CORMIER,
FRANÇOIS-XAVIER, prêtre catholique et homme d’affaires, né le 27 février
1846 à l’Anse-des-Cormier (Cormier Cove, Nouveau-Brunswick), neuvième des
11 enfants de Bénoni Cormier et de Marguerite Cormier ; décédé le 4 août
1906 à Haute-Aboujagane, Nouveau-Brunswick.
Issu d’une
famille de paysans pauvres de la paroisse de Memramcook, au
Nouveau-Brunswick, François-Xavier Cormier ne fréquenta pas l’école du
village. Cependant, lorsque le séminaire Saint-Thomas ouvrit ses portes en
novembre 1854, il figurait parmi les premiers élèves et devint le protégé
du fondateur, le curé François-Xavier-Stanislas Lafrance. En 1859, quand
celui-ci pressentit la fermeture prochaine du séminaire à cause de
problèmes financiers, il envoya Cormier et deux autres parmi les meilleurs
élèves étudier à ses frais au collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, dans
le Bas-Canada. En 1864, Cormier était de retour à Memramcook et inscrit en
belles-lettres au nouveau collège Saint-Joseph qu’avait fondé l’abbé
Camille Lefebvre, successeur de Lafrance à la cure de Memramcook. Trois
ans plus tard, on envoya Cormier, qui avait opté pour la prêtrise plutôt
que pour l’enseignement, au séminaire de Saint-Sulpice à Montréal, sur les
conseils de Lafrance, alors curé de Barachois. Le 28 août 1870, à
Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, Cormier fut ordonné par Mgr John Sweeny
; il était le premier prêtre catholique natif de la paroisse de Memramcook.
D’abord vicaire
et desservant de missions à Saint-Jean de 1870 à 1872, et à Fredericton de
1872 à 1876, Cormier fut ensuite, pendant 18 mois, curé de Saint-Anselme
et desservant de la mission de Moncton. En février 1878, on le nomma curé
de Richibouctou-Village puis, en octobre 1885, curé de Cocagne. Pour des
raisons de santé, il se retira au collège Saint-Joseph en 1894. L’année
suivante, même si sa santé était encore chancelante, Cormier fut affecté à
la cure de la nouvelle paroisse de Haute-Aboujagane. Atteint d’une grave
maladie incurable, il fut hospitalisé à Montréal en 1906, mais il choisit
de passer les derniers mois de sa vie parmi ses paroissiens.
Cormier fut le
contemporain, l’ami et le correspondant de personnages comme
Philéas-Frédéric Bourgeois, Placide Gaudet, Pierre-Amand Landry, Pascal
Poirier et Marcel-François Richard, tous membres d’une élite acadienne
instruite, formés pour la plupart au collège Saint-Joseph, et promoteurs
du mouvement croissant de nationalisme acadien. Il avait été délégué au
Congrès des Canadiens français organisé par la Société Saint-Jean-Baptiste
à Québec en juin 1880, et il avait pris part aux travaux du comité réservé
aux Acadiens. Les leaders acadiens présents adoptèrent la proposition de
Cormier de convoquer un congrès à Memramcook au mois de juillet 1881 afin
de veiller aux intérêts des Acadiens des provinces Maritimes. Ils se
rallièrent aussi à la proposition de Joseph Michaud (1841–1903), appuyée
par Cormier, de confier à Landry, à Joseph-Octave Arsenault, à Gilbert-Anselme Girouard et à d’autres la responsabilité de former un
comité exécutif chargé d’organiser cette réunion. Au congrès de Memramcook,
on discuta de différents sujets dont l’agriculture, l’éducation, la
colonisation, l’émigration et la presse. Cormier fit partie du comité
chargé de choisir et d’adopter une fête nationale pour les Acadiens. Au
cours des délibérations et du vote, il opta, avec la majorité, pour le
jour de l’Assomption, le 15 août, plutôt que pour la Saint-Jean-Baptiste,
fête nationale des Canadiens français.
L’abbé Cormier
avait la réputation d’être un administrateur de talent, sans doute un peu
parcimonieux, mais doté d’un sens de l’humour remarquable. Comme plusieurs
prêtres catholiques de son époque, il portait un vif intérêt aux choses
agricoles, et on dit qu’il vendait à Moncton les produits de son grand
potager de Saint-Anselme. Homme d’affaires, il mit sur pied un magasin à
Richibouctou-Village à l’époque où il était curé de l’endroit, pour faire
concurrence aux marchands anglais de Kingston (Rexton) et de Richibouctou.
Mais il se fit surtout connaître comme un bâtisseur d’églises, un
défenseur convaincu de la cause de l’éducation chez les Acadiens et un
grand bienfaiteur du collège Saint-Joseph auquel il aurait donné, au cours
de sa vie, l’équivalent de 14 000 $ en argent et en terres, à même les
profits de ses entreprises personnelles et ses économies. Il contribua,
par exemple, à l’agrandissement du collège en 1884 en fournissant un
montant de 3 000 $ destiné à la construction d’une nouvelle aile, et il en
supervisa lui-même les travaux. À sa mort, le collège devint légataire de
son avoir.
L’abbé
François-Xavier Cormier n’a jamais cherché la célébrité ni les honneurs.
Au moment de son jubilé sacerdotal en 1895, il refusa formellement de se
prêter à la fête que ses confrères et amis avaient préparée à son
intention. Personnage plutôt effacé malgré ses talents d’orateur et de
conteur, Cormier préférait exprimer ses idées et ses opinions par des
actions concrètes. Son ami Philéas-Frédéric Bourgeois rappellerait,
quelques années après sa mort, que « ses vues sur l’éducation et le
maintien des collèges étaient éminemment pratiques. Il ne voyait d’avenir
dans ces institutions qu’en autant qu’elles seraient soutenues par le
clergé et par le peuple. »
Jean-Roch Cyr
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- Source :
Centre d’études acadiennes, univ. de Moncton, N.-B., Fonds Placide
Gaudet, 1.64-23 ; Fonds Pascal Poirier, 6.1-1, 6.1-7.— Courrier des
Provinces maritimes (Bathurst, N.-B.), 14 juin 1894 : 2 ; 15 août 1895
: 3.— D.-F. Léger, « la Vie et les Œuvres du vieux père F.-X. Cormier
(2e partie) », l’Évangéline, 18, 25 juin, 2 juill. 1936.— Le Moniteur
acadien, 24 juill. 1868 : 1 ; 2 sept. 1870 : 3 ; 2 juill. 1874 : 2 ;
30 août 1895 : 2 ; 9 août 1906 : 2.— L’Album souvenir des noces
d’argent de la Société Saint-Jean-Baptiste du collège Saint-Joseph,
Memramcook, N.-B. [...], ([Memramcock ?, 1894 ?]), 22.— P.-F.
Bourgeois, Vie de l’abbé François-Xavier Lafrance, suivie d’une courte
notice biographique de l’abbé François-Xavier Cormier [...] (Montréal,
1913).— Maurice Chamard et al., le Père Camille Lefebvre, c.s.c.
(Montréal, 1988), 168.— Conventions nationales des Acadiens, Recueil
des travaux et délibérations des six premières conventions, F.-J.
Robidoux, compil. (Shédiac, 1907).
© 2000 Université Laval/University of Toronto
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