FRASER, JOHN
JAMES, avocat, homme politique, juge et fonctionnaire, né le 1er août 1829
dans l’île Beaubears, près de Newcastle, Nouveau-Brunswick, fils de
l’Écossais John Fraser, marchand et constructeur de navires, et de
Margaret Fraser ; le 17 septembre 1867, il épousa Martha Cumming (décédée
en 1871), fille d’Alexander Cumming, de Fredericton, et ils eurent deux
filles qui moururent en bas âge, puis en mai 1884 Jane M. Paulette Fisher,
fille aînée de Charles Fisher, de Fredericton ; décédé le 24 novembre
1896 à Gênes, Italie.
John James
Fraser fréquenta la Newcastle Grammar School, puis en 1845 il entreprit
ses études de droit au cabinet de Street and Davidson de Newcastle. Reçu
attorney en 1850, il fut admis au barreau deux ans plus tard. Il s’était
installé à Fredericton en 1851 après que l’on eut nommé son mentor, John
Ambrose Sharman Street, procureur général et chef du gouvernement. Ce
dernier quitta la capitale en 1854, et Fraser ouvrit alors son propre
cabinet. Il s’associerait à Edward Byron Winslow en 1866, et à Edward
Ludlow Wetmore en 1877.
Aux élections
générales de mars 1865, Fraser fit campagne au sein d’un groupe
d’adversaires de la Confédération qui comprenait John Campbell Allen,
George Luther Hatheway et William Hayden Needham, et il fut élu député
de la circonscription d’York. Fraser et Needham persistèrent dans leur
opposition lorsque le lieutenant-gouverneur Arthur Hamilton Gordon démit
de ses fonctions le gouvernement d’Albert James Smith et prorogea
l’Assemblée en avril 1866. Ils furent alors parmi les 22 députés qui se
proclamèrent prêts à soutenir une proposition qui visait à présenter à la
reine Victoria une adresse sollicitant le rappel de Gordon. Aux élections
générales de mai et juin, tous deux subirent une cuisante défaite.
Cinq ans plus
tard, en juin 1871, Fraser accepta d’entrer dans le gouvernement de
Hatheway à titre de conseiller législatif et de président du Conseil
exécutif. À la mort de ce dernier, en juillet 1872, il devint secrétaire
de la province dans le gouvernement de George Edwin King et fut élu sans
opposition député de la circonscription d’York.
À titre de
secrétaire de la province, Fraser exerçait aussi la fonction de receveur
général. Il participa donc, en 1873, aux négociations au cours desquelles
le gouvernement fédéral accepta de verser annuellement des subsides de 150
000 $ au Nouveau-Brunswick, à la condition que cette province,
conformément au traité de Washington [V. sir John Alexander Macdonald],
renonce à percevoir un droit d’exportation sur le bois. Dans le cadre de
l’entente, la province se vit accorder une hausse d’intérêt sur
l’indemnité compensatoire pour dettes, qui équivalait à un revenu de 58
000 $ par an. En février 1878, dans l’une de ses dernières missions à
titre de secrétaire de la province, Fraser dirigea une autre délégation
qui alla notamment réclamer à Ottawa un autre versement de 150 000 $. La
province croyait que le gouvernement fédéral lui devait cette somme parce
qu’il avait pris possession du chemin de fer qui allait de Moncton à la
frontière néo-écossaise. Fraser quitta la vie politique en 1882, et ce
montant n’avait pas encore été versé.
Grâce à
l’augmentation des subsides négociés au moment de la Confédération et par
la suite (de 341 622 $ en 1872–1873 à 513 638 $ en 1874–1875) et au
remplacement des droits d’exportation par un régime de permis d’abattage
et de droits de coupe, le gouvernement néo-brunswickois était mieux à même
de financer l’éducation, les routes, les ponts et les services généraux,
et aussi de faire face aux exigences des promoteurs ferroviaires.
Néanmoins, les revenus sur lesquels la province pouvait compter au sein de
la Confédération demeuraient insuffisants, si bien que ses chefs
politiques entreprirent de rénover le système d’administration locale en y
apportant des changements que les réformistes réclamaient depuis un quart
de siècle. Désormais, les autorités régionales devraient percevoir des
revenus pour financer leurs propres services au lieu de compter sur des
crédits du Parlement. En qualité de secrétaire et trésorier de la
province, Fraser appuya des mesures qui aboutirent, en 1877, à une loi
cadre qui exigeait la constitution juridique de tous les comtés – réforme
à laquelle plusieurs résistaient depuis des années : ils y voyaient « une
hideuse invention destinée à extorquer des impôts directs au peuple ».
On avait
franchi la première étape de ce transfert de responsabilités en 1871. Des
députés qui représentaient la majorité protestante évangélique, malgré
l’opposition des catholiques et de certains anglicans, avaient alors
imposé aux districts scolaires un régime de taxation obligatoire pour
financer les écoles non confessionnelles. Par défi, des chefs catholiques,
dont François-Xavier-Joseph Michaud et John Sweeney, évêque de
Saint-Jean, avaient usé de tous les moyens légaux et politiques pour
empêcher l’application de la nouvelle loi et recouru même à la
désobéissance civile en refusant de payer les taxes scolaires. Le premier
ministre King avait réagi en lançant le slogan : « Attention aux compromis
; n’en acceptez aucun. » Aux élections générales de 1874, seulement cinq
adversaires du nouveau système avaient été élus – tous dans des
circonscriptions à prédominance acadienne. Dans York, Fraser s’était
classé en tête de liste.
Fraser ne
faisait pas partie du gouvernement au moment de l’adoption de la loi de
1871, et il tenait moins que King aux écoles non confessionnelles. C’est
pourquoi il put accepter, et probablement promouvoir, le compromis de 1875
sur l’éducation. À la session du printemps, Kennedy Francis Burns présenta
à la chambre au nom des catholiques une proposition de réconciliation,
qu’on lut le 6 août suivant à une réunion du Conseil exécutif à laquelle
King et Fraser assistaient. Cependant, King n’était pas à la réunion du
bureau d’Éducation qui se tint plus tard dans la journée et où l’on adopta
des règlements indulgents envers les écoles du réseau non confessionnel
qui avaient une tendance confessionnelle. On n’inscrivit pas au registre
des délibérations du bureau d’Éducation avant plusieurs années les détails
de cette entente, peut-être parce qu’ils risquaient de provoquer des
remous ; on fit de même pour ceux d’un arrangement ultérieur, conclu une
fois que Fraser fut devenu premier ministre et qui autorisait les Sœurs de
la charité à subir un examen distinct pour obtenir l’autorisation
d’enseigner. Ces omissions, et le fait qu’au moins un des nouveaux
règlements ne figurait pas dans le manuel des écoles, amèneraient des
mécontents, dans les années 1890, à parler de « règlements secrets » et
donneraient lieu à une enquête à laquelle Fraser serait mêlé.
King
démissionna au printemps de 1878, et Fraser lui succéda le 4 mai aux
postes de premier ministre et de procureur général. Aux élections
générales tenues peu après, les circonscriptions du nord de la province
rejetèrent les candidats du gouvernement. Le 4 juillet, le Saint John
Globe déclara : « Le peuple s’est levé et a dit « nous ne voulons plus du
gouvernement. » [...] Pourquoi M. Fraser ne tire-t-il pas poliment sa
révérence ? Sinon, on l’y forcera. » Ce que le journal oubliait, c’est
que, vu l’absence de partis organisés, les majorités gouvernementales
dépendaient des talents de manipulateur du premier ministre. Or, bon
nombre des nouveaux députés élus en juin n’étaient « ni chair ni poisson
». En juillet, Fraser, qui n’inspirait pas d’antipathies personnelles,
parvint à réunir une majorité en jouant sur les intérêts régionaux et
particuliers, et en concluant des marchés avec certains députés. Les
étiquettes de parti, qui indiquaient l’affiliation en politique fédérale,
avaient une signification limitée à l’Assemblée de la province. Fraser
était conservateur (parmi les 7 élus en 1874), mais il était devenu le
chef d’une Assemblée où, initialement, King et 27 autres députés s’étaient
dit libéraux. En 1878, 21 libéraux, 17 conservateurs et 3 indépendants
furent élus. La même année, Fraser reforma le Conseil exécutif en y
nommant trois libéraux et six hommes qui se disaient conservateurs. Son
bras droit à Saint-Jean était un libéral, William Elder, influent
rédacteur en chef du Daily Telegraph, presbytérien comme lui et un ami
personnel.
Fraser fut le
premier chef du gouvernement néo-brunswickois à donner, au cabinet, une
représentation effective aux groupes acadiens et irlandais de la
communauté catholique. Il affecta Pierre-Amand Landry, de la
circonscription de Westmorland, à la fonction de commissaire des Travaux
publics et Michael Adams, de Northumberland, à celle d’arpenteur général,
qui comprenait l’administration des terres de la couronne. Ces deux
portefeuilles étaient des nids de favoritisme, et on les considérait comme
très attrayants. Daniel Lionel Hanington, de la circonscription de
Westmorland, entra lui aussi au Conseil exécutif ; il avait été l’un des
meneurs de l’opposition anglicane au Common Schools Act de 1871 et l’un
des partisans de l’union des Maritimes. En procédant à ces nominations,
Fraser reconnaissait l’importance accrue de la circonscription de
Westmorland et le poids de son Nord-Est natal dans l’équilibre entre les
régions. Les retombées économiques de la construction du chemin de fer
Intercolonial avaient revitalisé ces parties de la province.
Les députés de
Saint-Jean faisaient constamment campagne pour que leur ville devienne la
capitale de la province, mais l’affaire tourna à la crise lorsqu’un
incendie détruisit le vieil édifice du Parlement à Fredericton en février
1880. Fraser s’opposa à ce que l’on tranche la question par un vote
populaire, mais il la soumit à un débat ouvert. Avec le chef de
l’opposition, Andrew George Blair, lui aussi originaire de Fredericton,
il dut déployer tous ses talents d’orateur et de meneur pour vaincre les
puissants arguments de ceux qui réclamaient le transfert de la capitale.
Le vote de l’Assemblée fut serré : 20 contre, 18 pour. Hanington, Landry
et le Moniteur acadien de Ferdinand Robidoux apportèrent un soutien
essentiel à la cause de Fredericton. L’impressionnant édifice du
Parlement, dessiné par James Charles Philip Dumaresq, ouvrit ses portes
le 16 février 1882.
En d’autres
matières cependant, Blair attaquait le gouvernement sans relâche : il le
qualifiait de « règne des incapables » et accusait des ministres de
corruption, de mauvaise administration et d’hypocrisie. Cette dernière
accusation s’adressait à Fraser : contrairement à ce qu’il avait promis en
1878, ce dernier n’abolit pas le Conseil législatif – ce que Blair
lui-même n’allait faire qu’en 1892, soit dix ans après son accession au
poste de premier ministre.
En raison du
peu d’influence (si évident dans l’affaire de l’abolition du conseil) que
les premiers ministres néo-brunswickois exerçaient sur l’Assemblée, les
gouvernements en faisaient souvent bien moins qu’ils ne l’auraient
souhaité. Ce problème n’était nulle part plus patent que dans le secteur
de l’éducation. En 1880, le gouvernement Fraser ne parvint pas à réaliser
les réformes en vertu desquelles on aurait confié la responsabilité de
l’éducation à un conseiller exécutif. Ce n’était là qu’un signe
avant-coureur de l’immobilisme qui allait affliger la politique et
l’administration de ce domaine pendant un demi-siècle. L’indépendance des
députés se manifesta aussi lorsqu’en 1881 on n’adopta que par une faible
majorité, et ce malgré le soutien de Fraser, une proposition relativement
anodine qui garantissait la publication en français des rapports
gouvernementaux sur l’agriculture.
Fraser
acceptait la tradition qui consistait à donner de généreuses subventions
aux promoteurs ferroviaires – tradition qui finit par grever la province
d’une lourde dette et par la doter de lignes de piètre qualité, en général
peu rentables, et tout à fait disproportionnées à la population. À titre
de secrétaire de la province, il avait contribué à l’adoption de la loi
des subsides de 1874, et comme premier ministre il défendit en 1880 le
projet d’extension de la charte du Grand Southern Railway. Le Conseil
législatif rejeta la motion par laquelle l’Assemblée avait approuvé
l’extension, mais le gouvernement versa la subvention quand même, en
soutenant que la loi en vigueur le lui permettait. Le Daily Sun de
Saint-Jean stigmatisa ce « geste tout à fait arbitraire, téméraire et
despotique ». En mars 1882, Fraser présenta avec succès un projet de loi
qui prévoyait le financement d’un tronçon entre Fredericton et Richibucto
ainsi que le paiement de 3 000 $ le mille pour la construction de
plusieurs chemins de fer locaux.
Fraser
démissionna de ses fonctions de premier ministre et de procureur général
le 25 mai 1882 pour se présenter aux élections fédérales dans York sous la
bannière libérale-conservatrice. Défait, il fut nommé juge à la Cour
suprême du Nouveau-Brunswick en décembre. En 1887, selon le puissant
rédacteur en chef libéral du Moncton Transcript, John Thomas Hawke,
l’état dans lequel il se présentait au tribunal « était tel que l’on
entendait de toutes parts des expressions de dégoût ». La même année, il
eut à statuer sur une requête présentée par Henry Robert Emmerson contre
l’élection de Josiah Wood à titre de député de Westmorland à la chambre
des Communes. Il repoussa par trois fois la date de l’audience, croyant
que la session fédérale en cours ne comptait pas dans les six mois
autorisés entre le dépôt d’une requête et son expiration. Quand, dans un
éditorial, Hawke mentionna que l’on devait ajourner des causes parce que
le juge était ivre, on ne pouvait guère douter qu’il parlait de Fraser.
Une fois que l’avocat de Wood, en invoquant la loi, eut affirmé que la
requête était parvenue à expiration, on porta l’affaire en appel devant
les pleines assises de la Cour suprême, où Fraser changea d’avis. Pour
Hawke, cette attitude était par trop burlesque. Le « remarquable saut
périlleux juridique » de Fraser, disait-il, rappelait le « Pantalon de la
pantomime comique » ; en usant d’une référence plus à la mode (l’opéra The
Mikado avait été créé seulement deux ans auparavant), il le comparait
aussi au « juge Pooh-Bah [qui] en qualité d’exécuteur des hautes œuvres
annulait son ancien jugement et rejetait la requête en s’appuyant sur
l’argument qu’il avait auparavant jugé erroné ».
Assigné en
justice pour outrage au tribunal, Hawke fut condamné à une amende et à
deux mois de prison, car les juges avaient conclu que comparer Fraser à
Pooh-Bah, c’était l’accuser d’avoir accepté des pots-de-vin. Les journaux
du parti libéral en firent une affaire nationale et proclamèrent qu’il
s’agissait d’un cas de négation de la liberté de presse. Il y eut, à la
chambre des Communes, un débat si long qu’il totalisait 60 000 mots dans
le hansard. Louis Henry Davies, futur juge en chef du Canada, menait la
bataille pour Hawke ; John Sparrow David Thompson répliquait au nom du
gouvernement ; Nicholas Flood Davin défendait le droit des juges. Les
discussions constituèrent ce qu’un commentateur qualifia par la suite de «
bon exposé des lois sur les outrages criminels et implicites ainsi que sur
les questions connexes ». Le gouvernement du Nouveau-Brunswick refusa de
libérer Hawke.
Fraser fut de
nouveau au centre de l’attention lorsqu’en avril 1893 son ancien
adversaire, le premier ministre Blair, le nomma commissaire spécial chargé
d’étudier la question des écoles de Bathurst. Des protestants prétendaient
que l’on administrait certaines écoles publiques du comté de Gloucester à
l’encontre de la loi de 1871 sur les écoles publiques, et son mandat
consistait à examiner leurs plaintes. Elles portaient en particulier sur
deux écoles jadis conventuelles, soumises à cette loi depuis 1890, qui
employaient des instituteurs catholiques et se trouvaient dans des
édifices loués appartenant aux autorités catholiques. À ce moment, le
climat était tendu dans toute la province, plus peut-être que 20 ans
auparavant. En effet, la langue, et non plus seulement la religion, était
en cause – situation qui reflétait la prise de conscience des Acadiens et
l’augmentation sensible de leur nombre. En 1871, ils formaient moins de 16
% de la population ; en 1901, ils compteraient plus de 24 %.
Ce qui n’avait
été jusque-là qu’une question d’intérêt local était devenu en 1891 le
principal objet de débat sur la scène provinciale. Cette année-là, Peter
John Veniot, qui allait devenir le premier Acadien à exercer la fonction
de premier ministre du Nouveau-Brunswick mais n’était encore que le jeune
rédacteur en chef nationaliste du Courrier des Provinces maritimes de
Bathurst, publia un opuscule dans lequel il pressait les Acadiens de «
soutenir le gouvernement [d’Andrew George Blair] » s’ils voulaient «
conserver [leur] langue, [leur] religion et [leurs] coutumes ». Craignant
que Blair ne soit en train d’encourager la renaissance des écoles
confessionnelles, des fanatiques protestants se rallièrent devant la
menace qu’ils croyaient voir contre leurs institutions et leurs valeurs.
Le premier ministre conserva le pouvoir aux élections d’octobre 1892 mais
fut battu dans sa circonscription d’York par un groupe dont le chef était
un autre jeune rédacteur en chef, Herman Henry Pitts du New Brunswick
Reporter and Fredericton Advertiser, presbytérien évangélique et candidat
indépendant des orangistes d’York et des Fils de la tempérance. Voyant à
quel point Pitts se rendait populaire en réclamant l’application
rigoureuse des principes de non-confessionnalité de la loi de 1871, Blair
jugea que sa propre position et l’harmonie politique de la province
étaient menacées. En homme rusé, il se tourna donc vers Fraser, qui avait
été l’un des artisans de la politique du compromis et était encore un
personnage respecté parmi les protestants modérés.
Dans le rapport
lucide et sobre qu’il déposa en 1894, Fraser signala que certains
administrateurs scolaires avaient commis des écarts de conduite ou mal
fait leur travail, mais il affirma que, contrairement aux accusations, le
clergé ne s’ingérait pas dans les écoles de Bathurst. Certes, disait-il,
c’était contraire aux règlements de donner de l’instruction religieuse
pendant l’heure du dîner ; cependant, cette infraction n’avait pas été
commise de propos délibéré, « vu que les instituteurs qui enseignaient le
catéchisme croyaient honnêtement que l’heure de récréation ne faisait pas
partie de la journée de cours ». Son rapport et un jugement rendu en 1896
par Frederick Eustache Barker de la Cour suprême d’equity confirmèrent
que, légalement, il pouvait y avoir des écoles séparées à l’intérieur du
système non confessionnel du Nouveau-Brunswick.
Fraser fut
nommé lieutenant-gouverneur du Nouveau-Brunswick le 20 décembre 1893,
après la mort de John Boyd. La maladie et la nécessité de terminer la
rédaction de certains dossiers judiciaires sur lesquels il travaillait
l’empêchèrent d’occuper pleinement cette fonction tout de suite. Parmi les
événements marquants de l’année suivante, il faut signaler, en août, une
tournée en compagnie du gouverneur général, le comte d’Aberdeen [Hamilton-Gordon],
et en septembre une visite dans la région de Miramichi, où il fut «
surpris au delà de toute mesure » par la manière dont on l’accueillit dans
sa région natale.
Fraser mourut
le 24 novembre 1896 en Italie, où il voyageait dans l’espoir d’améliorer
sa santé. Comme tous les meilleurs hommes politiques du Nouveau-Brunswick,
il semblait établir une nette distinction entre la moralité de la vie
privée et celle des gestes accomplis dans l’exercice d’une charge
publique. Le Herald de Fredericton, journal libéral et censeur sévère de
son gouvernement, avait relevé cette dichotomie en résumant sa vie
publique lorsqu’il avait quitté le poste de premier ministre en 1882. Tout
en lui attribuant « tout le mérite de son honnêteté personnelle et de sa «
bonté », le journal disait : « [sa carrière a été] désastreuse pour la
province financièrement et moralement, si une telle expression peut
s’appliquer à la politique ». Presque tous ceux qui étaient intervenus
dans l’affaire de Pooh-Bah lui rendirent un chaleureux hommage en disant
qu’il avait été « un homme de haute moralité et un juge plein de droiture
».
Rétrospectivement, il est manifeste que John James Fraser apporta une
contribution essentielle à la vie publique, et ce au cours de l’une des
décennies les plus agitées de l’histoire de la province. Cependant, peu de
ses contemporains ont reconnu cette contribution, et les historiens l’ont
négligée. Grâce à son tempérament accommodant et aux amitiés et alliances
qu’il noua pendant son opposition à la Confédération et sa participation
au gouvernement King, il put commencer à restaurer la bonne entente
qu’avaient brisée les débats sur la Confédération et la politique
agressive de son prédécesseur. En raison de l’esprit conciliant avec
lequel il tentait d’apaiser les tensions que causaient les divisions
culturelles, et à cause de sa sensibilité aux changements démographiques
et régionaux, il mérite, tout autant que King et Blair, de figurer parmi
les artisans de la structure politique néo-brunswickoise d’après la
Confédération.
D. Murray Young
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- Source :
John James Fraser est l’auteur de : Report upon charges relating to
the Bathurst schools and other schools in Gloucester County
([Fredericton], 1894).
APNB, MC 300, MS6 ; MC 1156 ; RG 1, RS357, B ; RG 2, RS6, A ; RG 11,
RS113, A.— Musée du N.-B., Tilley family papers, boxes 6–10.— [F. E.]
Barker, Bathurst school case : the judgment of His Honor, Mr. Justice
Barker, delivered in the Supreme Court in Equity, of New Brunswick,
17th March, 1896 (Saint-Jean, N.-B., [1896]).— N.-B., House of
Assembly, Journal, 1873–1882 ; Synoptic report of the proc., 1874–1884
; Legislative Council, Journal, 1871–1872.— Herald (Fredericton), 15
mai 1882.— Morning Freeman (Saint-Jean), 21 avril 1866.— New-Brunswick
Royal Gazette (Fredericton), 19 nov. 1825.— Saint John Globe, 4 juill.
1878, 16 mai, 12 juin 1888.— Canadian album (Cochrane et Hopkins), 3 :
157.— Cyclopædia of Canadian biog. (Rose et Charlesworth).— Prominent
people of New Brunswick [...], C. H. McLean, compil. (s.l., 1937).— H.
L. Bateman, Home is where one starts from ; a view of the people of
nineteenth century Westmorland County, New Brunswick, as perceived
through the literature of the time (Scoudouc, N.-B., 1984), chap. 2.—
Wilfrid Eggleston et C. T. Kraft, Dominion-provincial subsidies and
grants : a study prepared for the royal commission on dominion
provincial relations (Ottawa, 1939).— Michael Gordon, « The Andrew G.
Blair administration and the abolition of the Legislative Council of
New Brunswick, 1882–1892 » (thèse de m.a., Univ. of N.B., Fredericton,
1964).— Hannay, Hist. of N.B.— K. F. C. MacNaughton, The development
of the theory and practice of education in New Brunswick, 1784–1900 :
a study in historical background, A. G. Bailey, édit. (Fredericton,
1947).— W. S. MacNutt, Days of Lorne : from the private papers of the
Marquis of Lorne, 1878–1883, in the possession of the Duke of Argyll
at Inveraray Castle, Scotland (Fredericton, [1955]).— D. L. Poynter, «
The economics and politics of New Brunswick, 1878–1883 » (thèse de
m.a., Univ. of N.B., 1961).— D. M. M. Stanley, Au service de deux
peuples : Pierre Amand Landry (Moncton, N.-B., 1977).— R. G. Thorne, «
Aspects of the political career of J. V. Ellis, 1867–1891 » (thèse de
m.a., Univ. of N.B., 1981).— Hugh Whalen, « The development of local
government in New Brunswick », New Brunswick royal commission on
finance and municipal taxation, Report (Fredericton, 1963), 40–68.—
Michael Hatfield, « H. H. Pitts and race and religion in New Brunswick
politics », Acadiensis (Fredericton), 4 (1974–1975), no 2 : 46–65.
© 2000 Université Laval/University of Toronto
-
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