autre côté de
la route, au centre de la pelouse située devant le collège qu’on venait
d’inaugurer à sa mémoire. Le monument érigé à cette occasion subsiste
toujours. Sigogne contribua plus que personne à maintenir les traditions
françaises et catholiques parmi les Acadiens du sud-ouest de la
Nouvelle-Écosse, et c’est encore à ce titre qu’on le révère aujourd’hui
dans les districts où il mena son apostolat.
Bernard Pothier

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- Source :
Les sources manuscrites concernant Jean-Mandé
Sigogne sont éparpillées dans plusieurs dépôts en France, en Angleterre,
au Vatican et au Canada. En France, on trouve notamment : AD,
Indre-et-Loire (Tours), État civil, Beaulieu-lès-Loches, 1762–1790 ;
Manthelan, 1787–1791 ; Lv 642 ; Lz 698 ; Arch. municipales,
Beaulieu-lès-Loches, Délibérations du Conseil municipal, 1780–1797 ; et
Arch. nationales (Paris), D XIX 21, dossier 338 ; 28, dossier 430. Les
sources anglaises importantes sont : PRO, CO 217/67 ; 217/156 ; T 93/26 :
1–8 ; 93/51, part. 1, 3 ; et Westminster Diocesan Arch., Archbishop’s
House (Londres), Non-British French clergy, no 37. Au Vatican, la source
utile est Archivio della Propaganda Fide (Rome), Scritturi originali
riferite nelle congregazioni generali, 965 : f° 760 (mfm aux APC).
Toutes les sources documentaires concernant la carrière de Sigogne en
Nouvelle-Écosse se trouvent au Canada, et les plus importantes parmi
celles-ci se trouvent aux AAQ : 20 A, II ; 210 A, III ; 1 CB, VIII ; 69
CD, V ; 7 CM ; 311 CN, VI ; et particulièrement 312 CN, I, V, VII (sa
propre correspondance ecclésiastique). La majeure partie des papiers
personnels de Sigogne (la masse de lettres qu’il dut recevoir de ses
supérieurs ecclésiastiques et de ses collègues, de sa famille vivant en
France et de ses relations laïques) ont été perdus ; les autres qu’il
conservait au moment de sa mort ont été remis à son exécuteur
testamentaire, Louis-Quentin Bourque. Quelque 40 ans plus tard, Placide
Gaudet fit l’acquisition de ces documents qui lui servirent pour écrire
une série d’articles intitulés « l’Abbé Jean-Mandé Sigogne » qui parurent
dans le Courrier des provinces maritimes (Bathurst, N.-B.) de nov. à déc.
1885. Plus tard, en 1908, Gaudet vendit une partie de ces papiers aux APC,
où ils constituent aujourd’hui la collection des papiers Sigogne (MG 23,
C10). Les autres sont demeurés avec la plupart des papiers de Gaudet et se
trouvent aujourd’hui au Centre d’études acadiennes, univ. de Moncton
(Moncton, N.-B.), Fonds Placide Gaudet.
D’autres sources manuscrites relatives à Sigogne sont disponibles dans des
dépôts d’archives canadiens. On en trouve notamment aux PANS, MG 1, 733A
(copie dactylographiée) ; 979, folders 1, 8 ; 1693, no 10 ; RG 1, 117 ; et
RG 5, P, 69. Ce dépôt conserve aussi des copies sur microfilm des papiers
d’Edmund Burke et de William Walsh ; les originaux se trouvent aux Arch.
of the Archdiocese of Halifax. Les Arch. of the Diocese of Yarmouth (Yarmouth,
N.-É.) possèdent les registres suivants : District du Cap Sable, reg. des
baptêmes, mariages et sépultures ; Sainte-Anne-du-Ruisseau, reg. de la
fabrique, 1799–1838 ; et Sainte-Marie, reg. de la fabrique. Au même
endroit, le fonds Louis Surette contient la correspondance et les
registres paroissiaux, originaux et copies dactylographiées, en plus de
d’autres documents de la main de Sigogne, dont son dernier testament.
Quelques pièces manuscrites se trouvent aux ASQ, Fonds Viger–Verreau,
carton 7. Une lettre unique de Sigogne datée de 1842 se trouve dans les
papiers de William Fraser aux Arch. of the Diocese of Antigonish (Antigonish,
N.-É.).
Les ouvrages suivants, mentionnés dans l’ordre chronologique des
événements qu’ils décrivent, contiennent des sources qui font référence à
Sigogne : Dionne, les Ecclésiastiques et les Royalistes français, 304–306,
438–439 ; « Visite pastorale de Mgr Denaut en Acadie en 1803 », Henri
Têtu, édit., BRH, 10 (1904) : 289–290 ; J.-O. Plessis, Journal des visites
pastorales de 1815 et 1816, par Monseigneur Joseph-Octave Plessis, évêque
de Québec, Henri Têtu, édit. (Québec, 1903) ; Murdoch, Hist. of N. S., 2 :
571–578, 587–589 ; 3 :146–147 ; T. C. Haliburton, An historical and
statistical account of Nova-Scotia (2 vol., Halifax, 1829 ; réimpr.,
Belleville, Ontario, 1973), 2 : 173 ; et W. S. Moorsom, Letters from Nova
Scotia, comprising sketches of a young country (Londres, 1830), 256–258.
Les journaux qui ont publié des comptes rendus contemporains ou des
sources documentaires sont : Novascotian, 9 oct. 1828, 23 janv. 1840, 18
nov. 1844 ; le Moniteur acadien (Shédiac, N.-B.), 21 juin 1887 ; et l’Évangéline
(Weymouth Bridge, N.-É.), 17 juill., 14 août 1889, 30 oct. 1890, avril,
1er, 26 nov. 1891, 12, 26 mai 1892, 18 févr., oct.–nov. 1897.
La première étude sur Sigogne, et la plus intriguante parce qu’elle est
aujourd’hui disparue, est une biographie partielle qui parut dans un ou
plusieurs numéros d’un journal parisien religieux en 1860, de la plume,
paraît-il, du vicomte Joseph-Alexis Walsh. Le titre en était « Vie de Mr
l’abbé Sigogne Robert, missionnaire en Acadie (Nouvelle-Écosse) ». La
première étude exhaustive sur Sigogne qui existe est celle que Placide
Gaudet écrivit en 1885 dans le Courrier des provinces maritimes, citée
plus haut. Les découvertes de Gaudet ont été reprises pour l’essentiel par
la plupart des écrivains qui ont suivi, jusqu’à la publication de
l’important article de G.-M. Oury, « les Débuts du missionnaire Sigogne en
Acadie », Cahiers des Dix, 40 (1975) : 43–86. Les études récentes les plus
valables sont : H.-R. Casgrain, Un pèlerinage au pays d’Évangéline
(Québec, 1887) ; P.-F. Bourgeois, Panégyrique de l’abbé Jean-Mandé
Sigogne, missionnaire français à la baie Sainte-Marie, N.-Écosse, depuis
1799 jusqu’en 1844 [...] (Weymouth, N.-É., 1892) ; Alexandre Braud, « les
Acadiens de la baie Sainte-Marie », Rev. du Saint-Cœur de Marie
(Abbeville, France), 1898 : 90–93, 144–146, 173–176, 276–279, 336–339 ;
1900 : 90–93, 122–124, 176–179, 214–218, 242–248, 309–315, 346–349 ; P.-M.
Dagnaud, les Français du sud-ouest de la Nouvelle-Écosse [...] (Besançon,
France, 1905) ; G. [D.] McLeod Rogers, Pioneer missionaries in the
Atlantic provinces (Toronto, [1930]) ; H. L. d’Entremont, « Father Jean
Mandé Sigogne, 1799–1844 » ; et L. L. Surette, « Notes on the life of Abbé
Jean Mandé Sigogne », N.S. Hist. Soc., Coll., 23 (1936) : 103–115 ; 25
(1942) : 175–194. [b. p.]
Allaire, Dictionnaire.— Caron, « Inv. de la corr. de Mgr Denaut », ANQ
Rapport, 1931–1932 ; « Inv. de la corr. de Mgr Plessis », 1927–1928 ;
1928–1929.— [H.-R. Casgrain], Mémoire sur les missions de la
Nouvelle-Écosse, du cap Breton et de l’île du Prince-Édouard de 1760 à
1820 [...] réponse aux Mémoirs of Bishop Burke par Mgr O’Brien [...]
(Québec, 1895).— Henry Faye, la Révolution au jour le jour en Touraine
(1789–1800) (Angers, France, 1903 [i.e. 1906]).— André Latreille, l’Église
catholique et la Révolution française (2 vol., Paris, 1946–1950), 1.— A.
Montoux, la Municipalité de Beaulieu-lès-Loches avant la Révolution,
1766–1789 (Loches, France, s.d.).— A.-J. Savoie, « l’Enseignement en
Acadie de 1604 à 1970 », les Acadiens des Maritimes : études thématiques,
Jean Daigle, édit. (Moncton, 1980), 419–466.— Upton, Micmacs and colonists.—
Margery Weiner, The French exiles, 1789–1815 (Londres, 1960).— René
Baudry, « les Pénitences publiques en Acadie », SCHEC Rapport, 23
(1955–1956) 117–123.— Mary Liguori, « Haliburton and the Uniackes :
Protestant champions of Catholic liberty (a study in Catholic emancipation
in Nova Scotia) », SCHEC Report, 20 (1953) : 37–48.— Soc. archéologique de
Touraine, Bull. trimestriel (Tours), 27 (1943) : 321.— Mason Wade, «
Relations between the French, Irish and Scottish clergy in the Maritime
provinces, 1774–1836 », SCHEC Study sessions, 39 (1972) : 9–33.
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