ROGERS, JAMES,
prêtre et évêque catholique, né le 11 juillet 1826 à Mountcharles
(république d’Irlande), fils unique de John Rogers et de Mary Britton ;
décédé le 22 mars 1903 à Chatham, Nouveau-Brunswick.

Le jeune James
Rogers et ses parents immigrèrent en Amérique du Nord britannique en 1831.
D’abord installés à Wallace, en Nouvelle-Écosse, ils se fixèrent bientôt à
Halifax, où ils connurent épreuves et pauvreté. Son père étant malade,
James devint soutien de famille dès son adolescence. Très jeune, il montra
une maturité remarquable et une grande piété ; déjà, il pensait à devenir
prêtre.
En 1847, après
la mort de son père, Rogers entra au St Mary’s College de Halifax, où il
fit ses études classiques et devint le protégé de son confesseur et
professeur de théologie, Thomas Louis Connolly. Fait sous-diacre en août
1850, Rogers, avec l’aide financière de l’évêque William Walsh,
poursuivit ses études au séminaire de Saint-Sulpice à Montréal, où il
décida d’acquérir une solide connaissance du français. Le 2 juillet 1851,
il fut ordonné en la cathédrale St Mary de Halifax. Le jeune prêtre fut
affecté immédiatement dans l’ouest de la Nouvelle-Écosse en tant que curé
missionnaire. Il était responsable d’un vaste territoire de mission dont
le centre était Church Point. Rogers, qui ne manquait ni d’aplomb, ni de
zèle, ni de jovialité, y renforça les assises de l’Eglise en prêchant en
anglais, en français et, à l’occasion, en micmac. En 1853, on lui assigna
le comté de Cumberland et les régions voisines du comté de Colchester.
Cette affectation se révéla difficile et, en 1856, sur sa recommandation,
on subdivisa la mission en une partie acadienne et une partie anglophone.
Dès lors, le centre des activités de Rogers ne fut plus Minudie, mais
Amherst.
En 1857, Rogers
fut envoyé dans une région lointaine de l’archidiocèse de Halifax : les
Bermudes. Il exerça son sacerdoce auprès des forçats et d’autres « fidèles
en difficulté » et fut pour beaucoup dans la mise en chantier de la
première église catholique de l’archipel. De retour en Nouvelle-Écosse en
avril 1859, il œuvra un moment à Church Point, mais, dans le courant de
l’été, il fut appelé à Halifax pour être secrétaire de Connolly, devenu
archevêque, et pour enseigner au St Mary’s College.
Peu de temps
après, Rogers obtint une autre promotion. Le 8 mai 1860, il devint le
premier évêque du nouveau diocèse de Chatham, qui comprenait la partie
nord du Nouveau-Brunswick. Agé de 33 ans seulement, il avait été choisi de
préférence à des prêtres plus chevronnés. Lui-même fut consterné par cette
nomination « inattendue » dans laquelle ses amis Connolly et John Sweeny,
évêque de Saint-Jean, étaient sans doute pour quelque chose. Pourtant, ce
choix n’était pas irréfléchi. La simplicité de la vie rurale et le
dénuement n’étaient pas étrangers à Rogers ; de plus, il était un prêtre
extrêmement énergique et dévoué. Dans ce diocèse pauvre et peu densément
peuplé, une forte dose de ces qualités serait nécessaire.
Rogers fut
sacré le 15 août 1860 à Charlottetown. Sept jours plus tard, il fut
installé en l’église St Michael de Chatham, qui tenait lieu de cathédrale.
Sans tarder, il plongea dans un tourbillon de visites pastorales, de
confirmations, de visites aux malades, de confessions et de décisions
administratives. Bon nombre de ces activités, il le concédait, auraient
davantage convenu à « un simple missionnaire » qu’à un « évêque à demeure
». Mais, faute de ressources, il fallait s’adapter. En 1860, le diocèse,
dont Rogers dirait plus tard qu’il était « l’un des plus pauvres de toute
l’Amérique », ne comptait que 7 prêtres et 30 églises dont près de la
moitié n’étaient pas terminées. Administrer ce diocèse était d’autant plus
difficile qu’il comptait des catholiques francophones et des catholiques
irlandais, que les nourritures spirituelles étaient rares et que le
pouvoir politique et économique de la population protestante augmentait
sans cesse.
Rogers estimait
que son premier devoir était de trouver des prêtres. Il voulait en
particulier des prêtres issus de la région et capables de s’exprimer aussi
bien en français qu’en anglais. L’instruction et la « culture morale » des
jeunes figuraient aussi au nombre de ses grandes préoccupations. Il ouvrit
donc un petit séminaire dans sa résidence et fit enseigner les
séminaristes dans une école de garçons. C’est ainsi que naquit en 1860 la
St Michael’s Academy, ancêtre de la St Thomas’ University. Répondant aux
instances de Rogers, les Frères des écoles chrétiennes prirent la
direction de l’école en 1876.
L’évêque de
Chatham s’assura le concours d’autres communautés religieuses, dont les
Sisters of Charity, les Religieuses hospitalières de Saint-Joseph et la
Congrégation de Notre-Dame. Il les invita à venir faire œuvre d’éducation
et de bienfaisance dans son diocèse et leur prodigua des encouragements.
Au mépris de l’ordre de l’archevêque Connolly : « Éliminez tout ce qui
vous coûte quelque chose », il assuma volontiers leurs frais
d’installation. Par ailleurs, il participait financièrement à la
construction et à l’achèvement des églises et presbytères des missions
pauvres. En 1876, il rapporta avec fierté que son diocèse comptait trois
hôpitaux, sept écoles pour filles, deux collèges pour garçons et un
orphelinat. Dès 1879, le nombre de prêtres s’élevait à 31 et le nombre
d’églises et de chapelles, à 54, ce qui constituait un bilan
impressionnant.
Absorbé par «
les mille petits détails » de l’administration diocésaine, Rogers ne
négligeait pourtant pas la dimension humaine de son travail. Sa
sollicitude envers les lépreux du lazaret de Tracadie [V. Amanda Viger] et
envers les « pauvres Indiens », qu’il croyait condamnés à disparaître, est
particulièrement digne de mention. Par souci de ses fidèles, il rappelait
régulièrement aux hommes politiques que son diocèse avait besoin de
liaisons ferroviaires. Il communiquait rarement avec Rome, mais, au cours
de sa visite ad limina en 1869–1870, il participa au débat du Premier
Concile du Vatican sur l’infaillibilité pontificale, doctrine dont il
désapprouvait, tout comme Connolly, que l’Église fasse un dogme. Au cours
de ce même voyage, il recueillit des dons en Belgique, en France et en
Autriche pour ses projets diocésains et assista au Congrès ecclésiastique
de Malines.
Remplir les
devoirs de sa charge apportait à Rogers une satisfaction teintée
d’amertume. Un jour, il compara la mitre à une « couronne d’épines ». Par
exemple, les obligations financières, toujours plus lourdes, posaient un
grave problème. En 1866, il rapporta que la dette diocésaine était de 12
000 $ ; en 1878, elle avait grimpé à 30 000 $. Contrairement à la coutume,
le diocèse n’avait pas reçu de dotation à ses débuts, et cela se faisait
sentir. Le modeste produit des quêtes paroissiales, la pénurie chronique
de numéraire, le fort chômage saisonnier et le dépeuplement n’arrangeaient
pas les choses. De plus en plus, l’évêque était aux prises avec des
billets à ordre, des emprunts flottants et des hypothèques.
La dette
monumentale de Rogers n’échappait pas au blâme de Connolly, qui lui
reprochait sa prodigalité et qui menaça en décembre 1866 d’assumer
temporairement l’administration du diocèse. Connolly accusait aussi Rogers
de négliger sa correspondance officielle, de ne pas remplir les devoirs de
sa charge avec autant de « majesté » qu’il aurait dû et de ne pas se
préoccuper suffisamment de son développement intellectuel. Rogers ne
cherchait même pas à se justifier. Pour lui, il n’était pas question de se
laisser arrêter par des considérations pécuniaires ou par l’étiquette
épiscopale. De son point de vue, ses constantes interventions personnelles
en territoire missionnaire et ses travaux coûteux avaient enrichi le
diocèse et l’avaient sauvé du désastre.
En 1870, Rogers
eut à faire face à un problème administratif particulier à cause du père
Hugh McGuirk, missionnaire à Saint-Louis-de-Kent, qui souffrait
d’instabilité mentale. Il ordonna la suspension temporaire de McGuirk,
mais le prêtre, furieux, ferma à clef l’église de Saint-Louis-de-Kent et
prit le presbytère d’assaut avec une hache. L’affaire embarrassa d’autant
plus Rogers que McGuirk intenta des poursuites en diffamation contre son
successeur, le père Marcel-François Richard, et que le procès fut long et
pénible.
Le 14 février
1878, un autre malheur s’abattit sur Rogers : un incendie détruisit la
cathédrale, la résidence épiscopale et le St Michael’s Commercial College
de Chatham. En un temps où il aurait mérité de voir ses initiatives porter
fruit, il se retrouva en train de rebâtir, de solliciter des dons et de «
camper » dans des locaux temporaires. Puis, en 1880, les Frères des écoles
chrétiennes s’en allèrent et son collège ferma ses portes. Deux ans plus
tard, criblé de dettes, le collège Saint-Louis, bastion de l’enseignement
en français à Saint-Louis-de-Kent, ferma aussi ses portes. Rogers attribua
ces reculs à une insuffisance de fonds et blâma particulièrement le
gouvernement provincial, qui n’accordait pas de subventions aux écoles
confessionnelles.
Plusieurs des
crises que Rogers connut avaient des causes politiques. Au début des
années 1860, il avait délibérément fui les « conflits politiques », mais
en 1866, il éleva la voix pour « mettre en garde » ses ouailles contre
toute sympathie pour les féniens. En même temps, il fut amené à participer
aux débats sur la Confédération : il appuya publiquement des candidats
proconfédérateurs locaux et exhorta les Néo-Brunswickois à se plier, par
patriotisme, aux volontés des hommes d’État britanniques. Rogers affirmait
que la Confédération serait bénéfique à son diocèse, car elle entraînerait
un accroissement de la population et ferait progresser le commerce,
l’industrie et le transport ferroviaire. Bientôt, il se trouva pris dans
un vif débat avec Timothy Warren Anglin au sujet des avantages de la
Confédération. Rivalisant pour le titre de porte-parole des Néo-Brunswickois
irlando-catholiques, le prélat et le journaliste échangèrent opinions et
insultes par la voie du journal d’Anglin.
En 1871, Rogers
se joignit aux adversaires du Common Schools Act du Nouveau-Brunswick [V.
George Edwin King], qui laïcisait l’enseignement. Convaincu qu’on ne
gagnerait rien à se taire, il déclara que cette loi était impie et
tyrannique et que, en l’adoptant, le pouvoir politique protestant
soumettait les élèves catholiques à « pire que la persécution d’Hérode ».
Il pressa John Costigan et Anglin, députés aux Communes, de mener une
campagne en faveur d’une intervention du gouvernement fédéral.
Officiellement, Rogers préconisait de recourir aux voies judiciaires pour
faire abroger cette loi controversée, mais cela ne l’empêchait pas
d’éprouver de la sympathie pour les Acadiens qui commirent des gestes de
désespoir pendant les émeutes de Caraquet [V. Robert Young]. Ces émeutes,
affirma-t-il par la suite, avaient été fomentées par des partisans du
gouvernement qui cherchaient un prétexte pour faire usage de la force.
Pendant l’été de 1875, avec l’appui moral de Rogers, Mgr Sweeny négocia un
soi-disant compromis qui assura aux catholiques plusieurs concessions
importantes. Cependant, l’esprit de la loi demeura inchangé. Peu après,
Rogers publia une lettre pastorale dans laquelle il exhortait ses ouailles
à mettre fin à leur « opposition active »
« Nous devons
tout bonnement tolérer ce que nous ne pouvons empêcher », disait-il. Selon
lui, le Bas-Canada, en insistant en 1867 pour que l’éducation continue de
ressortir aux provinces, avait lié les mains du gouvernement fédéral et
mis en péril les droits des catholiques du reste du Canada.
En dépit de ses
griefs, l’évêque de Chatham n’avait rien d’un boutefeu. À son avis,
recourir à des tactiques incendiaires servirait mal la cause de la « foi
jurée ». Tout au long des années 1880 et 1890, il défendit discrètement
les droits des catholiques et se tint à l’écart de l’action politique. En
1891 par exemple, il s’abstint de signer une pétition lancée par
l’archevêque Alexandre-Antonin Taché et qui exigeait l’abrogation du
Public Schools Act adopté en 1890 par l’Assemblée du Manitoba. Ce n’est
qu’en 1894, et encore avec hésitation, qu’il soutint ceux qui réclamaient
que le gouvernement fédéral refuse de reconnaître cette loi. Rogers
agissait ainsi parce que les conflits religieux lui déplaisaient, mais
aussi pour un autre motif. Il faisait peu de cas de la situation du
français au Manitoba ou du principe des deux langues officielles, en
grande partie parce que le réveil acadien, de plus en plus manifeste dans
son diocèse, lui inspirait des craintes. Dans son esprit, la promotion du
français était synonyme de discorde et de démagogie.
Cette question
est devenue, pour les historiens, l’aspect le plus controversé de
l’épiscopat de Rogers. Leurs travaux récents le présentent comme un ennemi
de la renaissance acadienne et lui reprochent d’avoir fait preuve de
favoritisme envers les catholiques irlandais. L’éphémère collège
Saint-Louis et son fondateur, le père Marcel-François Richard, ont été
dépeints comme des victimes de sa malveillance et de son étroitesse
d’esprit. Tout au long des années 1880, la fermeture du collège demeura
une cause de rumeurs et de récriminations. En outre, elle éloigna beaucoup
Richard et Rogers. En 1891, leurs relations étaient si tendues que Richard
soumit au Saint-Siège une liste de griefs, accusant l’évêque d’avoir
supprimé le collège et d’avoir commis plusieurs actes inspirés par la
rancune personnelle. Rogers répliqua par une diatribe dans laquelle il
reprochait à Richard d’avoir eu une conduite indigne d’un prêtre et
qualifiait de déformations grossières la plupart des allégations.
Toutefois, il reconnaissait avoir considéré que le collège de
Saint-Louis-de-Kent faisait double emploi parce qu’il se trouvait près du
collège classique acadien Saint-Joseph de Memramcook [V. Camille
Lefebvre]. Il admettait aussi avoir vu d’un mauvais oeil les tendances
nationalistes du personnel du collège et son parti pris pour
l’unilinguisme français. Cloué au pilori dans la presse acadienne, dans
les discours du sénateur Pascal Poirier et dans les écrits de
François-Edme Rameau de Saint-Père, Rogers songea à démissionner en 1892.
Jusqu’à la fin de son épiscopat, il soutint qu’il avait été « l’innocente
victime » d’un « complot ».
Dans les années
1860 et 1870, Rogers n’avait pas été indifférent à la nécessité de
répondre de façon équitable aux besoins des groupes ethniques de son
diocèse. En 1879 par exemple, il était à la tête d’un clergé comprenant 18
prêtres d’origine française et 13 prêtres d’origine irlandaise. En 1877,
en prévision d’un voyage en Europe, il pensa inviter un francophone et un
anglophone à l’accompagner afin que les deux éléments de son diocèse
soient représentés. En outre, à compter des années 1870, sa correspondance
ne contient que des allusions favorables au « petit collège de Saint-Louis
». Dans l’ensemble, lorsqu’il faisait un geste à l’avantage de ses
diocésains irlandais, c’était parce qu’il avait la conviction que ce
groupe, privé de la protection de la langue et exposé géographiquement au
pluralisme religieux, risquait plus que les Acadiens d’abandonner le
catholicisme.
Puis, dans les
années 1890, Rogers changea de ton. Se sentant assiégé par le clergé et
les laïques acadiens, qui attaquaient l’épiscopat des Maritimes, dominé
par les Irlandais, et faisaient pression pour la nomination d’un évêque
acadien, il se posa en censeur des « mouvements déréglés et [des] excès du
soi-disant sentiment national ». Selon lui, l’ambition d’« acadianiser »
l’Église catholique du Nouveau-Brunswick était présomptueuse. Il prévenait
carrément les Acadiens de ne pas se croire nantis des mêmes privilèges
linguistiques que les Canadiens français. En 1890, il interdit à certains
de ses prêtres francophones d’assister au congrès acadien à Church Point.
Ses relations tendues avec le père Richard s’inscrivaient dans ce conflit.
Grand champion de la renaissance acadienne, ce prêtre très respecté
représentait un défi pour l’autorité de l’évêque vieillissant.
En 1897, Rogers
commençait à sentir l’« usure du temps ». Homme corpulent, d’un appétit
vorace et d’une énergie légendaire lorsqu’il s’agissait de voyager en
hiver, il avait toujours joui d’une bonne santé. Mais voilà que ses forces
déclinaient, qu’il éprouvait le « malaise des devoirs inaccomplis » et
qu’il songeait aux évêques qui avaient eu la bonne fortune de servir Dieu
dans des « champs [plus] agréables ». Apparemment, la résurgence des
tensions religieuses après la controverse des écoles de Bathurst [V. John
James Fraser] l’avait particulièrement fatigué. Il se mit donc à se
préoccuper de sa succession et proposa la candidature de trois
francophones et de trois anglophones, ce qui était tout à son honneur. En
1899, Thomas Francis Barry, Néo-Brunswickois d’origine, fut nommé
coadjuteur avec droit de succession. L’archevêque de Halifax, Cornelius
O’Brien, incitait Rogers à prendre une retraite complète, lui disant sans
détour : « Que le nouveau siècle s’amorce avec un nouvel homme. » Rogers
attendrait jusqu’en 1902 pour quitter ses fonctions. Cependant, le 16
décembre 1900, il tenta de faire la paix avec ses vieux adversaires. Dans
un sermon prononcé à Chatham en l’église qui tenait lieu de cathédrale, il
fit savoir que, si le Saint-Siège décidait d’ériger un diocèse acadien, il
accepterait volontiers la chose, et il demanda pardon pour « toute parole
ou tout geste par lequel [il avait] pu, sans le vouloir, offenser ou
blesser ». Le 22 mars 1903, il s’éteignit à l’Hôtel-Dieu de Chatham.
Les
descriptions que l’on a de Rogers sont aussi diversifiées que les bilans
de ses 42 ans d’épiscopat. Pour ses admirateurs, c’était un prêtre
aimable, accueillant, d’une générosité rare, qui avait la charmante
habitude de lancer des « Hourra ! Hourra ! » enthousiastes. Il avait des
faiblesses, bien sûr, mais elles n’étaient pas bien graves : son
tempérament était trop sanguin, il manquait de sens pratique, ses sermons
étaient interminables et ses horaires, fantaisistes. Par contre, ses
détracteurs ont laissé le portrait d’un prélat tyrannique, arbitraire et
coléreux. Un prêtre mécontent est même allé jusqu’à le dépeindre comme un
homme brusque et violent, mal élevé et tout à fait dépourvu de raffinement
intellectuel.
Les
réalisations concrètes de James Rogers en tant qu’évêque de Chatham ne
sont pas, elles, sujettes aux interprétations. Rogers marqua profondément
son diocèse en le dotant d’écoles, d’hôpitaux et de prêtres. Totalement
dévoué à sa mission, il eut le courage et la capacité de s’en acquitter
avec énergie et prévoyance. Même les nécessités budgétaires et les
reproches de ses supérieurs ne l’arrêtaient pas. Les allégations selon
lesquelles il aurait négligé ses fidèles acadiens sont imméritées. Hélas,
ses querelles avec le père Richard ajoutent une note discordante à son
épiscopat. En tant que produit de la hiérarchie irlandaise, Rogers était
mal outillé pour affronter le défi que les Acadiens lançaient à son
autorité. En plus, il n’était pas le diplomate qui aurait pu satisfaire
dans une certaine mesure leurs aspirations : il était têtu, voire
irascible. Sans le vouloir, les évêques irlando-catholiques, par leur
résistance, donnèrent une impulsion au mouvement en faveur d’un diocèse et
d’un évêque acadiens. En fait, ils contribuèrent à mobiliser les forces et
à instaurer le nouvel ordre dont ils voulaient décourager l’émergence. À
sa mort, Rogers laissa un legs impressionnant mais controversé.
Laurie C. C. Stanley
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- Source :
L’essentiel de la documentation concernant l’épiscopat de James
Rogers, dont la correspondance, les lettres pastorales et une
biographie manuscrite est conservée aux Arch. du diocèse de Bathurst,
N.-B., Groupe II/1-1–119 (fonds James Rogers). On peut aussi consulter
cette documentation sur microfilms aux APNB, MC 290, F 7652–7658. Les
papiers de Rogers à la UNBL, MG H26 Rep, contiennent des photocopies
des lettres provenant de la collection diocésaine de documents sur la
crise scolaire au Nouveau-Brunswick.
On peut voir un portrait officiel de Mgr Rogers au St Michael’s Museum
(Chatham, N.-B.).
Parmi les publications de Rogers, on retrouve : Statement of the case
« McGuirk versus Richard » (Saint-Jean, N.-B., 1872) ; Circular letter
of the Rt. Rev. James Rogers, D.D., bishop of Chatham, advising his
flock to cease further opposition to the non-sectarian school law
[...] (Chatham, [1876 ?]) ; et Funeral sermon : delivered at the
solemn obsequies of the late Most Rev. Thomas L. Connolly, archbishop
of Halifax, in St. Mary’s Cathedral, Halifax, Nova Scotia, on Monday,
31st juill., 1876 (Chatham, [1876 ?]). D’autres lettres circulaires et
pastorales rédigées par Rogers peuvent être consultées sur microfiches
de l’ICMH et sont listées dans son Répertoire. Une des lettres de
Rogers est reproduite sous le titre « Correspondance du début du
siècle : lettre de Mgr Rogers, évêque de Chatham, au Rév. L.-N. Dugal
», dans le Brayon (Edmundston, N.-B.), 5 (1976–1977), no 3 : 10–13.
AN, MG 24, L3, 25 (copie) ; MG 26, F, 6–7 ; MG 27, I, D4, 1 ; D5.—
APNB, RS24, S90, PE115, file 2.— Arch. de la Propagation de la foi
(Paris), F-175a (Chatham, rapports sur l’état des missions, 1860–1883)
(mfm aux AN).— Arch. of the Archdiocese of Halifax, Cornelius O’Brien
papers, II, nos 34–37a ; William Walsh papers, I, nos 55, 84–86 ; 11,
nos 105–120 ; III, no 208b.— Arch. of the Diocese of Saint John
(Saint-Jean), Sweeny papers, no 1455–1494, 2107–2124.— Arch. of the
Roman Catholic Archdiocese of Toronto, L (Lynch papers), AE09.06 ;
AH32.119 ; W (Walsh papers), AB05.09.— Archivio della Propaganda Fide
(Rome), Acta, 270 : ff.441–443 ; Nuova serie, 28 : ff.31–35 ; 100 :
ff.752–758 ; 195 : ff.85–111 ; 242 : ff.388–403 ; 265 : ff.57–79 ;
Scritture originali riferite nelle Congregazioni generali, 1016 :
f.132 ; 1035 : f.188 ; Scritture riferite nei Congressi, America
settentrionale, 7 : ff.505s. ; 21 : ff.705–709 ; 22 : ff.670s. ; 23 :
ff.317–364, 423–426, 1105s. ; 24 : ff.568–600 ; 30 : ff.321–328,
590–595 ; 32 : ff.127–157, 704–705, 1058–1168.— Archivio Segreto
Vaticano (Rome), Delegazione apostolica del Canadà, 6, 13, 178 ; copie
de lettres de Falconio, 1899–1902 : 89, 103s., 198, 218, 269, 289,
291–293, 342, 344, 349.— Centre d’études acadiennes, Univ. de Moncton,
N.-B., Fonds Placide Gaudet, 1.58-21, 1.65-19, 1.65-21 ; Fonds P.-A.
Landry, 5.2-11, 5.5-8 ; Fonds M.-F. Richard, 8.1-2-20, 8.2-1-6, 8.3-5,
8.3-7, 8.4-2, 8.4-8.
Courrier des Provinces maritimes (Bathurst), 11 juill. 1901, 26 mars
1903.— L’Évangéline, août 1890 (édition illustrée spéciale, comprenant
des gravures de Rogers et des notes biographiques) ; 2, 9 avril 1903.—
Gleaner (Chatham), 25 août 1860, 7 juill. 1870.— Le Moniteur acadien,
30 sept., 23 déc. 1870, 4 févr., 18 nov. 1875, 27 sept. 1877, 10 avril
1879, 10 juin 1882, 14 juin 1883, 19 juin, 4 sept. 1884, 20 août 1885,
15 nov. 1887, 20 janv. 1888, 12 juill. 1900, 11 juill. 1901, 26 mars,
2 avril 1903.— New Freeman (Saint-Jean), 28 nov. 1953.
The Acadians of the Maritimes : thematic studies, Jean Daigle, édit.
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(1987–1988), no 1 : 97–116.— J. A. Fraser, « By force of circumstance
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Hatfield, « la Guerre scolaire » – the conflict over the New Brunswick
Common Schools Act » (thèse de m.a., Queen’s Univ., Kingston, Ontario,
1972).— F. C. Kelley, The bishop jots it down : an autobiographical
strain on memories (New York et Londres, 1939).— Corinne LaPlante, «
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1983– ), 3 : 52–54.— J. I. Little, « New Brunswick reaction to the
Manitoba schools’ question », Acadiensis (Fredericton), 1 (1971–1972),
no 2 43–58.— J. M. McCarthy, Bermuda’s priests : the history of the
establishment and growth of the Catholic Church in Bermuda (Québec,
1954).— A. L. McFadden, « The Rt. Rev. James Rogers, D.D., first
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Rameau de Saint-Père, Une colonie féodale en Amérique ; l’Acadie
(1604–1881) (2 vol., Paris et Montréal, 1889).— Silver jubilee
celebration of their lordships bishops McIntyre and Rogers :
Charlottetown, August 12, 1885 (s.l., [1885 ?]).— M. S. Spigelman, «
The Acadian renaissance and the development of Acadien–Canadien
relations, 1864–1912, « des frères trop longtemps séparés » (thèse de
ph.d., Dalhousie Univ., Halifax, 1975).— Léon Thériault, « les
Origines de l’archévêché de Moncton, 1835–1936 », Soc. Hist.
Acadienne, Cahiers (Moncton), 17 (1986) : 111–132.— P. M. Toner, « The
foundations of the Catholic Church in English-speaking New Brunswick
», New Ireland remembered : historical essays on the Irish in New
Brunswick, P. M. Toner, édit. (Fredericton, 1988), 63–70 ; « The New
Brunswick separate schools issue, 1864–1876 » (thèse de m.a., Univ. of
N.B., Fredericton, 1967).— K. F. Trombley, « Thomas Louis Connolly
(1815–1876) : the man and his place in secular and ecclesiastical
history » (thèse de ph.d., Univ. catholique de Louvain, Belgique, 1983
; photocopie diffusée par l’auteur, Saint-Jean, 1983).— Onésiphore
Turgeon, Un tribut à la race acadienne : mémoires, 1871–1927
(Montréal, 1928).
© 2000 Université Laval/University of Toronto
-
Source
photo : L'Illustration du journal Le Moniteur Acadien, Supplément
illustré publié à l'occasion du 25e anniversaire de sa fondation, 1er
juillet 1892, page 20
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