LANDRY, sir
PIERRE-AMAND, avocat, homme politique et juge, né le 1er mai 1846 à
Memramcook, Nouveau-Brunswick, quatrième des neuf enfants d’Amand Landry
et de Pélagie Caissie (Casey) ; le 17 septembre 1872, il épousa à
Saint-Jean Bridget Annie McCarthy, et ils eurent 11 enfants, dont quatre
moururent en bas âge ; décédé le 28 juillet 1916 à Dorchester,
Nouveau-Brunswick.

Né dans une des
plus anciennes communautés acadiennes du Nouveau-Brunswick, Pierre-Amand
Landry était issu d’une famille dont la présence dans les Maritimes
remontait aux origines de l’Acadie. Son père, considéré comme l’un des
chefs de Memramcook, avait été instituteur avant d’acheter une ferme.
L’année de la naissance de Pierre-Amand, il fut élu à la Chambre
d’assemblée pour représenter la circonscription majoritairement anglophone
de Westmorland, devenant ainsi le premier député d’origine acadienne du
Nouveau-Brunswick.
Pierre-Amand
fit ses études primaires à l’école paroissiale de Memramcook-Ouest. Très
tôt, son père, qui entrevoyait pour lui une carrière en politique, se
chargea de sa formation. Vers l’âge de 13 ans, il le fit inscrire à la
Fredericton Collegiate School. Son séjour de deux ou trois ans à
Fredericton lui permit de se familiariser avec la culture anglaise. Il
s’initia à un âge relativement précoce à la politique en se rendant
écouter les débats lorsque son père siégeait à l’Assemblée. Détenteur d’un
brevet d’enseignement de troisième classe, il enseigna quelques années
dans le sud-est de la province afin de gagner suffisamment d’argent pour
poursuivre ses études. Landry fut parmi les premiers étudiants inscrits au
collège Saint-Joseph à Memramcook dès son ouverture le 10 octobre 1864 [V.
Camille Lefebvre]. Il s’y perfectionna en art oratoire dans le cadre des
activités de l’académie Saint-Jean-Baptiste, une société littéraire. En
1867, il commença un stage de clerc à Dorchester dans le cabinet d’avocat
d’Albert James Smith, ancien premier ministre de la province. Reçu
attorney en octobre 1870 et admis au barreau un an plus tard, Landry fut
le premier Acadien à devenir avocat. Il installa son bureau et élut
domicile à Dorchester, chef-lieu du comté de Westmorland. En 1872, il
épousa Bridget Annie McCarthy, fille de Timothy McCarthy, homme d’affaires
d’origine irlandaise de Fredericton et ami de son père.
L’année 1870
marqua, pour Landry, le début d’une carrière politique bien remplie, qui
serait jalonnée de premières pour un Acadien. Doté de qualités de meneur
et d’une grande ambition, il se croyait destiné à devenir un leader des
Acadiens. Peu avant les élections provinciales de 1870, son père se retira
de la politique et, âgé d’à peine 24 ans, Pierre-Amand décida de prendre
sa relève. Choisi comme candidat acadien dans la circonscription de
Westmorland, il fut élu le 5 juillet 1870.
La carrière
politique du jeune Landry débutait au moment où la controverse sur la
réforme scolaire déclenchait des conflits ethniques et religieux sans
précédent, et poussait les Acadiens du Nouveau-Brunswick à défendre
publiquement leurs intérêts. Durant la campagne électorale, Landry avait
dénoncé le projet du gouvernement de George Edwin King d’établir un
réseau d’écoles publiques, car il prônait plutôt un système d’écoles
séparées financées par le gouvernement. Constatant son influence auprès
des électeurs catholiques, le parti au pouvoir tenta d’obtenir son appui
tacite au projet en lui promettant le portefeuille de commissaire des
Travaux publics, mais il refusa de se laisser soudoyer.
En avril 1871,
l’Assemblée du Nouveau-Brunswick entama l’étude du projet de loi qui
visait à créer un réseau d’écoles publiques financées par l’État à même
les fonds provenant d’une nouvelle taxe scolaire qui s’appliquerait à
tous. Un mois plus tard, on ajouta au texte un article qui prévoyait que
les écoles régies par la loi seraient non confessionnelles. Malgré
l’opposition du clergé, des députés et de la presse catholiques, le Common
Schools Act fut adopté par une forte majorité protestante. Les
catholiques, dont la plupart étaient Acadiens, refusèrent de payer la taxe
scolaire, même sous la contrainte, et demandèrent l’aide du gouvernement
fédéral, qui décida de ne pas intervenir [V. John Costigan]. La réforme
scolaire devint l’enjeu de la campagne électorale de 1874. Le gouvernement
sollicita l’appui de la majorité anglo-protestante afin d’empêcher les
catholiques d’obtenir le pouvoir nécessaire pour changer la loi et il
remporta une victoire écrasante. Landry figurait parmi ceux qui perdirent
leur siège.

Malgré sa
défaite électorale, Landry ne tarda pas à reprendre sa place à
l’avant-garde de la lutte pour les droits des Acadiens car, 15 mois plus
tard, il faisait la une des journaux de la province, cette fois en sa
qualité d’avocat. À Caraquet, en 1875, une manifestation d’Acadiens contre
la taxe scolaire avait dégénéré en échauffourée, entraînant la mort d’un
jeune manifestant acadien et d’un « volontaire » anglophone [V. Robert
Young]. Neuf Acadiens furent accusés du meurtre de la victime anglophone,
ce qui donna lieu à un procès sensationnel à Bathurst. À cette occasion,
Landry agit à titre d’assistant de l’avocat de la défense, Samuel Robert
Thomson. Landry et son collègue réussirent à faire libérer les accusés.
La réputation de Landry comme avocat de talent et défenseur des Acadiens
en bénéficia grandement. De son côté, le gouvernement provincial en arriva
à un compromis avec la minorité catholique en permettant, entre autres,
l’enseignement de la religion en dehors des heures de classe [V. John
Sweeny].
Toujours
soucieux de l’intérêt de ses clients, Landry s’était constitué au fil des
ans une pratique importante, tant auprès des Acadiens que des anglophones
du comté de Westmorland. En 1878, quand la controverse au sujet des écoles
et le sentiment anticatholique se furent atténués, Landry put se présenter
comme candidat indépendant aux élections provinciales. L’affiliation à un
parti s’avérait plus que jamais une nécessité politique, et Landry se
rangea finalement du côté des conservateurs. Il écarta soigneusement la
question de la loi scolaire et fit la promotion d’une politique de
modération et de tolérance, la seule possible pour la minorité acadienne.
Le 22 juin 1878, le scrutin lui fut favorable ainsi qu’à ses cocandidats
anglophones Daniel Lionel Hanington, Joseph Laurence Black et Amasa
Emerson Killam, qui s’étaient associés à Landry dans l’espoir de
recueillir le vote de l’électorat acadien.
Afin de
récupérer l’appui de l’élément catholique, qui avait voté massivement pour
des candidats indépendants, et de reconnaître effectivement l’importance
accrue des circonscriptions de Westmorland et du nord-est de la province,
le premier ministre John James Fraser accorda pour la première fois une
représentation aux catholiques acadiens et irlandais dans le cabinet. Le
13 juillet 1878, Landry se vit confier le portefeuille de commissaire des
Travaux publics, devenant ainsi le premier Acadien à occuper un poste de
ministre au Nouveau-Brunswick. Michael Adams, député d’origine irlandaise
de Northumberland, fut nommé arpenteur général. Ces postes étaient
convoités, car ils conféraient de vastes pouvoirs discrétionnaires.
Hanington, de son côté, devint ministre sans portefeuille.
Dès son entrée
en fonction, Landry dispensa des faveurs avec autant d’efficacité que son
prédécesseur, William Moore Kelly, dont la circonscription de
Northumberland avait reçu d’importantes sommes pour la construction et la
réfection de ponts l’année précédente, tandis que Westmorland en avait
obtenu beaucoup moins. Landry crut bon de corriger ce préjudice dès 1879
en doublant presque les dépenses destinées aux ponts dans Westmorland,
tout en réduisant considérablement celles de Northumberland. Toutefois,
entre 1878 et 1882, devant la réaction anglophone engendrée par le «
French Power », il n’y eut aucune augmentation marquée du nombre de
superviseurs acadiens des travaux routiers ni des subventions spéciales
accordées aux régions acadiennes. Cependant, sollicité de toutes parts par
des compatriotes, Landry reconnaissait que le droit des Acadiens à un
traitement juste dans l’attribution des charges publiques constituait une
question de principe plutôt que de l’opportunisme politique. Déterminé à
développer l’éducation dans les régions françaises de la province, il
activa la création, en 1878, d’une section préparatoire francophone à
l’école normale de Fredericton et la nomination, un an plus tard, du
premier inspecteur d’écoles acadien [V. Valentin Landry]. Landry travailla
aussi à la promotion de compatriotes, notamment Ambroise-D. Richard, qui
fut nommé au Conseil législatif en 1882. Dans l’exercice de ses fonctions
aux Travaux publics, Landry présida à la construction du nouvel édifice de
l’Assemblée législative, qui ouvrit ses portes le 16 février 1882.
Depuis quelques
années, les Acadiens connaissaient une poussée démographique remarquable
avec laquelle coïncidait un effort de l’élite pour doter cette population
d’une organisation sociale et politique indépendante, d’une conscience de
groupe fondée sur un sentiment d’appartenance à un même peuple, à une même
nation. En juin 1880, Landry prit la tête d’une délégation de quelque 100
notables acadiens des Maritimes qui se rendirent à la Convention nationale
des Canadiens français à Québec. Vers l’âge de 35 ans, il était devenu le
chef incontesté des Acadiens. Il fut président des trois premiers congrès
nationaux des Acadiens, tenus à Memramcook en 1881, à Miscouche, dans l’Île-du-Prince-Édouard,
en 1884, et à Church Point, en Nouvelle-Écosse, en 1890, où l’on traita
notamment de questions religieuses, culturelles, politiques et
économiques. Landry s’y montra un orateur puissant, dont les discours,
empreints de vérités simples et claires, proposaient un programme d’action
pour les Acadiens. À l’ouverture du premier congrès, il exposa la
situation des Acadiens et les objectifs de l’assemblée : « Nous
reconnaissons l’infériorité de notre position actuelle, nous voulons en
étudier les raisons ; nous nous reconnaissons une louable ambition de
sortir de l’oubli, nous voulons mettre à profit pour atteindre ce but les
expédients que peuvent suggérer la prudence et la sagesse. »
La carrière
politique de Landry atteignit de nouveaux sommets lorsque le premier
ministre Fraser démissionna le 25 mai 1882. Le même jour, le gouvernement
fut remanié sous la direction de Daniel Lionel Hanington, comme premier
ministre, et de Landry, qui devint secrétaire provincial, responsable de
l’éducation et des finances, ce qui faisait de lui l’un des hommes
politiques les plus puissants du Nouveau-Brunswick. Il aurait pu être
premier ministre, mais il favorisa plutôt le choix de Hanington, estimant
que l’heure n’était pas encore venue pour qu’un premier ministre acadien
remporte une élection au Nouveau-Brunswick. Aussitôt composé, le
gouvernement Hanington-Landry déclencha des élections. Dans sa
circonscription de Westmorland, Landry remporta une victoire éclatante, et
sa formation réussit, avec une majorité réduite, à demeurer au pouvoir.
Les anglophones de la province s’aperçurent bientôt que Hanington servait
de couverture et que Landry, l’Acadien, dirigeait effectivement le
gouvernement. La défaite de sir Albert James Smith aux élections fédérales
qui se tinrent au même moment, défaite à laquelle Landry avait contribué,
réveilla le sentiment antifrancophone. Après l’annulation de l’élection
dans Westmorland, à cause d’irrégularités commises par les agents des
partis en cause, Landry et ses cocandidats remportèrent une autre victoire
à l’élection partielle du 9 janvier 1883. Mais, à Fredericton, le
gouvernement ne tarda pas à faire face à l’opposition active des libéraux
d’Andrew George Blair, qui réussit à convaincre quelques députés
conservateurs de faire secrètement défection. Le 2 mars, le gouvernement
Hanington-Landry fut forcé de démissionner à la suite d’une motion de
censure. Le nouveau ministère ne comprenait aucun francophone.
Dès avant la
défaite de son gouvernement, Landry lorgnait vers Ottawa. En mars 1883,
entrevoyant que sa carrière pouvait être bloquée par un séjour dans
l’opposition, il sollicita la démission du député fédéral de Kent,
Gilbert-Anselme Girouard, afin de pouvoir briguer lui-même les suffrages
dans cette circonscription. Girouard se dit prêt à se retirer s’il
obtenait un poste de receveur des douanes à Richibouctou. En attendant que
cette nomination soit confirmée, Landry prononça le 15 août, à l’occasion
de la célébration de la fête nationale acadienne à Bouctouche, l’un de ses
meilleurs discours patriotiques, dans lequel il dénonçait la servilité des
Acadiens devant les anglophones : « Nous nous sommes tellement habitués à
cette idée d’infériorité, nous nous sommes tellement enracinés dans ces
sentiments de trop grande modestie, qu’aujourd’hui encore nous considérons
comme nécessaire d’entourer les Anglais d’une déférence que nous poumons
tout aussi bien accorder à nos propres nationaux. » Assuré de sa
nomination à Richibouctou, Girouard démissionna et Landry s’empressa de se
porter candidat à l’élection partielle du 22 septembre 1883. Appuyé par
une majorité d’électeurs acadiens, Landry remporta la victoire contre
George Valentine McInerney. Il fut réélu en 1887.
À Ottawa,
Landry apporta le soutien des Acadiens aux conservateurs du premier
ministre sir John Alexander Macdonald, tout en défendant les intérêts des
Acadiens et du Nouveau-Brunswick. Bien qu’il fût éclipsé au début par des
collègues du Nouveau-Brunswick plus expérimentés, tels que sir Samuel
Leonard Tilley et John Costigan, Macdonald le nomma membre de plusieurs
comités de la Chambre. Au cours de l’affaire Riel en 1885–1886, Landry,
tout en admettant que le peuple acadien était troublé par l’exécution de
Louis Riel, désapprouva totalement la rébellion comme moyen de
redressement des griefs. Esquissant un parallèle avec les Acadiens du
Nouveau-Brunswick, il soutenait que ces derniers n’auraient jamais fait de
progrès sur le plan politique s’ils avaient eu recours à la violence.
Tout autant par
conviction que par réalisme politique, Landry chercha à promouvoir « un
esprit véritablement canadien » qui ignorait les différences de langue et
de religion. Il était toutefois assez astucieux pour savoir que la
politique ne fonctionnait pas sur ce plan-là. À plusieurs occasions, il
écrivit à Macdonald, à Tilley et à sir Hector-Louis Langevin pour se
plaindre de la sous-représentation des Acadiens à Ottawa. Par exemple, en
dépit du fait que les Maritimes avaient droit à 24 sénateurs, le Sénat ne
comprenait aucun Acadien. Quand, en 1884, le sénateur William Muirhead
mourut, l’élite acadienne, devenue plus combative à la suite de ses deux
premiers congrès, était déterminée à ne pas manquer cette occasion. Landry
menaça subtilement Macdonald d’une désaffection des Acadiens, et l’élite
acadienne organisa des assemblées publiques au cours desquelles on adopta
des motions qui furent communiquées à Macdonald et à Langevin. Lorsqu’il
fut confirmé qu’un Acadien deviendrait sénateur, Tilley proposa le poste à
Landry, qui appuya plutôt la candidature de Pascal Poirier, car il
préférait continuer de solliciter pour lui-même un poste de juge à la Cour
suprême du Nouveau-Brunswick. Le 9 mars 1885, Poirier devint le premier
sénateur acadien.
L’accession de
Landry à la magistrature du Nouveau-Brunswick fut le fruit de longues
démarches entreprises dès 1880 auprès de ses contacts au gouvernement
fédéral. Finalement, le 15 avril 1890, à la suite de la mort du juge Bliss
Botsford, Macdonald lui offrit la place de juge de la cour des comtés de
Westmorland et de Kent. Voyant là sa chance d’accéder un jour à la Cour
suprême du Nouveau-Brunswick, Landry accepta, d’autant plus que sa santé
chancelante et l’état dépressif de sa femme exigeaient son retour au
Nouveau-Brunswick. Premier Acadien à devenir juge, Landry se fit remarquer
par son souci du détail, son esprit de synthèse et sa préoccupation de
traiter équitablement les deux communautés linguistiques. Le 21 septembre
1893, il accéda à la Cour suprême du Nouveau-Brunswick. En 1908, le
premier ministre conservateur, John Douglas Hazen, nomma Landry à la
présidence d’une commission d’enquête sur les transactions financières
entre les gouvernements libéraux de Lemuel John Tweedie et de William
Pugsley et la Central Railway Company. Le rapport de la commission, qui
condamnait les gouvernements impliqués et la compagnie pour avoir agi au
détriment de l’intérêt public et avoir détourné des fonds publics,
déclencha une polémique. Malgré les attaques violentes de journaux
libéraux, l’intégrité de Landry au cours de cette affaire contribua à
rehausser sa réputation. Il devint juge en chef de la division du Banc du
roi quand la Cour suprême du Nouveau-Brunswick fut réorganisée en 1913.
Landry n’hésita
pas à user de son prestige et de sa position sociale pour faire valoir des
causes qui lui tenaient à cœur. Comme tous les leaders acadiens, il
reconnaissait le rôle de premier plan que pouvait jouer l’Église dans le
développement du peuple acadien, notamment en ce qui touchait l’éducation
et la défense de la langue française. Malheureusement, les évêques
d’origine irlandaise favorisaient plutôt la formation d’un clergé de
langue anglaise qui, dans les paroisses acadiennes, imposait l’usage de
l’anglais. À partir de 1893, Pascal Poirier et Landry, respectivement
président et secrétaire de la Société nationale de l’Assomption, menèrent
une vigoureuse campagne pour qu’un prêtre acadien soit nommé coadjuteur
dans au moins un des deux évêchés de Chatham et de Saint-Jean. En 1899,
malgré leurs multiples démarches, deux prêtres d’origine irlandaise furent
choisis. Profondément déçu, Landry aurait répliqué à un journaliste qui
lui demandait s’il était allé au sacre des deux évêques qu’il ne voulait
pas assister aux « funérailles du peuple acadien ». À partir du congrès d’Arichat
en 1900, les membres les plus influents de l’élite acadienne livrèrent une
lutte acharnée contre la domination irlandaise au sein du clergé
catholique. En 1907 et en 1910, le curé de Rogersville, l’abbé
Marcel-François Richard, se rendit à Rome pour présenter une pétition
réclamant la création d’un troisième diocèse, dont le siège serait à
Moncton et le titulaire un Acadien. Ce n’est toutefois qu’en 1912 que les
Acadiens obtinrent un premier évêque en la personne d’Édouard-Alfred Le
Blanc, nommé au diocèse de Saint-Jean.
La brillante
carrière de Landry lui valut de nombreux honneurs. Nommé conseiller de la
reine le 11 novembre 1881, il reçut aussi des doctorats honorifiques de
l’université du Nouveau-Brunswick en 1900 et de l’université Laval en
1902. En 1914, Landry fut l’un des principaux orateurs aux célébrations du
cinquantième anniversaire de son alma mater, l’université Saint-Joseph. En
1916, quand le New Freeman de Saint-Jean amorça une campagne pour la
nomination d’un lieutenant-gouverneur catholique, Landry fut immédiatement
pressenti. Mais sa santé déclinait, et il n’était probablement pas en
mesure d’accepter le poste. Peut-être en guise de compensation, Landry fut
le premier et le seul Acadien à recevoir le titre de chevalier, en juin
1916. Il ne devait toutefois pas en jouir longtemps. Progressivement
affaibli depuis 1890 et atteint d’un cancer depuis 1915, il mourut le 28
juillet 1916 dans sa maison de Dorchester, entouré de sa femme et de trois
de ses enfants, à l’âge de 70 ans. Mari attentif et père consciencieux, il
avait mérité le respect et l’affection de ses enfants en accordant
beaucoup d’importance à leur instruction religieuse, à leur éducation et à
la vie familiale. Sa mort plongea la communauté acadienne dans le deuil et
de nombreux éloges lui furent rendus dans tout le Nouveau-Brunswick et le
Canada. Landry fut inhumé au cimetière de la paroisse Saint-Thomas, à
Memramcook. En septembre 1955, la Commission des lieux et monuments
historiques du Canada apposa une plaque à sa mémoire à l’université
Saint-Joseph.
La carrière de
sir Pierre-Amand Landry fut spectaculaire, compte tenu qu’à l’époque les
francophones catholiques du Nouveau-Brunswick faisaient souvent figure de
citoyens de second rang. Landry contribua à démontrer qu’un Acadien
pouvait réussir d’une extraordinaire façon dans une société dominée par
une majorité anglo-protestante. Cependant, Landry ne fut pas différent des
autres hommes politiques ambitieux qui sollicitaient de façon incessante
des postes et des honneurs auprès de Macdonald. Pour un leader
nationaliste, il semble avoir accordé une attention démesurée à la
majorité anglophone. Il écrivait à d’autres hommes politiques en anglais,
même s’il s’agissait de francophones comme Langevin. Il s’adressait
souvent en anglais à des auditoires acadiens. Il possédait un fort esprit
de parti et, malgré l’opinion de ses électeurs, appuya les gouvernements
conservateurs successifs sur l’affaire Riel et la question impériale.
Contrairement à plusieurs de ses compatriotes acadiens, Landry se prononça
en faveur de la participation du Canada à la Première Guerre mondiale et
encouragea les jeunes Acadiens à s’enrôler pour le service outre-mer.
Landry ne sut pas transmettre son nationalisme à ses enfants, qui
adoptèrent plutôt la culture de leur mère. Heureux de proclamer le
bilinguisme des Acadiens, qui pouvaient ainsi « aspirer aux mêmes
responsabilités » que leurs voisins anglophones, il ne semblait pas voir,
dans ce bilinguisme à sens unique, une confirmation possible de leur
aliénation. Tout compte fait, malgré son penchant pour la bonne entente,
Landry fut un des rares orateurs de sa génération à dénoncer la servilité
des siens devant les anglophones et à demander avec insistance aux
Acadiens de prendre leur avenir en mains. Trois semaines avant sa mort, il
résumait ainsi sa carrière : « 46 ans de lutte active pour sauvegarder nos
intérêts, rendre meilleure notre condition et nous amener au niveau des
autres races ».
Jean-Roch Cyr
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- Source :
Pierre-Amand Landry a entretenu une correspondance soutenue avec
plusieurs de ses compatriotes, notamment Mgr Marcel-François Richard,
Pascal Poirier, Placide Gaudet et Gilbert-Anselme Girouard, ainsi
qu’avec divers hommes politiques sur les scènes provinciale et
fédérale. Il a aussi prononcé de nombreux discours politiques,
patriotiques et de circonstance, dont plus d’une trentaine, ainsi
qu’un certain nombre de lettres adressées aux Acadiens, ont été
reproduits dans le Moniteur acadien, de 1867 à 1914. On trouve des
photographies de Landry dans la section des photographies des APNB
sous les cotes P5/358, 369, 838 et P37/138–140.
APNB, MC 1552 ; RS115, 13/8-91.— Arch. paroissiales, Saint-Thomas (Memramcook,
N.-B.), RBMS (mfm conservé au Centre d’études acadiennes, univ. de
Moncton, N.-B.).— Centre d’études acadiennes, Fonds P.-A. Landry.— Le
Moniteur acadien, 1867–1926.— L’Album souvenir des noces d’argent de
la Société Saint-Jean-Baptiste du collège Saint-Joseph, Memramcook,
N.-B. [...]. ([Memramcook ?, 1894 ?]).— Canadian directory of parl.
(Johnson).— Conventions nationales des Acadiens, Recueil des travaux
et délibérations des six premières conventions, F.-J. Robidoux,
compil. (Shédiac, N.-B., 1907).— Raymond Mailhot, « Prise de
conscience collective acadienne au Nouveau-Brunswick (1860–1891) et
comportement de la majorité anglophone » (thèse de doctorat, univ. de
Montréal, 1973) ; « Sir Pierre-A. Landry, premier politicien acadien
d’envergure au Nouveau-Brunswick », Soc. hist. acadienne, Cahiers
(Moncton), 4 (1971–1973) : 217–235.— M. S. Spigelman, « The Acadian
renaissance and the development of Acadien-Canadien relations,
1864–1912 : « des frères trop longtemps séparés » (thèse de ph.d.,
Dalhousie Univ., Halifax, 1975) ; « Race et Religion : les Acadiens et
la hiérarchie catholique irlandaise au Nouveau-Brunswick », Rev.
d’hist. de l’Amérique française (Montréal), 29 (1975–1976) : 69–85.—
D. M. M. Stanley, « A man for two peoples : Pierre-Amand Landry,
1846–1916 » (mémoire de m.a., Univ. of N.B., Fredericton, 1974) ; Au
service de deux peuples : Pierre-Amand Landry (Moncton, N.-B., 1977 ;
réimpr., Fredericton, 1987) ; « Pierre-Amand Landry, the judge », Soc.
hist. acadienne, Cahiers, 6 (1975) : 82–100.— G. F. G. Stanley, « The
Caraquet riots of 1875 », Acadiensis (Fredericton), 2 (1972–1973), no
1 : 21–38.— Léon Thériault, « l’Acadie, 1763–1978 : synthèse
historique » et « l’Acadianisation de l’Église catholique en Acadie,
1763–1953 », dans les Acadiens des Maritimes : études thématiques,
Jean Daigle, édit. (Moncton, 1982), 47–86 et 271–339 ; « les Origines
de l’archevêché de Moncton : 1835–1936 », Soc. hist. acadienne,
Cahiers, 17 (1986) : 111–132.— [J.] R. [H.] Wilbur, The rise of French
New Brunswick (Halifax, 1989).
© 2000 Université Laval/University of Toronto
-
- Source première
photo : L'Illustration du journal Le Moniteur Acadien,
Supplément illustré publié à l'occasion du 25e anniversaire de sa
fondation, 1er juillet 1892, page 25
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