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L'Île Sainte-Croix (1604-1605)
Quelque nombreux qu'aient été les pêcheurs basques, normands et bretons qui à la
suite des premières explorations d'outre-mer se rendirent sur les riches bancs
de Terre-Neuve et de la Nouvelle-Écosse, la France, aux prises avec la Réforme
protestante et déchirée par les guerres de religion, ne prit pas avantage du
voyage de Verrazano. Jacques Cartier fera de 1534 à 1541 trois voyages dans le fleuve
Saint-Laurent pour y chercher de "l'or et un passage de Cathay", mais ces
expéditions n'avaient aucune relation avec le voyage de Verrazano et n'eurent pas plus de suites. D'autres explorateurs
effleurèrent les côtes du Nouveau-Monde, mais sans y prendre racine. Pour que la
France établisse un pied à terre en Amérique du Nord, il faut attendre au début
du 17ième siècle quand on y trouve, entre autres, Pierre Du Gua sieur De Monts et Samuel de Champlain, dont le but est d'y implanter des
colons.
En
1603, ce dernier, pour le plaisir de la chose, tout en agissant comme géographe,
accompagna jusqu'au fleuve Saint-Laurent François Gravé Du Pont, qui voulait y établir le monopole de la
traite. Au retour, des membres de l'équipage se rendirent dans la baie de Fundy,
où ils crurent trouver un sol riche en minerai, ce qui excita la curiosité de Champlain. Il en fit part à De Monts, qui, étant déjà venu au Canada, obtint de la cour, en
vue de la colonisation, le titre de lieutenant général des côtes, terres et
confins de l'Acadie et de la Nouvelle-France (terme qui englobait tout ce qui
devait être connu plus tard comme le Canada français). Il recevait en même temps
le privilège exclusif du commerce en Acadie pour une période de dix
ans.
Avec
l'aide de riches marchands, il équipa une expédition d'artisans, architectes,
charpentiers, maçons et tailleurs de pierre, soldats et vagabonds, et fit voile
en mars 1604 en direction des côtes d'Acadie. Il était accompagné de Champlain, de Jean de Poutrincourt, Jean Ralluau, Pierre Angibault, deux prêtres catholiques (dont père Nicolas Aubry) et d'un ministre protestant. François Gravé Du Pont commandait un autre navire.
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Le 8 mai, il débarquait sur la côte de l'Est de la
Nouvelle-Écosse) à un endroit qu'il appela La Hève, du fait que Le Havre avait
été son point de départ en France. Quelques jours plus tard, il trouva le nommé
Jean Rossignol qui se livrait à la contrebande; il saisit son vaisseau et appela
le lieu Port-Rossignol. Le lendemain, dans une autre baie, un des moutons tomba
à la mer et s'y noya, ce qui valut à cette baie le nom de Port-au-Mouton. Il
devait s'installer ici avec son monde pour quelque temps en attendant Gravé Du Pont qui, comme il avait été entendu d'avance, viendrait
le rejoindre un peu plus tard. (Afin de ne pas perdre son temps, Champlain partit en chaloupe vers le sud en voyage d'exploration,
amenant avec lui onze hommes. C'est alors qu'il donna aux endroits qu'il visita
les noms suivants, qui nous sont encore bien connus: Cap Nègre, Baie Courante,
îles aux Loups Marins, Cap Fourchu, Baie Sainte-Marie.
Après une absence de quatre
semaines, Champlain revint à Port-au-Mouton, où De Monts, que Gravé Du Pont avait rejoint, l'attendait afin de continuer sa route plus avant vers le
sud. On se mit donc en marche vers le Cap Sable, d'où on atteignit la baie de
Fundy, que De Monts appela la baie Française. (on s'arrêta à un beau port,
auquel on donna le nom de Port-Royal, qui devait être dans la suite pendant
presque un siècle et demi la capitale de l'Acadie, aujourd'hui Annapolis Royal (Ayant traversé la baie Française, il aurait
atteint le 24 juin la grande rivière à laquelle on donna, pour cette raison, le
nom de rivière Saint-Jean. D'ici, on se dirigea vers le sud, pour s'arrêter à
une autre rivière, laquelle sépare le Nouveau-Brunswick du Maine. Grâce à ses
branches en forme de croix, on l'appela la rivière Sainte-Croix, donnant le même
nom à l'île qui se trouve au milieu. C'est sur cette île que De Monts débarqua son monde; elle était assez éloignée de terre
pour prévenir toute attaque des maraudeurs et assez proche pour que l'on puisse
communiquer facilement avec les Indiens en cas de besoin. On y érigea une
douzaine de bâtiments autour d'une cour, réunis les uns aux autres, de sorte que
l'ensemble ressemblait à un fort.
Port-Royal
(1605-1607))
L'hiver fatal passé sur l'île
Sainte-Croix força de Monts à chercher ailleurs un gîte plus hospitalier. Il ne
voulut rien faire, cependant, avant le retour de Gravé Du Pont, qui s'était rendu en France à l'automne pour cher
cher des provisions. A son retour à la mi-juin (1605), de Monts, en compagnie de Champlain et d'un certain nombre d'hommes, partit en quête d'un
lieu plus convenable à la colonisation. S'étant rendu jusqu'au Cap Cod, il
revint à l'île Sainte-Croix au début d'août, sans avoir trouvé ce qu'il
cherchait. C'est alors qu'il se dit qu'il ne pourrait trouver mieux que
Port-Royal. Voilà pourquoi, avec l'aide des 40 hommes que Gravé Du Pont avait amenés pour assurer la relève, on se mit à
démolir les maisons érigées l'été précédent sur l'île et on transporta les
matériaux par bateau à Port-Royal, où le tout fut reconstruit sur un plan
semblable à celui que l'on avait suivi à l'île Sainte-Croix. Puis on s'y
installa.
Au
mois de septembre, de Monts, qui avait appris que son monopole était menacé, partit
pour la France, amenant avec lui la plupart des survivants de l'hiver précédent.
Il ne devait plus revoir l'Acadie ni la Nouvelle-France, quoiqu'il continua
encore à s'y intéresser et à exploiter ses richesses, surtout en fourrure. En
partant, il avait laissé la direction de la colonie naissante à Gravé Du Pont. L'hiver qui suivit (1605-1606), quoique moins
désastreux que le précédent, vit cependant 12 hommes périr du scorbut et laissa
Gravé Du Pont dans un état morbide.
L'été de 1606 devait apporter un
certain réconfort à la colonie éprouvée, quoique l'on crut pour un temps devoir
rentrer en France. De Monts, lors de son départ, avait promis d'envoyer du
ravitaillement à Port-Royal. Mais rendus à la mi-juillet, les vaisseaux
n'étaient pas encore arrivés. Gravé Du Pont décida de plier bagages et de se rendre soit au
Cap-Breton, soit à Gaspé, afin d'y chercher moyen de retourner en France avec
tout son monde, à l'exception de deux hommes qui s'étaient offerts à rester à
Port-Royal pour être de garde, sous la protection de Membertou, chef des Micmacs. Arrivés aux environs du cap Sable, ils y rencontrèrent le
secrétaire de De Monts qui se dirigait vers Port-Royal pour leur annoncer que ,
envoyé en France par de Monts à l'automne de 1604 avec Gravé Du Pont, revenait avec des provisions. Le hasard de la
navigation l'avait retardé en route, en sorte qu'il prit presque deux mois et
demi à faire la traversée. Il amenait en Acadie une cinquantaine d'artisans,
ainsi que l'apothicaire Louis Hébert, l'avocat Marc Lescarbot et son propre fils et Charles de Biencourt (fils de Jean). Il y venait avec le titre
de lieutenant-gouverneur de l'Acadie.
Port-Royal reprit vie, grâce
surtout à l'optimisme de Lescarbot, devenu le boute-en-train de la colonie. Pendant que Poutrincourt, accompagné de Champlain refaisait le voyage entrepris un an plus tôt par de Monts et se rendait jusqu'aux abords du détroit de Nantucket
dans le but d'y chercher encore un emplacement plus propice à un établissement,
Lescarbot et Louis Hébert mettaient tout le monde à l'oeuvre, labourant,
piochant, cultivant. L'hiver devait se passer assez agréablement. Lescarbot organisa des choeurs de chant, fit même jouer une pièce
de théâtre, intitulée "Le Théâtre de Neptune", qui fut la première
représentation théâtrale en terre d'Amérique. Champlain, pour sa part, fondait l'Ordre du Bon Temps, d'après
lequel chaque homme, à tour de rôle, devait garnir la table avec le produit de
sa chasse ou de sa pêche.
Pendant qu'à Port-Royal on commençait à prendre espoir dans
le succès de la colonisation acadienne, en France les choses se gâtaient. Gravé Du Pont, qui s'en était retourné avant que la troupe amenée
en Acadie par Poutrincourt n'eut pu se mettre à l'oeuvre, fit à de Monts un tableau peu rassurant de la situation en terre
d'Acadie. D'autre part, celui-ci, dont l'aide financière était le soutien de la
colonie, vit se dissoudre la compagnie qu'il avait organisée pour la traite, ce
qui l'obligea à envoyer un messager à Port-Royal pour dire qu'il ne pouvait plus
soutenir la colonie. Poutrincourt, Champlain et leurs compagnons, se voyant contraints de laisser
Port-Royal à la garde de Membertou, s'embarquèrent le 11 août (1607) pour la
France.
Port-Royal et Saint-Sauveur (1610-1613)
Port-Royal ne devait reprendre vie qu'en 1610. Malgré les échecs subis
jusqu'ici, les pionniers de l'Acadie et de la Nouvelle-France y voyaient encore
un terrain propice à la colonisation. Cependant, Champlain devait diriger ses efforts désormais du côté du fleuve
Saint-Laurent. Il gagna à sa cause de Monts, à qui le roi accorda un nouveau privilège de traite pour
un an. Champlain, accompagné de Gravé Du Pont, partit donc pour le Canada en avril 1608 et le 3
juillet il débarquait à Québec pour en devenir le fondateur.
Poutrincourt, pour sa part, optait toujours pour l'Acadie. Étant
allé résider en Champagne, il constitua ici un équipage et recruta un
certain nombre de colons, dont Claude de La Tour et son fils Charles, en sorte que vers le 25 février 1610 il partit de Dieppe
en route pour Port-Royal. Laissant en France son second fils, Jacques de
Biencourt, dit de Salazar, trop jeune pour entreprendre un tel voyage, il
ramenait avec lui en Acadie Charles de Biencourt, son fils aîné. Une mutinerie de l'équipage
qui eut lieu en cours de route retarda de deux mois son arrivée à Port-Royal. On
ne s'y trouvait que depuis quelques jours quand le premier baptême enregistré en
Amérique du Nord fut administré le 24 juin à Membertou et vingt autres membres de sa famille par l'abbé Jessé Fléché, prêtre séculier du diocèse de Langres, qui
avait fait le voyage avec Poutrincourt.
Celui-ci, sur le désir de la cour, devait amener en Acadie
deux autres prêtres, les Pères Pierre Biard et Ennemond Massé, jésuites, dont leur confrère, le Père Coton,
confesseur du roi, avait été pour beaucoup dans cette décision. Mais Poutrincourt, partageant les préjugés de son temps au sujet des
missionnaires jésuites que l'on accusait de s'immiscer trop dans les affaires
commerciales, voulant aussi se rendre au désir de certains de ses passagers
huguenots, demanda que le départ de ces missionnaires soit retardé, donnant pour
prétexte qu'il voulait tout d'abord construire une demeure à Port-Royal pour les
recevoir et promettant de venir les chercher l'année suivante. Mais
l'enthousiasme créé en arrivant à Port-Royal par le baptême des Indiens l'incita
à envoyer sur-le-champ son fils en France afin de les amener en Acadie. Le
retour de Charles de Biencourt, qui devait partir de Dieppe avec les
jésuites, fut entravé par les calvinistes de l'endroit, qui avaient des intérêts
dans la cargaison, en sorte que dut intervenir Antoinette de Pons, marquise de
Guercheville, première dame d'honneur de la reine régente, Marie de Médicis,
dont le mari, Henri IV, avait été victime le 14 mai des coups de couteau d'un
assassin. Cette pénitente du Père Coton, grande protectrice des jésuites,
organisa une souscription à la cour et racheta la part de cargaison appartenant
aux calvinistes, en sorte qu'en janvier 1611, en plein hiver, Charles de Biencourt fit son départ avec les deux missionnaires,
pour n'arriver à Port-Royal que quatre mois plus tard, à savoir, le 22 mai
(1611).
Pendant l'absence de son fils, Poutrincourt avait amassé beaucoup de fourrures, en sorte qu'il
résolut d'aller les apporter en France. En juillet (1611) il partit donc,
laissant son fils au commandement de la colonie, qui comptait 22 personnes, les
jésuites compris. Ayant besoin d'argent, il s'adressa à Mme de Guercheville, qui
lui fournit ce dont il avait besoin pour noliser un vaisseau, qui amena en
Acadie en janvier 1612 Simon Imbert-Sandrier, son représentant, et le Frère Gilbert Du Thet, jésuite, qui représentait Mme de
Guercheville. Quant à Poutrincourt, il resta en France.
Tout n'allait pas pour le mieux à
Port-Royal depuis l'arrivée des jésuites. Ceux-ci blâmaient l'abbé Fléché d'avoir administré le sacrement de baptême sans
avoir préalablement préparé les candidats, ce qui jeta un peu d'eau froide sur
l'enthousiasme que ces baptêmes avaient soulevé dans la colonie. Le différent
fut présenté à la cour et même à la Sorbonne. De cette controverse "théologique"
naquit deux camps, celui des jésuites et celui des Poutrincourt, et fut suivi par l'interdit canonique jeté par les
Pères sur Port-Royal. Le Frère Du Thet réussit à retourner en France pour rendre compte
à la marquise de Guercheville de ce qui se passait à Port-Royal; celle-ci rompit
le 17 août 1612 son association avec Jean de Poutrincourt et fit gréer un nouveau navire pour aller retirer les
Pères Biard et Massé de Port-Royal et les établir ailleurs. Elle confia cette
mission à René Le Coq de La Saussaye, qui devait agir comme son lieutenant.
En mai de l'année suivante (1613), accompagné du Frère Du Thet et du Père Jacques Quentin, jésuite, il arriva en Acadie, retira les Pères Biard et Massé de Port-Royal et s'en alla fonder un nouvel établissement
sur les côtes du Maine, en arrière de l'Île des Monts déserts, sur la terre
ferme, dans la région de la ville actuelle de Lamoine, que l'on appela
Saint-Sauveur.
Quelques semaines plus tard, à savoir, au tout début de juillet, le
capitaine Samuel Argall, de Virginie, fonça sur Saint-Sauveur et le livra
aux flammes. Il fit de même à l'Île Sainte-Croix et à Port-Royal. Le Frère Du Thet fut tué. Quatorze hommes de Saint-Sauveur furent
amenés prisonniers à Jamestown, dont les Pères Biard et Quentin, qui finiront par être rapatriés, tandis que de La Saussaye et le Père Massé, laissés à leur propre sort, trouvèrent moyen à leur
tour de regagner la France.
Quant à Charles de Biencourt et ses compagnons, laissés libres, il ne leur
restait debout à Port-Royal, que le moulin, et une ou quelques granges situées
au loin. Devaient-ils abandonner ces lieux? pour aller où? et avoir quoi? Ils
n'avaient pas de choix. Ils érigèrent tant bien que mal des gîtes provisoires
pour se mettre à l'abri des intempéries et se livrèrent à la grâce de
Dieu.
De Port-Royal au Cap Sable (1614-1627)
Poutrincourt, lors de l'attaque d'Argall, se trouvait encore en France depuis deux ans. Il se
débattait pour payer ses dettes, depuis que ses relations avec la marquise de
Guercheville avaient été rompues. Il réussit à s'associer avec plusieurs
armateurs de La Rochelle, dont Georges et Macain, ce qui lui permit de partir de
nouveau le dernier jour de 1613 pour Port-Royal, où il arriva le 27 mars 1614.
En voyant l'état pitoyable dans lequel gisait la colonie, qui venait de passer
un hiver atroce, il comprit que sa carrière en Acadie était finie et que sa
présence ici n'avait plus sa raison d'être. Il rebroussa chemin, amenant avec
lui la plupart des colons, qu'il débarqua à La Rochelle au mois de juillet.
L'année suivante, sur l'ordre de la régente, s'étant rendu dans son domaine en
Champagne pour faire entrer dans l'ordre les partisans du prince de Condé qui y
intriguaient contre le pouvoir royal, il y trouva la mort en décembre
1615.
Quant à
son fils Charles de Biencourt, il ne désespérait pas, dans la vigueur de
son jeune âge, de l'avenir de l'Acadie, ni des avantages financiers que ses
richesses en fourrure et en poisson pouvaient rapporter d'autant plus qu'il
avait compris de la bouche même d'Argall que sa mission dévastatrice en Acadie, qui aurait été
l'effet d'une vengeance, était terminée. Il décida donc de rester et quoiqu'il
n'eut avec lui qu'une poignée d'hommes, il voulut tenter l'aventure. De ceux-ci,
celui qui devait être son bras droit, était à peu près du même âge; il
s'agissait de Charles de La Tour. Ces deux, pour les dix années qui vont suivre,
se livreront à la traite de la fourrure surtout, quand David Lomeron, de La Rochelle, viendra les visiter annuellement
pour transporter leurs marchandises à ses oncles, Georges et Macain. Non
seulement eurent-ils beau jeu tout le long de la baie Française, même jusqu'au
cap Sable, mais en plus il semble que Claude de La Tour en 1614 se rendit à Pentagoët, y construisit un
fort, qui devait servir de comptoir pour la traite, d'où il aurait écoulé sa
marchandise à Lomeron, par l'intermédiaire de Charles de Biencourt et de son propre fils.
Vu que la région plus au sud de la
péninsule acadienne se prêtait mieux que Port-Royal aux échanges de fourrures et
autres marchandises avec Lomeron, Biencourt amena petit à petit son monde au cap Fourchu. De fait,
en 1618, il avait abandonné complètement Port-Royal, et il demeurait dit-on à la
baie Courante. S'est-il rendu par après au Cap Sable proprement dit? S'il n'y a
pas fait sa résidence stable et permanente, il est certain qu'il s'y trouvait
très souvent, de même que ses hommes, car ce fut ici, plus précisément à port La
Tour, que naquit en 1620 André Lasnier, fils de Louis Lasnier, originaire de
Dieppe, et d'une mère indienne, lequel fut le premier enfant avec sang européen
à naître en Acadie, pour ne pas dire dans toute l'Amérique du Nord.
Ce fut, soit dans la
région de la baie Courante, soit au Cap Sable proprement dit, que Charles de Biencourt mourut, probablement à l'automne de 1623. En
mourant il mit entre les mains de son fidèle compagnon, Charles de La Tour, le commandement de la petite troupe qui était
à sa charge.
Pour les quelques années qui vont suivre, c'est l'obscurité qui va descendre sur
l'Acadie, quand les quelques personnes qui y restaient se réfugièrent su port
Lomeron du Cap Sable, devenu plus tard port La Tour, qui pour un temps fut le
seul endroit en Acadie et même en toute la Nouvelle-France où flotta le drapeau
fleurdelisé. C'est ici que Charles de La Tour épousa une Indienne, peut-être en 1625, de qui
il eut trois filles, dont l'une deviendra en France la première religieuse à
naître en Amérique du Nord.
En 1627, ayant appris que Louis XIII s'était donné un grand
chef dans la personne du cardinal Richelieu, Charles de La Tour adressa à chacun des deux, en date du 25
juillet, une lettre, demandant du secours contre les Anglais qui menaçaient
d'attaquer le seul territoire qui, en Acadie, était habité par des Français.
Mais La Tour devait attendre encore trois ans avant d'être secourue. La
France étant aux prises avec les protestants, qui finiront par traverser les
mers avec leurs engins de guerre, l'Acadie sera envahie par les gens de la
Grande-Bretagne, qui à leur tour projetteront de la
coloniser.
William Alexander - Les Kirke - Les La
Tour (1628-1630)
Du temps que la France semblait
abandonner l'Acadie, l'Écossais William Alexander, comte de Sterling, membre de la Chambre des
Lords, favori des rois d'Angleterre, rêvait d'établir sur des terres nouvelles
un certain nombre de ses compatriotes d'Écosse. Profitant du déclin que
subissait l'Acadie et s'appuyant sur les découvertes de Jean Cabot, de nationalité anglaise, mais d'origine italienne,
auraient fait aux provinces Maritimes depuis 1497, ainsi que sur la conquête d'Argall de 1613, il obtint en 1621 de Jacques 1er d'Angleterre
une charte qui le constituait lord propriétaire des trois provinces Maritimes
d'aujourd'hui. Et comme il y avait déjà dans cette partie du monde une
Nouvelle-Angleterre et une Nouvelle-France, il voulut donner à sa concession le
nom de Nouvelle-Écosse.
Cependant, au cours des années qui suivirent, Alexander ne réussit à persuader aucun Écossais à émigrer dans son
nouveau domaine. Aussi, durant ce temps, s'était élevé en France un puissant
adversaire, à savoir, le cardinal Richelieu. En 1627, celui-ci devait créer pour la
protection de la Nouvelle-France une compagnie qui devait porter le nom de
Nouvelle-France, dite aussi des Cent-Associés, en raison du nombre de ses
membres. Puis en 1627-28, il montra bien ce qu'il pouvait accomplir, lorsqu'il
mit le blocus devant la ville protestante de La Rochelle pour en abattre la
puissance politique, laquelle, malgré l'aide qu'elle reçut des protestants
d'Angleterre, dut capituler après un an de siège.
Vaincus en France, les protestants
pensèrent se rabattre sur ce qui dans le Nouveau Monde restait à la France. Il y
avait à Londres, à cette époque, une famille connue en histoire sous le nom de
Kirke, qui comptait cinq garçons (David, Thomas, Lewis, ...) tous nés à Dieppe, semble-t-il, où la famille avait
vécu une quarantaine d'années, sinon parce que de nationalité française, au
moins à cause du commerce qu'elle faisait entre ce port et l'Angleterre. S'étant
définitivement établis en Angleterre à cause de leurs croyances religieuses, ces
Kirke, que l'on a appelés dans le temps des "Français reniés et anglisés",
voulurent se venger de la défaite subie à La Rochelle par les protestants, tant
français qu'anglais. Au printemps de 1628, David Kirke, l'ainé, ayant avec lui au moins deux de ses frères,
partait d'Angleterre avec trois vaisseaux que Charles 1er avait mis à sa
disposition dans le but de faire la conquête de la Nouvelle-France. En cours de
route, ils saisirent une flotte française qui allait ravitailler Québec et les
gens du Cap Sable, firent prisonniers Claude Roquemont de Brison, qui était à la
tête de l'expédition, ainsi que Claude de La Tour, qui commandait l'un des navires. S'étant emparé
de Miscou, qui était un refuge pour les pêcheurs plutôt qu'un établissement, ils
se rendirent au sud de la Nouvelle-Écosse pour saisir Thiebée (aujourd'hui
Chebogue), près de Yarmouth, où Lomeron avait eu un comptoir, ainsi que
Port-Royal et Pentagoët. Cependant,ils ne mirent pas la main sur le Cap Sable,
où ils ignoraient sûrement la présence des Français. Ils amenèrent les
prisonniers en Angleterre, pour revenir l'année suivante prendre Québec et faire
d'autres prisonniers, dont Champlain, qu'ils amenèrent avec eux et firent ensuite passer en
France.
Après
ces conquêtes des Kirke, William Alexander, dont la concession avait été confirmée en 1625
par Charles 1er, voyant que le terrain était libre en Nouvelle-Écosse pour y
installer des colons, réussit à persuader un certain nombre d'Écossais d'émigrer
dans son territoire. Ainsi, en 1629, il envoyait ces recrues avec son fils,
appelé comme son père, William Alexander, pour fonder à Port-Royal une colonie écossaise.
Au cours de son trajet, le jeune Alexander déposa au port de la Baleine, dans
l'île du Cap-Breton, Sir James Stewart, Lord Ochiltree, pour y établir également une
base anglaise.
Pour mieux réussir dans son plan de colonisation, William Alexander avait imaginé un système de baronnage d'après
lequel il attribuerait le titre de baronet aux personnes qui contribueraient un
certain montant d'argent pour financer son projet. Il s'aperçut, mais trop tard,
qu'il ne pouvait pas occuper toute la Nouvelle-Écosse; en effet, les Kirke
avaient laissé le Cap Sable entre les mains de Charles de La Tour. Pour se l'approprier ou au moins pour le
mettre sous son contrôle, il voulut faire appel à la vanité du père et du fils,
en leur offrant une grande étendue de terrain au sud de la Nouvelle-Écosse comme
baronnie, faisant l'un et l'autre, à titre gratuit, des baronnets de son ordre.
Malheureusement, le père, qui ne voyait aucune chance que la France redevienne
maître de l'Acadie, ayant épousé à Londres une des dames d'honneur de la
compagnie de la reine Henriette-Marie de France, femme de Charles 1er, se laissa
prendre par Alexander. Afin de convaincre son fils d'en faire autant, il
s'embarqua au printemps de 1630, accompagné de sa femme, avec le jeune William Alexander, qui, un peu auparavant, était revenu de
Port-Royal pour y retourner presque immédiatement. Arrivé à port La Tour, Claude de La Tour voulut faire miroiter aux yeux de son fils les
avantages qu'il aurait de s'allier aux Anglais.
Charles de La Tour ne voulut rien entendre de tout cela. On en
vint aux armes, et le fils gagna la bataille, en sorte que le père, tout confus,
dut se retirer à Port-Royal avec les Écossais qui s'y trouvaient. Charles de La Tour n'avait pas été sans comprendre les agissements
de son père. Il envoya donc un messager lui demander de laisser le parti anglais
et de venir le trouver au Cap Sable avec sa femme. Claude de La Tour n'eut pas de difficulté à laisser Port-Royal
pour venir s'installer auprès de son fils. Déjà à ce moment, celui-ci recevait
de France les secours demandés trois ans plus tôt.
Charles de La Tour au Cap Sable - Isaac de Razilly à la Hève
(1630-1636)
On peut croire que lorsque Claude de La Tour fut pris en mer par les Kirke en 1628, au moment
où il s'en allait ravitailler son fils au Cap Sable, comme conséquence de sa
demande à la cour en 1627; peut-être même avait-il eu le temps déjà de remplir
sa mission auprès de son fils. En France, on n'était pas sans savoir ce qui
s'était passé en Acadie, tout comme en Nouvelle-France. On savait qu'en Acadie
quatre des cinq places françaises avaient été prises par les Kirke, à savoir,
Miscou, Thiebée, Port-Royal et Pentagoët, et que les Anglais occupaient en plus
le port de la Baleine; on savait aussi qu'Alexander avait établi les siens à Port-Royal. Il ne restait donc
qu'une place à la France, celle du Cap Sable. La Compagnie de la Nouvelle-France
résolut donc de fortifier le Cap Sable, afin de s'en servir, le cas échéant,
comme tremplin pour reprendre le reste de l'Acadie.
Charles de La Tour avait à peine repoussé les offres de son père,
qu'il vit arriver à l'été de 1630 deux vaisseaux que la Compagnie de la
Nouvelle-France avait fait équiper à Bordeaux, pour aller ériger un fort au Cap
Sable, à l'en droit que Charles de La Tour jugerait le plus convenable. Ces vaisseaux,
chargés des matériaux nécessaires à cette construction, amenaient des ouvriers
et des artisans pour s'en occuper, en plus de trois Pères Récollets, le tout
sous la conduite du capitaine Bernard Marot de Saint-Jean-de-Luz; on avait
apporté également provisions, vivres, rafraîchissements et armes. Charles de La Tour ne crut mieux choisir comme site de ce nouveau
fort que les Buttes-de-Sables, actuellement comprises dans le village qui porte
le nom de Villagedale, sur la rive est de la baie de Barrington, dite alors baie
de Sable, d'où de ces hauteurs, on a une vue splendide des deux entrées que fait
l'île du Cap Sable avec la baie. Le fort, qui devait être immense, construit de
pierres et de briques, le premier qu'érigea la Compagnie de la Nouvelle-France
depuis sa formation, était terminé pour l'hiver. Cette nouvelle habitation,
comme on appelait alors ces sortes de construction, prit le nom de fort
Saint-Louis.
Au cours des deux années qui suivirent, la Compagnie devait ériger à
l'embouchure de la rivière Saint-Jean, encore pour le compte de Charles de La Tour, un autre fort, qui sera terminé avant la fin
d'octobre 1632. Il prit le nom de fort Sainte-Marie.
Ce fut au vaisseau, qui apporta les
matériaux pour ce deuxième fort, que la cour confia le parchemin signé de Louis
XIII, nommant Charles de La Tour lieutenant général de l'Acadie. Il était daté
du 8 février 1631; La Tour le reçut le 16 juillet suivant.
Malgré tout, Richelieu s'inquiétait du fait que la Grande-Bretagne pouvait
faire des difficultés à la France en raison des conquêtes des Kirke. Après deux
ans de négociations, on en vint à un traité qui fut conclu à
Saint-Germain-en-Laye le 29 mars 1632, par lequel le roi d'Angleterre promettait
"de rendre et restituer à sa majesté très-chrétienne tous les lieux occupés par
les Anglais en la Nouvelle-France, l'Acadie et le Canada". Pour ce qui est de
l'Acadie, une nouvelle ère s'ouvrait devant elle.
Le 4 juillet 1632, le commandeur Isaac de Razilly, chevalier de Malte,qui avait près de trente ans
d'expérience dans la marine, partait de France avec quatre vaisseaux, en
destination de l'Acadie, accompagné de son parent et lieu tenant Charles de Menou, sieur d'Aulnay et de Charnisay. Déjà en 1629, le
capitaine Charles Daniel, frère du jésuite Antoine Daniel, l'un des martyrs
canadiens, avait fait table rase au port de la Baleine où s'était trouvé Lord
Ochiltree, et avait élevé non loin de là, à Cibou, le fort Sainte-Anne. Voilà
pourquoi Razilly se dirigea directement vers le sud de la péninsule
acadienne pour prendre possession des autres postes, à savoir, Thiebée et
Port-Royal, donnant cependant aux Écossais qui se trouvaient en ce dernier lieu
Le temps voulu pour plier bagage et retourner chez eux. Quant à Pentagoët, il
devait s'en occuper plus tard. Puis le 8 septembre (1632) il débarquait 'a La
Hève pour y fonder une nouvelle colonie. Le groupe comprenait 300 personnes. on
y comptait des Pères Capucins et sûrement Nicolas Denys. Ce dernier au cours des cinquante ans qui vont
suivre, se montrera l'une des plus belles et grandes figures de
l'Acadie.
Charles de La Tour, ayant reçu au Cap Sable la visite du
commandeur, qui lui avait annoncé qu'il venait en Acadie avec le titre de
lieutenant général, partit aussitôt vers le milieu d'août (1632) pour La
Rochelle, où il arriva après une traversée de 17 jours, son premier motif étant
de régler la question de sa nomination et celle de Razilly comme lieutenant général de l'Acadie. II fut entendu que
l'un et l'autre seraient lieutenant général, chacun ayant un territoire
distinct. Charles de La Tour, après avoir fait du recrutement pour des
colons, était de retour au fort Saint-Louis vers la fin de mai ou au début de
juin 1633. Le commandeur de Razilly pour sa part avait envoyé Charles d'Aulnay au mois de novembre 1632, chercher les Écossais
qui se trouvaient à Port-Royal pour les rapatrier en Grande-Bretagne; Charles d'Aulnay, sa mission accomplie, dut arriver à La Rochelle
vers le 24 janvier 1633. Après avoir fait à son tour, au nom de Razilly, de la propagande pour des colons, il repartit le 9 mars
(1633) en direction de La Hève.
Isaac de Razilly, en laissant la France, s'était vu concéder la
région de la rivière Sainte-Croix. Il semble qu'après avoir visité ces lieux, il
opta de préférence pour La Hève où il donna à l'habitation principale qu'il y
érigea le nom de fort Sainte-Marie-de-Grâce. En 1635, le 15 janvier, Charles de La Tour recevait à son tour de la Compagnie de la
Nouvelle-France le fort Saint-Louis du Cap Sable et le fort Sainte-Marie de la
rivière Saint-Jean. Le 15 janvier de l'année suivante (1636), elle lui concédait
en plus le Vieux-Logis, situé au coin du sud-ouest du comté de Shelburne
d'aujourd'hui, actuellement appelé Shag Harbour.
Isaac de Razilly, ayant installé confortablement ses gens à La
Hève, pensa qu'il était temps d'aller retirer Pentagoët des mains des Anglais.
C'est pourquoi en août 1635, il y envoya d'Aulnay, qui s'occupa fidèlement de sa mission, même si au cours
des mois suivants les Anglais auraient voulu reprendre ce poste.
Mais voilà qu'en même
temps devait s'effondrer sur la colonie de La Hève un grand malheur. Vers le
mois de novembre 1635 y décédait le commandeur de Razilly, ce qui apporta de grands changements en Acadie. Dès
l'année suivante, semble-t-il, d'Aulnay, qui s'était arrogé les pouvoirs de Razilly, transporta la colonie à Port-Royal, tandis que Charles de La Tour alla s'installer en face, de l'autre côté de la
baie Française, à son fort de la rivière Saint-Jean, laissant son père et sa
femme au Cap Sable.
II se peut que ces changements n'eurent pas lieu avant l'arrivée à La
Hève du vaisseau Saint-Jehan, qui mit les voiles à La Rochelle le premier avril
1636. S'il est douteux qu'ait pris racine en Acadie l'une ou l'autre des 300
personnes qu'y amena de Razilly ou qui y arrivèrent au cours des trois années qui
suivirent, par contre, un certain nombre des 78 passagers du Saint-Jehan
s'établirent en Acadie pour devenir les ancêtres de nombre d'Acadiens
d'aujourd'hui. De ces passagers, il faut nommer Jeanne Motin, dont la soeur Anne
avait épousé Nicolas Le Creux, sieur du Breuil, qui commandait l'expédition.
Quant à Jeanne Motin, dès son arrivée en Acadie, elle épousa Charles d'Aulnay.
Le conflit La
Tour-d'Aulnay (1637-1650)
Dès 1636, on vit Charles d'Aulnay à Port-Royal et à Pentagoët, s'occuper un peu
d'agriculture, mais surtout de pelleteries. Charles de La Tour à la rivière Saint-Jean et probablement au Cap
Sable, se livrait surtout à la traite, tandis que Nicolas Denys, qui était resté dans la région de La Hève avec
quelques colons, s'adonnait au commerce de la pêche, de la fourrure et du bois.
Déjà au cours de l'année qui suivit, prenait naissance le conflit entre La Tour et d'Aulnay qui devait ralentir le progrès en Acadie pour au moins
une dizaine d'années. On ne sait au juste quelle en fut la cause, mais un
document de la cour daté du 10 janvier 1638, sollicité, on ne sait par qui et
adressé à d'Aulnay, nous ferait croire que le litige eut pour origine la
question des limites du champ d'action de l'un et de l'autre, probablement pour
ce qui était de la traite. Le roi disait à d'Aulnay qu'il voulait qu'il y ait bonne intelligence entre lui et
Charles de La Tour, sans que les limites de leur gouvernement
respectif puissent être sujet à controverse, ce pourquoi il nommait d'Aulnay lieutenant général du territoire allant du milieu de la
terre ferme de la baie Française, en tirant vers les Virginies, tandis que La Tour était nommée lieutenant général du territoire s'étendant
depuis le milieu de la même baie jusqu'au détroit de Canseau; d'Aulnay ne pouvait pas s'immiscer dans les affaires de
l'habitation de la rivière Saint-Jean, et de même La Tour ne pouvait pas toucher aux habitations de La Hève et de
Port-Royal. Cet arrangement, qui montre combien on était peu au courant en
France de la géographie de l'Acadie, n'était pas de nature à régler la question
en litige.
Charles d'Aulnay avait à la cour un précieux soutien dans la
personne de son père, René de Menou, qui était conseiller d'État. Non satisfait
du partage des deux gouverneurs et se disant molesté par La Tour, Charles d'Aulnay envoya à son père, pour être présentée à la cour,
une liste d'accusations contre son adversaire, allant d'un contact que ce
dernier aurait eu avec les Français de La Hève pour y semer la division, jusqu'à
une attaque contre lui à la sortie de Port-Royal, quand d'Aulnay fit prisonniers La Tour et sa nouvelle épouse, Françoise-Marie Jacquelin, ce qui dut avoir lieu vers la fin du
printemps 1640 ou au commencement de l'été. Le 13 février 1641, le roi écrivit à
d'Aulnay pour lui dire qu'un ordre exprès avait été donné à La Tour de s'embarquer pour venir le trouver, et que dans le cas
où il refuserait d'obéir, d'Aulnay devait se saisir de sa personne et mettre ses forts entre
les mains de personnes fidèles au service du roi. Charles de La Tour, qui en plus se voyait dépouillé de sa
commission de gouverneur, ne s'embarqua pas pour la France sous prétexte
d'indisposition, quand d'Aulnay s'y rendit à l'automne de cette même année (1641). C'est
après son arrivée que fut émis une date du 21 février 1642 un arrêt du Conseil
d'après lequel il était ordonné que La Tour soit prise au corps et que ses forts soient saisis par d'Aulnay et mis sous la garde de personnes fidèles au service du
roi.
Charles d'Aulnay dut rester en France jusqu'en septembre (1642),
quand le 25 il s'embarqua à La Rochelle à bord du vaisseau La-Vierge. Arrivé au
Cap Sable, il s'y arrêta pour mettre le feu au fort Saint-Louis et le détruire
de fond en comble, ainsi que le monastère et la chapelle que les récollets
avaient ici. Puis le 15 décembre, il débarquait à Port-Royal.
N'ayant pas trouvé Charles de La Tour au Cap Sable, d'Aulnay alla mettre le blocus devant le fort Sainte-Marie de la
rivière Saint-Jean, où il arriva le 20 mars 1643, pour y rester presque cinq
mois. La Tour avait encore des amis en France, avec qui il devait se
tenir en contact. Le fait est que le 8 avril 1643, son agent, Guillaume
Desjardins, équipait "en guerre" le Saint-Clément et cela avec l'autorisation du
grand prieur et vice-amiral de France, qui alors était le marquis de Brézé,
neveu de Richelieu, afin de venir trouver La Tour à la rivière Saint-Jean. Parti de La Rochelle le 15 avril
avec à son bord 140 personnes, ayant pour capitaine Étienne de Mourron, il
arriva à la rivière Saint-Jean le 20 mai, sans pouvoir rompre le blocus. Charles de La Tour, qui était dans son fort, réussit à monter à
bord et dirigea le vaisseau vers Boston, où il obtint l'aide qu'il voulait; en
effet, au soir du 24 juillet trente soldats de Boston s'embarquèrent sur quatre
navires et une pinasse pour accompagner le Saint-Clément jusqu'à la rivière
Saint-Jean. Charles d'Aulnay fut alors poursuivi jusqu'à Port-Royal, sans être
molesté davantage, La Tour ayant atteint le but qu'il cherchait.
Charles d'Aulnay n'allait pas subir une telle humiliation sans
vouloir se venger. Tandis que, pour plaider la cause de son mari, Madame de La Tour s'en allait en France, sûrement sur le
Saint-Clément, où elle arriva à La Rochelle vers le milieu d'octobre (1643), d'Aulnay s'embarquait également pour la France où il arriva vers
la fin de cette même année ou au commencement de la suivante. Ayant mis obstacle
aux démarches de Madame de La Tour, il repartit pour l'Acadie au cours de la
deuxième moitié de juillet (1644) pour s'arrêter au large du Cap Sable, en
attendant Madame de la Tour qui devait passer incessamment par là avec sa
suite à bord d'un vaisseau anglais. Mais elle échappa à la vigilance de d'Aulnay, grâce à la ruse du capitaine du vaisseau qui la
conduisait. Elle arriva à la rivière Saint-Jean vers le début de
1645.
Deux ou
trois mois après son retour, son mari dut se rendre à Boston avec sept de ses
hommes. C'est alors que Charles d'Aulnay, sachant que La Tour était absent, vint attaquer le fort Sainte-Marie. Madame de La Tour en prit la défense. Après un combat de trois
jours et trois nuits, elle fut trahie le quatrième jour par un Suisse qui
montait la garde et dût céder ce jour-là, qui était le jour de Pâques (16 avril
1645), après que d'Aulnay eut promis qu'il donnerait quartier à tous les
défenseurs. Celui-ci, à peine entré dans le fort, ordonna au contraire que tous
les soldats présents soient pendus, à l'exception de celui qui voudrait se
charger de l'exécution. Furent épargnés les Pères Récollets, le traître,
l'exécuteur, un tout jeune fils de La Tour et les deux femmes de chambre de Madame de La Tour. Quant à celle-ci, elle fut forcée d'assister à
cet acte de cruauté la corde au cou; elle mourut 3 semaines plus tard de chagrin
et d'angoisse. L'inhumation des pauvres malheureux eut lieu le mardi, 18 avril,
sûrement dans une même fosse.
Charles de La Tour, qui était à Boston, n'apprit la nouvelle de ce
carnage que trois semaines plus tard. Il avait tout perdu, famille, Acadie,
patrie. N'osant plus demander aux Bostonnais de le secourir, il s'embarqua vers
la fin du printemps (1645) pour Terre-Neuve, afin de tenter sa chance auprès du
gouverneur, qui n'était autre que David Kirke, de qui il ne devait recevoir que de belles promesses.
Revenu à Boston, il passa l'hiver à l'île Noddles, chez son ami Samuel Maverick,
propriétaire de l'île, aujourd'hui East Boston, et vers la fin de l'hiver 1646,
s'embarqua pour Québec. Après avoir passé quelque temps à faire la traite dans
la baie d'Hudson, il débarqua à Québec le 9 août, où il fut reçu en triomphe: on
tira du canon à son arrivée, on le logea au château Saint Louis et le gouverneur
lui céda la préséance. Ici il devint l'ami et le protégé des Pères
Jésuites.
Durant ce temps, d'Aulnay, dans la possession paisible de toute la baie Française,
à partir du Cap Sable jusqu'à Pentagoët, mettait son monde à l'oeuvre pour
développer la culture à Port-Royal et poursuivre son trafic des pelleteries sur
les côtes de son vaste territoire. Mais il ne put pas jouir longtemps de sa
victoire. Le 24 mai 1650 il se noya dans le bassin de Port-Royal quand son canot
chavira; son valet qui l'accompagnait dit qu'il mourut d'épuisement.
Lorsque la nouvelle de
cette tragédie arriva à Québec, Charles de La Tour, sur l'avis, sans doute, du gouverneur et des
jésuites, décida de passer en France pour se justifier des accusations portées
contre lui par d'Aulnay une dizaine d'années plus tôt. Parti de Québec avant le
premier septembre (1650), non seulement la cour dut reconnaître la fausseté des
accusations portées contre lui, mais le roi en date du 25 février 1651 le
confirma "en tant que besoin est" gouverneur et son lieutenant général en
Acadie. Il repartit pour l'Acadie à l'été de cette même année (1651). Le 23
septembre il était à Port-Royal, ayant amené avec lui, comme son major général,
Philippe Mius d'Entremont, sa femme et une fille de deux
ans.
La Tour - Le Borgne - Nicolas Denys
(1651-1654)
Malgré le décès de son rival et
malgré sa commission comme gouverneur, Charles de La Tour ne devait pas trouver une paix entière en
Acadie. C'est que l'on considérait encore l'Acadie comme propriété de la famille
d'Aulnay Menou. Les difficultés qui suivirent prirent leur origine
en France; elles furent suscitées par Emmanuel Le Borgne, natif de Calais, en Normandie, qui depuis
longtemps faisait de belles affaires comme marchand à La Rochelle. Au cours des
années il avait prêté des sommes énormes à d'Aulnay pour sa colonie. A la nouvelle de la mort de son
débiteur, il s'empressa d'aller à Paris trouver son père, René de Menou, qu'il
obligea de lui transmettre ce qu'il put de la propriété d'Aulnay en France et lui fit reconnaître qu'en plus la succession
lui devait encore la somme de presque 260,000 livres. C'est pourquoi il voulut
encore faire siennes les propriétés que d'Aulnay avait laissées en Acadie en mourant et exigea pour cela
que René de Menou s'y fasse représenter par un nommé de Saint-Mas, qui se
présenta à Port-Royal au mois de mai (1651) plutôt comme agent de Le Borgne.
Le Borgne, dans l'intention de protéger ses intérêts en Acadie, en
y éloignant tous ceux qui pourraient faire main basse sur elle, commença par se
tourner du côté des Bostonnais, à qui Saint-Mas vit à ce que des lettres de
bonne entente soient expédiées de la part de René de Menou, de la veuve d'Aulnay et de lui-même. Avant de s'en prendre à Charles de La Tour, il voulut s'attaquer à Nicolas Denys à qui Charles d'Aulnay avait déjà voulu faire des difficultés, en
mettant entrave à son commerce de bois et de morue. Mais Denys avait réussi malgré tout, avec l'aide de la Compagnie de la
Nouvelle-France, à surmonter les efforts de son adversaire, en organisant des
expéditions de pêche et de traite sur les côtes de Terre-Neuve et en se faisant
donner en 1645 une concession assez loin de la résidence de d'Aulnay, à savoir, à Miscou, dont il fit un poste fortifié de
pêche et de traite. Mais en 1647, d'Aulnay était venu le déloger. A la nouvelle de la mort de ce
dernier, il crut pouvoir se rapprocher du centre de l'Acadie, en s'installant au
Cap-Breton avec son frère Simon, dans le but d'y faire la pêche et la traite.
Voilà ce dont on eut connaissance à Port-Royal, quand Saint-Mas exigea que
Madame d'Aulnay y envoie à l'automne de 1651 des soldats pour l'en expulser; ils
s'emparèrent au Cap-Breton, de ses deux postes de Saint-Pierre et de Sainte-Anne
et amenèrent les deux frères prisonniers à Québec. Les autorités de Québec ne
pouvant admettre le bien-fondé de cet acte, donnèrent un sauf-conduit à Nicolas Denys qui avec son frère retourna à Saint-Pierre. Pensant
peut-être s'être rapproché trop vite du centre de l'Acadie, il construisit en
1652 un autre poste à Nipisiguit (aujourd'hui Bathurst). Mais voilà que Emmanuel Le Borgne, qui était arrivé à Port-Royal à l'été de 1653,
envoya ses hommes s'emparer de Saint-Pierre et de Nipisiguit et amener Nicolas Denys à Port-Royal pour le mettre dans les fers. Libéré,
Nicolas Denys put passer en France vers la fin de cette même année
1653, pour revenir au printemps suivant après avoir obtenu de la part de la
Compagnie de la Nouvelle-France la ratification de ses concessions.

Lorsque Madame d'Aulnay, née Jeanne Motin, eut compris que Le Borgne par ses machinations n'avait d'autres buts que de la
ruiner également, elle se tourna vers Charles de La Tour, qui ne demandait pas mieux que d'harmoniser
ses droits en Acadie avec ceux qu'y avait laissés d'Aulnay. L'un et l'autre se décidèrent d'en arriver au plus bel
accord que l'on aurait pu imaginer et le 24 février 1653 ils signèrent en bonne
et due forme, devant témoins, un contrat de mariage. Mais avant d'aller plus
loin, La Tour voulut prendre l'avis de ses amis de Québec, le gouverneur
et les jésuites en particulier. Parti au cours de la première semaine de mai, il
était de retour après cinq ou six semaines et le mariage fut béni à la
mi-juillet.
Au cours de l'été suivant (1654), Emmanuel Le Borgne, installé à Port-Royal, conçut qu'il était
temps d'aller s'emparer du fort Sainte-Marie, où Charles de La Tour s'était retiré avec sa nouvelle épouse. Mais il
en fut empêché par l'arrivée de Robert Sedgwick, du Massachusetts. Celui-ci ayant obtenu
l'autorisation d'Oliver Cromwell en Angleterre, en guerre avec la Hollande,
d'organiser une expédition contre la Nouvelle-Hollande (aujourd'hui l'État de
New York), apprit à son retour à Boston que le traité de Westminster avait été
signé, mettant fin au conflit. Sous prétexte que des corsaires français avaient
attaqué des vaisseaux anglais, il résolut d'user de ses pouvoirs pour s'emparer
de l'Acadie. Après s'être emparé de la rivière Saint-Jean, il traversa le 10
août la baie Française pour livrer combat à Port-Royal qu'Emmanuel Le Borgne finit par lui céder. Tombèrent également
Pentagoët, le Cap Fourchu, le Cap Sable proprement dit et La
Hève.
L'occupation Anglaise (1654-1670)
Après tout ce que l'Acadie a eu à souffrir jusqu'ici, on peut se
demander comment elle a pu subsister. Après les rivalités d'Aulnay - La Tour - Le Borgne, qui durèrent presqu'une vingtaine d'années, la voilà
aux mains des Anglais pour encore seize ans. Et pourtant, il y avait déjà des
colons acadiens, de qui a pris naissance en grande partie le peuple acadien. On
y trouvait encore à cette époque quelques-uns de ceux que d'Aulnay en 1636 amena de La Hève à Port-Royal. D'autres avaient
été des employés soit de d'Aulnay, soit de La Tour, soit de Nicolas Denys, qui finirent par s'y installer. On y trouvait déjà
des noms encore en vogue aujourd'hui, comme Boudreau, Bourg, Bourgeois, Breau,
Brun, Comeau, Cormier, Dugas, Gaudet, Gautreau, Girouard, Hébert, Landry,
LeBlanc, Petitpas, Poirier, Richard, Robichaud, Savoie, Thériault, Trahan. Charles de La Tour, l'année qui précéda la conquête de Sedgwick, avait établi deux fiefs à Pobomcoup, dans la région du
Cap Sable, dont l'un érigé en baronnie, la première en Acadie et la deuxième du
Canada, concédé entre autres à son major Philippe Mius d'Entremont; l'autre fut concédé à Antoine Hervieux,
allié à un grand nombre de familles acadiennes dont les noms sont des plus
connus encore aujourd'hui. En même temps, Charles de La Tour concédait à Amand Lalloue, sieur de Rivedou,
pionnier de la pêche sédentaire en Acadie, les Îles de la baie Courante, et il
le fut nommé par la suite lieutenant-colonel au fort du Port La
Tour.
Sedgwick, lors de sa conquête, envoya Charles de La Tour prisonnier en Angleterre et repatria Le Borgne en France, tandis qu'il laissa Nicolas Denys en paix dans la région du golfe Saint-Laurent,
quoiqu'il eut encore des embarras avec d'autres de ses compatriotes.
D'Angleterre, La Tour passa en France, pour revenir en Acadie, où il est décédé
en 1663, laissant cinq enfants de sa troisième femme, Jeanne Motin, qui en avait
déjà eu huit de son premier mari. Afin de payer les dettes qu'il devait à
certains marchands de Boston, il avait vendu en 1656, en Angleterre, à William Crowne, qui devait arriver à Boston l'année suivante, et à
sir Thomas Temple, qui l'année suivante également sera nommé
gouverneur de l'Acadie, ses droits en Acadie.
Au printemps de 1657, en effet, ce
dernier s'embarquait en Angleterre à bord du vaisseau Satisfaction,
commandé par le capitaine Peter Butler. Sir Thomas Temple venait remplacer à Boston John Leverett, qui commandait temporairement le territoire
conquis. Ayant fait enregistré ses lettres de créance à Boston le 16 juillet, il
fit débarquer quelques jours plus tard à la rivière Saint-Jean une partie de sa
"compagnie", dont Pierre Laverdure, protestant, né en France, et son épouse
Priscilla, anglaise d'origine et de nationalité, les parents de Pierre et de
Charles Melanson, les ancêtres des Melanson d'Acadie. D'ici, Temple s'en alla installer le reste de son monde à Port-Royal.
Quant à lui-même, tout le temps de son mandat, il préféra résider en dehors de
l'Acadie, le plus souvent dans la région de Boston.
En 1658, l'année qui suivit son
arrivée, le nouveau gouverneur devait s'en prendre à l'un des fils d'Emmanuel Le Borgne et lui enlever le poste de La Hève où le père
l'avait envoyé pour s'occuper de la traite. Emmanuel Le Borgne s'était cru autorisé de s'établir en Acadie du
fait que le 10 décembre 1657 il avait reçu un brevet du roi de France le nommant
gouverneur de l'Acadie, malgré l'occupation anglaise, que la France ne voulait
pas reconnaître. Ce qui est plus étrange c'est que de 1651 à 1670 il y eut onze
personnes à être nommés, soit par l'Angleterre soit par la France, gouverneur de
l'Acadie, poste qu'ils devaient occuper successivement, quoique l'on en vit plus
d'un à la fois qui réclamaient le gouvernement. L'un de ces gouverneurs fut Alexandre Le Borgne de Belle-Isle, lequel son père Emmanuel, en date du 28 mars 1668, substitua à sa place dans les
fonctions de gouverneur de l'Acadie; ce fils fera souche en Acadie, où encore
aujourd'hui grand nombre d'Acadiens le compte parmi leurs ancêtres. En 1663,
Louis XIV fit disparaître la Compagnie de la Nouvelle-France qui ne comptait
plus que quelques associés, sous prétexte qu'elle n'atteignait plus son but.
Elle avait contribué à la colonisation canadienne et acadienne la somme d'un
million deux cent mille livres au cours de ses 35 ans d'existence. L'année
suivante, le roi voulut la reconstituer sur de nouvelles bases et lui donna un
nouveau nom, celui de la Compagnie des Indes Occidentales, son champ d'action
devant aller du fleuve des Amazones jusqu'à la baie d'Hudson. Elle ne durera que
dix ans.
Trois ans plus tard, en 1667, le 31 juillet, le traité de Bréda entre
l'Angleterre et la France fut signé, d'après lequel le roi de la Grande-Bretagne
restitua au roi très-chrétien "le pays appelé l'Acadie". Mais lors que la France
voulut reprendre son territoire, Temple s'y objecta, au moins pour ce qui est de toute l'Acadie,
disant que l'Acadie comprenait seulement le territoire désigné comme tel du
temps de Champlain, qui allait du Cap Sable au cap de Canseau. Il fallut
que Colbert, secrétaire d'État à la maison de Louis XIV, intervienne auprès De
Charles II d'Angleterre, qui en mars et en août 1669 signa la reddition des
forts de Pentagoët, de Saint-Jean, de Port-Royal et de Port La Tour.
Le 22 juillet 1669, le
sieur de Grandfontaine recevait la commission de récupérer ces lieux et le
20 février suivant il était nommé gouverneur de l'Acadie pour trois ans. Il
s'embarqua à La Rochelle et s'en alla directement trouver Temple à Boston, à qui il montra les lettres des deux rois, celui
de France et celui d'Angleterre. Il signa avec Temple le 7 juillet (1670) un
accord réglant les conditions de la restitution. Dès le début de septembre, tous
les lieux en question étaient de nouveau entre les mains de la
France.
Cela
fait, Grandfontaine ayant révoqué l'autorité d'Alexandre de Belle-Isle, se rendit à Pentagoët, où il établit sa
capitale, dans le but de mettre un terme aux empiétements de la
Nouvelle-Angleterre en territoire acadien. Quoique l'Acadie devait connaitre une
nouvelle ère de bien-être, le choix de Pentagoët ne fut pas heureux. C'est ici,
en effet, que quatre ans plus tard, Jacques de Chambly, successeur de Grandfontaine sera attaqué par les Hollandais de la Nouvelle York.
source: Petit
manuel d'histoire d'Acadie - Des début à 1670, La Librairie Acadienne,
Université de Moncton, Rev. Clarence-J. d'Entremont ,1976

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Acadiens
- Dernière mise à jour de cette page: 26 juin 2004
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